Faire du business dans la Belle Province, pour une entreprise bretonne, cela semble évident quand on a traversé l'Atlantique. Langue commune pour une grande partie de la population, proximité de la culture, morceaux d'histoire partagés grâce à l'explorateur Jacques Cartier... Et pourtant, à part quelques cas, et de grandes réussites comme le Rennais Ubisoft (jeux vidéos) qui emploie au Québec quelque 2.300 salariés, on ne sent pas un grand mouvement pour développer les relations entre la Bretagne et ce morceau d'Amérique du Nord. Pour autant, avec des secteurs dynamiques comme les services informatiques, les jeux vidéos, l'optique-photonique, l'aéronautique (Bombardier), on se dit que de belles perspectives s'offrent aux patrons bretons. Un marché de 7millions d'individus (pour 37 au Canada), cela peut constituer des opportunités. «Ce qui fait la spécificité des relations économiques entre les deux partenaires, c'est qu'elles s'appuient sur les implantations et les investissements mutuels plus que sur les flux commerciaux au sens strict», souligne Hélène Le Gal, consule générale de France à Québec.
Entre Amérique du Nord et francophonie
«C'est une façon de travailler nord-américaine dans une ambiance francophone», résume Carl Viel, P-dg de Québec International, agence de développement économique de la Région de Québec. Olivier Nauleau, Vendéen d'origine et directeur Gestion des marchés et relations membres de CAA Québec à Montréal, un important Cercle automobile, confirme. «Au niveau des affaires, on raisonne comme des Américains. Time is money.» Pour monter son entreprise, c'est par exemple très simple. «30dollars-30 minutes et c'est fait», résume Olivier Nauleau. Et il sait de quoi il parle. En parallèle de ses fonctions chez CAA, il a monté il y a dix ans avec son épouse Béatrice Javaudin - une Rennaise - la société Clientis. La TPE, qui emploie une dizaine de salariés, aide les entreprises dans leur développement commercial. Leur expérience du monde de l'entreprise québécois leur fait dire que «le Québec est une excellente porte d'entrée pour attaquer le marché américain. Ça permet de tester son produit avant de le déployer aux États-Unis.» Et de vanter les facilités d'accès aux dirigeants des entreprises. «C'est direct, pragmatique, et si ça leur plaît, ils vont essayer le produit tout de suite.» On est bien loin du barrage de la secrétaire à la Française...
Une économie en pleine croissance...
D'un point de vue économique, le Québec n'a pas non plus à rougir de ses chiffres. Bien au contraire. Avec un taux de chômage de 8%; et même 5% à Québec (grâce à ses 40.000 emplois publics), on n'est pas loin du plein-emploi. Le PIB québécois a par ailleurs crû de près de 30% en dix ans, grâce à la diversification de son économie. Enfin, en raison d'un système bancaire plus sûr - il y a très peu de banques privées - le Québec, tout comme le Canada a très peu ressenti les effets de la crise financière. Ce qui est étonnant vu la proximité des USA, à l'origine de tous les maux.
...jusqu'à cet été
Attention toutefois, le Québec a aussi ses failles. La crise, qui a frappé durement les États-Unis et l'Europe, semble arriver à retardement dans la Belle Province. Depuis quelques mois, l'économie fait du surplace et elle s'est contractée pour la première fois depuis un an. C'était en juillet dernier. Face à ces craintes de récession, le Québec mise toujours autant sur sa diversification et son melting-pot si créatif. Par l'intermédiaire de Québec International, il n'hésite par exemple pas à aller chercher des talents à l'extérieur de ses frontières. L'agence de développement économique a ainsi organisé des missions en mai dernier à Paris et Bordeaux. Et elle en prévoit de nouvelles en Europe le mois prochain.
Si tous les ports du Monde, à Saint-Malo, signait il y a quelques jours l'adhésion de la chambre de commerce et du centre de congrès de Québec à son réseau. Une occasion de braquer les projecteurs sur la Belle Province. Un territoire proche, tant d'un point de vue culturel qu'économique, mais qui ne semble pas aujourd'hui attirer à outrance les chefs d'entreprises bretons. Mises à part quelques grandes réussites, comme le Rennais Ubisoft. À y regarder de plus près, on se dit pourtant que de belles perspectives s'offrent à l'économie régionale.
Philippe Créhange, envoyé spécial à Montréal et Québec