Benoît Hamon veut refonder le rapport au travail
Le député des Yvelines se positionne depuis de nombreuses années à la "gauche de la gauche". Pas étonnant donc qu'il veuille revenir sur certaines mesures prises sous la présidence Hollande. Il entend notamment abroger "immédiatement" la loi Travail, afin que le "code du travail continue de prévaloir sur les accords négociés par les branches et les entreprises". Pour financer son revenu universel d’existence, il souhaite créer une taxe sur la richesse créée par les robots afin de financer la protection sociale. "Lorsqu’un travailleur est remplacé par une machine, la richesse créée bénéficie essentiellement aux actionnaires. Je propose donc de taxer cette richesse – en appliquant les cotisations sociales sur l’ensemble de la valeur ajoutée et non plus seulement sur le travail – pour qu’elle finance prioritairement des mesures telles que le revenu universel plutôt que les dividendes", explique-t-il dans son programme.
S'il est favorable au maintien des 35 heures comme durée légale du travail, il propose d’organiser la baisse du temps de travail par un droit inconditionnel au temps partiel accompagné d’une compensation salariale, et d’inciter financièrement les entreprises à valoriser la réduction du temps de travail, mesure pouvant être notamment financée par une réaffectation du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE). "Les entreprises seront incitées à le faire selon des formes multiples (semaines de quatre jours, congé sabbatique, temps partiel)", décrit-il. Promoteur de la reprise d’entreprises par les salariés, il veut améliorer les formations professionnelles sur le fonctionnement des Scop.
Concernant les dirigeants, Benoît Hamon entend créer un statut des patrons de grandes entreprises afin de "moraliser les pratiques" managériales (prohibition des rémunérations dépourvues de lien avec l’amélioration des résultats au cours de leur mandat, prohibition des stock-options, fin des retraites chapeaux en cas de démission ou de perte de confiance du conseil d’administration). Il veut aussi réduire le coût du capital en modulant l’impôt sur les sociétés en fonction de la part de bénéfices réinvestis et conditionner les crédits d’impôt consentis chaque année par le CICE à la réalisation d’objectifs de création de postes, de progrès écologiques, et d’une réduction du temps de travail.
Côté salaires, l'ex-ministre délégué à l'Economie sociale et solidaire souhaite également revaloriser le Smic de 10% dès son arrivée au pouvoir et créer un statut social unique pour tous les actifs afin de dépasser la distinction entre salariat et travail indépendant.
Jean-Luc Bennahmias invente le statut de créateur d’entreprise
Le co-fondateur du Modem soutient comme Benoit Hamon l'idée d'un revenu universel. Il mise aussi sur la création "d’un statut de créateur d’entreprise". Celui-ci assurerait "dans les trois premières années, une sécurité sociale professionnelle au créateur comme à ses salariés dans les TPE-PME". Enfin, Jean-Luc Bennahmias assure qu'il instaurera, pendant cinq ans, "pour faciliter le lancement et le développement de petites et moyennes entreprises, deux emplois zéro-charges par PME jusqu’à 200 salariés".
Arnaud Montebourg promet de lier la rémunération des salariés et des patrons
« Quand la gauche chasse sur les plates-bandes de la droite, avec la loi El Khomri […] elle conduit la droite à se droitiser, fustige Arnaud Montebourg, en introduction de son programme économique. C’est une gauche pompier-pyromane. » L’ancien ministre du Redressement productif de François Hollande s’érige contre la loi Travail qu’il souhaite abroger « dans ses dispositions régressives ».
Se présentant comme keynésien, il propose un plan de relance de 24 milliards d’euros en trois ans, qui doit « bénéficier au PME et à l’économie locale». Il espère réserver « 80 % des marchés publics des collectivités locales, de l’Etat, de ses hôpitaux, aux PME travaillant sur le sol national ». Arnaud Montebourg assure aussi qu’il remodèlera le pacte de responsabilité. « Si le gouvernement a fait le choix des entreprises avec le CICE, je ferai celui des classes moyennes et populaires », écrit-il.
S’il est élu président, l’ancien conseiller général de Saône-et-Loire veut lier l’augmentation des salaires des patrons des grandes entreprises à ceux des salariés. « Je propose qu’une hausse de 5% du salaire des dirigeants entraîne une hausse de 5% de celui des employés, illustre le candidat. C’est un filet de sécurité minimum. »
Sylvia Pinel propose de baisser l'impôt sur les sociétés
La présidente du parti radical de gauche n'a pas oublié les indépendants. L'ancienne ministre de l'Artisanat et du commerce de François Hollande propose de réformer le régime social des indépendants. Si elle est élue, elle envisage d'instaurer une clause d’intéressement salariale obligatoire dans chaque accord d’entreprise. La candidate semble plus proche économiquement des idées de Manuels Valls que de celles de Benoît Hamon. Elle se distingue notamment en proposant de baisser le taux de l'impôt sur les sociétés en le ramenant à 20 %.
