Olivier Méril, Mediaveille est lauréat du Prix RH grand Ouest dans la catégorie PME pour avoir mis en place un nouveau processus de recrutement sans CV. Qu’est-ce qui vous a amené à innover en matière de recrutement ? Les méthodes traditionnelles ne vous convenaient plus ?
En partie. On avait deux problématiques. On est dans un métier et sur un positionnement où l’on exige un certain niveau d’expertise que l’on avait finalement du mal à détecter sur un CV. L’autre élément c’est que l’on a doublé nos effectifs en l’espace d’un an. Et avec un recrutement traditionnel, nous nous sommes retrouvés noyés par les candidatures. Lors d’une conférence, j’ai entendu parler de cette idée de recruter sans CV, en positionnant deux choses. D’abord valider le savoir-faire, et ensuite le savoir-être. Cette nouvelle méthode a fait tilt. Quinze jours après cette conférence, on lançait le premier recrutement sans CV chez Mediaveille.
Est-ce que vouloir recruter sans CV a débouché sur une refonte totale de votre processus de recrutement ?
On en a profité pour tout changer. D’abord, désormais pour recruter, on utilise des réseaux sociaux qui renvoient sur un formulaire de candidature et des tests techniques en ligne. De 150 CV que nous recevions par annonce, on atterrit désormais sur une quinzaine de personnes qui arrivent au bout de ce formulaire. Les candidats sont ensuite convoqués chez nous une journée pour passer d’autres tests techniques. Si c’est concluant, ils passent deux entretiens, concernant cette fois leur savoir-être avec un manager puis la direction de l’entreprise. A l’issue de cette journée, nous nous engageons à leur donner une réponse, positive ou négative.
Pour ce nouveau process de recrutement sans CV, est-ce qu’il a fallu vous remettre en cause en vous et accepter de faire confiance à des candidats pas forcément passés par les bonnes écoles ?
On le faisait déjà assez naturellement puisque moi-même je suis autodidacte. On avait donc déjà recruté certaines personnes qui ont eu des accidents scolaires. Après, notre démarche a surtout remis en cause notre fonctionnement. Nous sommes beaucoup dans le management participatif et cette démarche a surpris les collaborateurs et les responsables d’équipes. Mais ils se sont très vite approprié ce recrutement sans CV. Ce sont les équipes qui ont par exemple élaboré les questionnaires techniques.
Le recrutement sans CV s’applique-t-il à tous les métiers de l’agence ?
On l’applique pour les métiers du web, typiquement pour des référenceurs. C’est plus difficile pour des métiers de communication, de marketing ou des profils de commerciaux. Mais on réfléchit à le dupliquer pour ces fonctions.
Quel bilan vous faites aujourd’hui de ce nouveau processus de recrutement ?
Cela fonctionne très bien. D’abord, grâce à cela, on a des candidats qui n’auraient pas candidaté via la méthode traditionnelle. Avec un an de recul, on a 80 % de gens que nous avons recrutés sans CV que nous n’aurions pas embauché si on avait été dans un schéma traditionnel. On a par exemple recruté quelqu’un qui était cuisinier et qui est aujourd’hui un excellent référenceur chez nous. Il était passionné de référencement, mais n’aurait pas candidaté sans notre démarche. Autre anecdote, avec la méthode avec CV, nous n’avions pas retenu un candidat qui avait postulé chez nous deux ou trois fois. Avec notre nouveau process, il a passé tous les tests et on l’a embauché.
La société rennaise Mediaveille, agence conseil en stratégie digitale (65 salariés dans six agences), remporte le Prix RH grand Ouest dans la catégorie PME. Confrontée à une véritable problématique de recrutement, l’agence rennaise a entièrement revu ses process pour désormais recruter sans CV. Et ça marche ! Entretien avec son dirigeant, Olivier Méril.