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uel chemin vous a conduit à ce poste de DRH ?
J'ai toujours voulu faire des RH. J'ai donc débuté par un DUT des entreprises, option RH, puis le Cnam en RH. J'ai démarré par le groupe Thomson avec, en cinq ans, une riche expérience par la création d'une fonction RH, une ouverture et une fermeture de site. J'ai été confrontée à des plans sociaux ; puis près de 20 ans chez SLE, puis CMH (anciens noms de Vilogia) avec la fonction de DRH. Et donc en poste chez Rabot-Dutilleul depuis 2007.
Quelles sont vos convictions en matière de RH ?
Pour moi, les hommes, c'est le capital humain de l'entreprise. On dit toujours direction des ressources humaines. Or, pour moi le terme « ressources » a une connotation trop financière, je préfère celui de « relations ». Cette appellation signifie une plus grande ouverture, car je me considère au service des gens que nous recrutons, au service des gens en interne et également au service de la cité. Ce qui me plaît, c'est adapter les hommes à l'entreprise, l'entreprise aux hommes. Par exemple, dans le groupe Rabot-Dutilleul, j'essaye de transformer les contraintes juridiques en opportunité ; que ce soit l'accord sur les seniors, l'égalité homme-femme ou le handicap, le cadre législatif m'a permis de travailler plus sur l'humain, en essayant déjà de faire un peu l'état des lieux dans l'entreprise. Ensuite, voir quelles actions on pouvait mettre en place. J'ai essayé de transformer tout cela avec les valeurs RH que j'avais en tête et qui tournent autour de la RSE : que ce soit le handicap, les seniors, l'insertion professionnelle des jeunes en difficulté, la formation tout au long de la vie ou l'égalité homme-femme. Tous ces sujets permettent de développer la fonction RH, de lui donner du sens et de crédibiliser ses actions en essayant de ne pas se contenter du minimum légal, ce qui n'est pas simple.
De quoi êtes-vous la plus fière pour votre entreprise au niveau de la gestion des ressources humaines ?
De l'université d'entreprise et les cycles de formation qu'on y monte depuis 2010 ! Cela a permis de fédérer des équipes, de faire se rencontrer des gens qui ne s'étaient jamais vus. Cela représente deux promos de 18 collaborateurs cadres. Au-delà de la formation, il y a des bénéfices secondaires : décloisonner, apprendre à se connaître, se parler et en même temps partager. C'est un endroit bienveillant où on a envie de faire avancer les dossiers dans le groupe. On sort un peu du cadre classique de formation : je suis là, j'apprends et je reçois. On est plutôt dans la contribution.
Qu'est-ce qui est le plus difficile au plan humain ?
C'est de garder ses valeurs ; parce qu'on est dans une entreprise, alors il faut s'adapter, composer, mais ne pas perdre son identité, ne pas faire les choses n'importe comment. C'est pour cela que je suis partie de mon précédent poste, car j'avais parfois le sentiment de ne plus être en accord avec mes valeurs. Le plus difficile, c'est de faire travailler les gens ensemble dans un contexte difficile. Et la crise est parfois le prétexte à un repli sur soi. C'est vrai qu'il faut avoir cette idée de responsabilité, ce côté entrepreneur, mais ce qui nous manque, c'est d'avoir des gens qui s'engagent en RH. Il y a de moins en moins de DRH qui se mouillent !
Quel principal défi doit relever toute entreprise pour avoir des hommes et femmes durablement motivés en son sein ?
Il faut sans cesse innover, nous aussi en RH, pour faire en sorte qu'ils aient envie de rester, en leur permettant par exemple de changer de métier, dans l'entreprise si c'est possible (en leur donnant l'envie et les moyens), les faire travailler sur des projets intéressants en faisant preuve de créativité et d'innovation.
Qu'avez-vous déjà mis en oeuvre concrètement pour cela ?
L'université d'entreprise et le fait d'accéder à un cycle de formation spécifique qui permet d'être reconnu, valorisé et en même temps qui donne envie de rester. Il n'y avait rien en la matière auparavant. Quand je suis arrivée, j'avais une chargée de développement RH qui est devenue RRH. Il faut être le plus cohérent possible en faisant ce que l'on dit. Par ailleurs, nous avons pris en stage puis embauché en CDD longue durée quelqu'un qui était en situation de handicap : il travaille très bien depuis un an. Nous sommes également en train de tester l'accompagnement des jeunes qui démarrent dans la vie professionnelle. On s'occupe souvent des jeunes qui n'ont pas de boulot. Or, un jeune qui démarre ce n'est pas facile non plus. Enfin, mon souhait est de pouvoir monter des Parcours individuels de développement de formation (PIDF), comme j'avais eu l'opportunité de le faire chez CMH, afin de faire la passerelle entre les besoins de l'entreprise sur certains métiers et des souhaits de réorientation de carrière en interne.
Propos recueillis parBertrand Lepoutre
BTP Laurence Deboffe, DRH du groupe lillois Rabot-Dutilleul, a accepté de se confier au Journal des entreprises. Quel est son quotidien ? Ses convictions ? Ses difficultés ?