François de Rugy veut chasser les "niches fiscales anti-écologiques"
Contrairement à certains de ses concurrents socialistes, le député de Loire-Atlantique ne souhaite pas abroger ou amender la loi Travail mais "la maintenir en la transformant en loi expérimentale, valable cinq ans". Il veut miser sur l'économie sociale et solidaire et promet de mettre fin à toutes les niches "fiscales anti-écologiques".
Vincent Peillon souhaite réconcilier la logique économique et le progrès social
Pour l'ancien ministre de l'Education, la France doit "prendre appui sur l’essor de nouvelles activités économiques pour sortir de la crise et pour viser le plein-emploi", présente-t-il dans son programme économique. Afin de "réconcilier la logique économique et le progrès social", il propose de conditionner le versement du CICE à la signature d’accords d’entreprise ou de branche consacrés à la formation, à la recherche-développement et à la qualité de l’emploi et des conditions de travail, ainsi qu'au non licenciement au sein des entreprises bénéficiaires. Selon le député européen socialiste, "cette mise sous condition entraînera une dynamique pour la négociation sociale et pour l’amélioration des conditions de travail" et "pourrait entraîner une réduction du coût du CICE pour l’État de quelque 3 à 5 milliards d’euros".
Pour aider les entreprises françaises à s'imposer à l'international, Vincent Peillon veut mettre en place un plan de relance de l’exportation pour les PME et les ETI : création d'une agence de protection de la propriété intellectuelle en charge de toutes les procédures d’enregistrement des brevets et surtout de protection proactive dans les pays étrangers ("l’effet de levier pour l’investissement en recherche serait considérable", assure-t-il) ; élargissement du taux réduit de l'impôt sur les sociétés de 15% aux premiers 100.000 euros de bénéfices ; ou encore création d'une « Bpifrance conseil exportation » au sein de la banque publique d'investissement qui proposera un conseil juridique pour la structuration d’un contrat à l’étranger, un service de traduction et des conseils en financement.
Sur le plan de la formation, il propose de relever l’âge-plafond pour entrer en apprentissage de 25 ans à 30 ans et d'augmenter le temps passé par les apprentis sur le lieu de travail pour inciter les employeurs à les embaucher à l’issue du contrat d’apprentissage. S'il ne souhaite pas l'abrogation de la loi Travail, Vincent Peillon entend rétablir la hiérarchie des normes dans le droit du travail.
Manuel Valls veut rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires
Proposer sans se renier. C’est le dilemme de l’ancien Premier ministre de François Hollande. Dans son projet de 53 pages, Manuel Valls assume le bilan économique du quinquennat. Baisse du chômage, CICE, loi travail... Evidemment, l’ancien maire d’Evry apporte également son lot de propositions. Il entend faciliter, par exemple, l’accès des PME aux marchés publics en les divisant en lots. Accompagner la transition numérique des TPE et PME grâce à un « appui financier ». « La gauche n’a pas à choisir entre les salariés et les entrepreneurs, à juger de celui qui aurait la vie la plus dure ou le plus de mérite », tonne celui que certains militants socialistes aiment à placer à droite de l’échiquier de la gauche.
Plus symbolique, Manuel Valls défend l’idée d’un "European Buy Act". « Les politiques d’achat public de l’État et de l’ensemble des collectivités publiques doivent servir de leviers de développement pour ces entreprises, détaille-t-il. Cela suppose de leur réserver une part significative de la commande publique. » L’ancien locataire de Matignon espère aussi séduire les entrepreneurs avec quelques dispositifs. Comme un prêt significatif de l’État à taux zéro, sans remboursement pendant les premières années ou encore faciliter l’accès au crédit des entreprises innovantes.
Le candidat à la primaire promet de rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires. Une mesure que Nicolas Sarkozy avait mise en place en 2007 et que François Hollande s’était empressé d’annuler à son arrivée à l’Elysée. « Commandée par la nécessité budgétaire, la suppression de cette mesure en 2012 correspondait à un engagement de la gauche en accord avec les syndicats, justifie Manuel Valls. Elle a été incomprise par les salariés qui ont pu être lésés », reconnaît aujourd’hui le candidat.