Le secteur de la réparation et de la construction navale en Normandie jouerait-il sa survie? C'est ce que veut croire Alain Adam, le président de la grappe d'entreprise RC2N (Réparation Construction Navale en Normandie) portée sur les fonts baptismaux le 22avril dernier. «J'ai vu disparaître les chantiers de Quevilly, ceux duHavre, la réparation navale rouennaise ou encore les docks flottants duHavre vendus aux Ile Bahamas! Aujourd'hui, si l'on ne fait rien, on disparaît», juge celui qui dirige depuis huit ans pour le compte du port de Rouen (GPMR) les ateliers de réparation du Croisset.
L'échéance de l'ouverture du canal Seine-Nord-Europe
Pour sauver ce qui peut l'être et envisager même un redéploiement de ces activités en Normandie (Haute et Basse), la grappe a décidé de «fédérer les entreprises qui font encore un pourcentage même minimum de leur chiffre d'affaires dans la réparation navale», explique son président. Au-delà, Alain Adam dresse un constat: «le trafic est en croissance sur la Seine de près de +10% depuis 5 ans et l'on se doute bien qu'il y a des besoins en réparation et en entretien ainsi même qu'en bateaux neufs». Des besoins, certes, mais des moyens pour les traiter, c'est là toute la difficulté de cette démarche régionale. Les ports normands ne sont pas en mesure aujourd'hui d'accueillir en cale sèche les navires Transmanche subventionnés par le Département de Seine-Maritime- dont la maintenance est effectuée en Pologne! Autre exemple, la location par Viking River Cruise du dock flottant de Rouen pour l'aménagement de l'un de ses navires «sans aucune intervention d'entreprises locales», les travaux ayant été effectués par des équipes hollandaises et allemandes directement sur site. «Cela a été un déclencheur», rappelle le président de la grappe qui souligne que «si le canal Seine Nord Europe (SNE) avait été ouvert, ils n'auraient même pas envisagé cet arrêt en Normandie!» Un point essentiel pour les promoteurs de RC2N qui préviennent: «il faudra être en ordre de bataille avant l'ouverture du canal (prévue pour 2017). Si on ne le fait pas au niveau local, le marché sera pris par d'autres».
Un marché potentiel de 41,6M€
Un marché estimé à terme à 41,6millions d'euros -contre à peine 17M€ aujourd'hui- pour lequel les entreprises de la grappe revendiquent leur part. «Actuellement nous représentons 215 emplois temps plein». Un chiffre qui pourrait grimper à 275 d'ici 2020, estiment les représentants de la grappe... Voire diminuer dangereusement à moins de 100 ETP «si l'on ne fait rien!» Mais au final, «les emplois viennent avec les marchés que l'on décroche», rappelle Alain Adam.
Guillaume Ducable
réparation/construction navale. La grappe RC2N pourrait bien être la dernière carte d'un jeu dans lequel les acteurs normands manquent d'atouts.