Raffinage : Après Petroplus, la filière affaiblie en Seine-Maritime
# Ressources humaines

Raffinage : Après Petroplus, la filière affaiblie en Seine-Maritime

En dépôt de bilan et cessation de paiement, Petroplus à Petit-Couronne a mis au jour la crise économique du secteur du raffinage. Les autres acteurs du raffinage en Seine-Maritime ont-ils les moyens de perdurer? Comment se sont-ils préparés?

«La seule solution c'est de trouver un repreneur», Yvon Scornet, délégué syndical CGT du site Petroplus de Petit-Couronne ne se fait plus d'illusions sur son employeur. De fait, le raffineur Suisse, en proie à de graves difficultés financières, a décidé de mettre en vente sa raffinerie. Le groupe de 2.500 salariés, dont 550 à Petit-Couronne, a aussi indiqué examiner «Les alternatives stratégiques» pour ses sites d'Anvers et de Cressier dont la vente semble probable. Devenue symbole de la désindustrialisation en France, la raffinerie de Petit-Couronne a attiré à son chevet un flot de candidats à l'élection présidentielle poussant tous des cris d'orfraie face à la situation des salariés. Pourtant, la crise du raffinage ne date pas d'hier. Elle trouve ses racines dans la surcapacité chronique du raffinage français alors que la consommation a subi une baisse régulière en France et en Europe ces dernières années. Réglementations, législations fiscales et surcoûts spécifiques à la France (plan de prévention des risques technologiques (PPRT) ou plans de modernisation des installations industrielles) ont entraîné des investissements importants grevant les finances des industriels et accentuant la baisse de compétitivité des produits français sur le marché mondial. «Depuis quelques années, nos autorités font tout pour que l'on consomme moins. Et même si l'énergie est précieuse, le résultat, c'est que la consommation stagne en France et en Europe et les prévisions pour les trente ans à venir sont à la baisse. L'efficacité énergétique va primer avec l'accent mis sur les énergies renouvelables», s'inquiète un porte-parole d'ExxonMobil. Les normes environnementales et antipollution plus sévères et l'inadaptation des raffineries européennes qui produisent trop d'essence et pas assez de gazole ont conduit des industriels comme Shell ou BP à se retirer d'Europe et a contrario à aller s'installer à proximité des nouveaux marchés émergents et en pleine croissance d'Asie, du Moyen-Orient ou encore du Brésil. Un secteur d'activité qui a subi durement la crise économique de 2008 et l'explosion du prix du pétrole brut entraînant des réductions de consommations chez les industriels et particuliers. Moins solides car basés sur un modèle de mono-activité, les nouveaux acteurs/repreneurs du raffinage tels que Petroplus ne peuvent compenser leurs pertes, ne disposant pas, comme les grands groupes pétroliers, d'autres activités lucratives. Si l'option de reprise de Petroplus à Petit-Couronne reste la plus souhaitable pour les salariés, reste à savoir qui? Également propriétaire d'une raffinerie à Reichstett en Alsace, Petroplus a mis celle-ci en vente au printemps dernier. Depuis les rumeurs de reprise se succèdent, dont l'une concernant le groupe Rubis, également présent à Rouen. Une solution de reprise repoussée par les syndicats: «Si on fait ça à Petit-Couronne, il n'y aura plus que 25 salariés sur le site. Il n'y aura plus de production», s'inquiète Yvon Scornet.




Rester compétitif
En comparaison des conditions d'exploitation imposées en France, lesénormes raffineries qui ouvrent en Asie, telle celle de Reliance en Inde capable de raffiner un million de barils, soit la moitié de la production française de 2009, semblent ne pas jouer dans la même cour s'inquiète le représentant d'ExxonMobil: «Ils sont compétitifs mais avec des règles du jeu différentes des nôtres». C'est pourquoi les syndicats de Petit-Couronne ont récemment déposé une proposition de loi sur le bureau du ministre de l'Industrie, afin d'assurer «l'égalité de traitement» entre les produits pétroliers raffinés en France et ceux importés, via une taxe. En Europe, des normes devraient voir le jour d'ici 2018 avec la volonté de trouver un équilibre sur les taxes. «La seule manière de rester compétitif a été d'investir de manière régulière, ce qu'Exxon à fait à Gravenchon et fos sur mer. La clé pour s'en sortir est d'avoir un outil performant et en bon état. Autre critère de réussite: savoir gérer la sécurité. Car, si vous n'avez pas d'arrêts ou d'incidents, vous êtes dans les meilleurs. Sans la sécurité, on peut investir des millions dans la maintenance et avoir de mauvais résultats opérationnels! La sécurité permet de faire tourner l'usine en permanence», estime le responsable d'ExxonMobil. Une démarche qui à un coût puisque sur le site de Notre-Dame de Gravenchon, 45M€ sont investis par an pour le raffinage dont 70% couvrent les besoins en investissements imposés par la réglementation. Deux axes d'amélioration sont suivis par ExxonMobil: l'efficacité énergétique et l'optimisation de la production de gazole ainsi que la limitation de la production d'essence. «Il y a eu des changements à faire en peu de temps, ce qui a pénalisé notre industrie. Ceux qui ont pu investir pour s'adapter ont à présent un atout face à ceux qui n'ont pas optimisé leurs outils».

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