Près d'un quart des pôles de compétitivité sur la sellette

Près d'un quart des pôles de compétitivité sur la sellette

16 des 71 pôles de compétitivités français souffrent d'un manque de performance. C'est la conclusion d'évaluations individuelles transmises à l'État au cours de l'été.

Près d'un pôle de compétitivité sur quatre est sur la sellette. C'est le bilan des évaluations individuelles rendues cet été au gouvernement par le consortium Bearing Point/Erdyn/Technopolis, qui a passé au crible la performance de ces clusters alliant collectivités, entreprises et structures de recherche reconnus par l'État. Stratégie, capacité à générer des projets collaboratifs, animation du tissu économique, etc.: sur les 71 pôles du pays, 20 sont ainsi jugés «très performants» 35 «performants» pendant que 16 obtiennent une notation «peu performante». Un terme politiquement correct qui cache parfois des dysfonctionnements inquiétants. «Sur ces 16 pôles, il faut se montrer indulgent avec quatre pôles d'éco-technologie qui ont été lancés en 2010 et qui sont encore jeunes. En revanche, parmi les autres pôles moins performants, près de 5 sont très en retraitet sont réellement menacés par une perte de label», révèle Patrick Haouat, associé gérant d'Erdyn. L'identité de ces pôles en péril reste malheureusement confidentielle.






Les racines du problème

Pour les responsables de l'étude, les maux principaux des pôles en péril résident résultent souvent d'un problème de gouvernance qui pénalise leur performance. «Il y a des divergences dans les parties prenantes: industriels, collectivités, équipe de pilotage...», indique Patrick Haouat. Certains pôles sont aussi pénalisés par une présence trop importante d'acteurs publics ou parapublics aux rangs de leurs financeurs: agences de développements, conseils régionaux, conseils généraux, mairies, communautés de communes, etc. «Cela impose aux permanents des pôles de faire, même pour des apports financiers réduits, de très nombreux reportings à toutes ces collectivités. C'est autant de temps qui n'est pas consacré à faire fonctionner l'usine à projets», illustre Patrick Haouat.




Oral de rattrapage

Les pôles «moins performants» passeront bientôt un «oral de rattrapage», tout comme les 13 pôles qui avaient été mis en probation en 2010 suite à une évaluation du même type. Ils pourront alors défendre leurs positions et ainsi éviter d'être privés de leur label. en 2010, six pôles avaient perdu leur reconnaissance par l'État.




Quelle place pour les PME?

Ce qui ressort aussi de ces rapports, c'est que les PME, qui pèsent en moyenne pour la moitié des effectifs des pôles, y trouvent leur compte. «Elles sont, en fonction de chaque pôle, entre 60 et 80% à être satisfaites d'en être adhérentes. Certains patrons de PME disent que les pôles leur ont permis de rompre la solitude du dirigeant», explique Patrick Haouat. En revanche, cette implication n'est pas synonyme de relations commerciales avec les gros donneurs d'ordres. «Il y a de bonnes relations de connivences, mais la PME qui s'est impliquée dans plusieurs projets collaboratifs avec les grands groupes n'est pas ensuite systématiquement reconnue par les services achats dans ces derniers», commente Patrick Haouat.




Vers une nouvelle évaluation

Les pôles français n'ont pas fini d'être scrutés:

les dates ne sont pas encore fixées, mais le rapport préconise une évaluation intermédiaire en 2016, puis une autre, plus lourde, en 2020. Un nouveau critère pourrait alors s'inviter au bal: celui de l'équilibre des apports publics et privés dans le fonctionnement des pôles, encore aujourd'hui très largement dépendant de subventions en provenance des collectivités. «Le fait que des entreprises soient prêtes à payer des cotisations ou des services offerts par les pôles constitue une preuve de leur pertinence et de leur valeur ajoutée», appuie Patrick Haouat. Seulement, on est encore loin du compte sur ce volet: moins de 10% des pôles remplissent aujourd'hui cette potentielle nouvelle exigence. Mais une marge de manoeuvre existe. «Lors de leur lancement, beaucoup de pôles ont eu à coeur de faire grimper le nombre de leurs adhérents en pratiquant des cotisations assez basses pour compenser le fait que la démonstration de leur valeur n'était pas encore faite. Pour beaucoup, cela peut changer désormais», estime Patrick Haouat.