Soulagement! Voilà qui résume l'état d'esprit général qui règne dans les ports français depuis le 3mai dernier. Date de l'entrée en vigueur de l'ultime étape de la réforme portuaire engagée en 2008 par Dominique Bussereau, alors secrétaire d'État aux transports. Une étape qui marque le transfert des grutiers et portiqueurs jusque-là rattachés aux établissements portuaires publics (les Grands ports maritimes, ex-ports autonomes) au service des entreprises de manutention qui exploitent les terminaux portuaires et qui, depuis 1993, emploient de la même manière les dockers.
15.000€ brut de prime de détachement
Les négociations auront été rudes, à l'image des conflits sociaux qui ont égrené ces deux dernières années, mais l'essentiel est ailleurs, veut croire le président du directoire du Grand port maritime duHavre (GPMH) Laurent Castaing: «le 3mai auHavre, deux cent dix personnes ont rejoint leurs entreprises et étaient au travail!» Au travail, certes, mais pas à n'importe quel prix. On savait depuis quelques semaines que les grutiers marseillais avaient obtenu une «prime de détachement» estimée entre 10.000€ et 12.000€ chacun. AuHavre, les personnels concernés vont percevoir 15.000€ bruts versés en deux fois (deux tiers immédiatement et un tiers dans trois ans); soit plus de 3M€ au total. Une somme confirmée par Laurent Castaing qui en minimise l'importance: «ce n'est pas un événement extraordinaire; cela correspondant à environ six mois de salaires, c'est ce qui se pratique en cas de rupture conventionnelle»! Sauf qu'ici, de rupture il n'est point question, mais simplement d'un transfert assorti d'un «droit au retour» garanti sur trois ans au sein de l'établissement public portuaire. Mais il est vrai que «tous les ports l'ont fait, avec des montants différents», souligne Laurent Castaing, ce dont se défend son homologue rouennais qui a préféré négocier localement une extension à 25 ans du «droit au retour» pour les personnels transférés ainsi qu'une augmentation de sa participation dans la filiale de maintenance réclamée par les syndicats.
«Un nouveau départ»
Le 4mai dernier, depuis leur forteresse de la Porte de Montreuil, les représentants de la Fédération Nationale Ports et Docks n'ont pas dit autre chose, eux qui avaient farouchement combattu la réforme mais qui se disent prêts, aujourd'hui, à mener une politique de «bonne entente» avec les employeurs, comme c'est globalement le cas depuis 1993 et le passage des dockers sous statut privé. Le syndicat a lâché du lest sur «l'unité de commandement» mais peut se satisfaire d'avoir gagné trois ans sur le front de la «pénibilité» pour des départs anticipés. Aujourd'hui, la balle est dans le camp des privés, rappelait en substance le Président de la République Nicolas Sarkozy lors de son déplacement auHavre le 21avril dernier. Laurent Castaing, lui, évoque «un nouveau départ»! La réforme, «beaucoup l'attendaient» avant d'envisager d'investir auHavre, explique le directeur du port. «Et aujourd'hui, chacun peut se dévoiler». Avec des perspectives impressionnantes de 15 à 20M€ d'investissements pour chaque nouveau poste à quai. TNMSC, qui en exploite deux sur le port duHavre aurait déjà sollicité les autorités portuaires pour un troisième, cite le directeur du port en exemple.
La reconquête
L'aboutissement de la réforme arrive en tous les cas à point nommé pour le GPMH qui aura connu ces derniers mois un véritable trou d'air (-13% au 1er trimestre). Mais, reconnaît Laurent Castaing, «quand on est en grève quatre jours par semaine ce n'est pas possible de faire mieux! Nous marchons en permanence entre 60% et 70% de la capacité nominale» s'agissant du traitement des conteneurs. Outre la conjoncture défavorable qui domine dans les produits pétroliers, les mouvements sociaux ont durement affecté le transbordement: «des armateurs asiatiques, notamment, ont pris des décisions de détournement de lignes» et ne seront pas de retour de sitôt, explique le directeur commercial Hervé Cornèdre. «Il y aura un gros travail de reconquête à faire», sans aucun doute.
Guillaume Ducable
portuaire Avec la mise en oeuvre effective de la réforme portuaire en mai dernier, le port duHavre veut croire à un avenir meilleur. Après le transfert des grutiers du GPMH dans les entreprises de manutention, reste à retrouver la confiance des chargeurs.