Bretagne
Prendre le temps de respecter le travail
Avis d'expert Bretagne # Gestion

Prendre le temps de respecter le travail

Le travail bien fait suppose une phase d’apprentissage et nécessite de savoir prendre du recul pour penser agir. En s’affranchissant des nouvelles contraintes de l’immédiateté.

Lionel Honoré, créateur et directeur de l’Observatoire du Fait Religieux en Entreprise — Photo : Caroline Scribe

L’heure est à la vitesse. L’intelligence artificielle est une nouvelle évolution de ce formidable accélérateur du travail qu’est le numérique. Plus son usage se répand, plus l’immédiateté gagne tous les domaines du fonctionnement organisationnel : le recueil d’information, l’analyse, la prise de décision, la mise en œuvre, la mesure des résultats, etc.

Hier n’existe déjà plus et demain est un futur flou dans un monde d’innovation permanente et de disruption constante. Pourtant, dans cet univers du travail qui va toujours plus vite, il est peut-être nécessaire de laisser un peu de place au temps et ce pour au moins trois bonnes raisons.

Pertinence de l’innovation

La première raison est relative au temps long. Celui de la tradition et du passé. Dans leur ouvrage Faits et Foutaises dans le Management, paru en 2006 (édition Vuibert), Jeffrey Pfeffer et Robert Sutton donnaient un excellent conseil : "ne refusez pas le changement par principe mais avant de l’adopter posez-vous la question de sa valeur ajoutée et de la valeur de ce que vous avez déjà". Avant d’innover ou d’adopter les yeux fermés une innovation, il est nécessaire de se poser la question de sa pertinence et de son impact sur ce qui fonctionne déjà bien.

Travailler s’apprend

La deuxième raison est également relative au temps long mais elle concerne les individus au travail. Il y a une expression populaire pleine de sagesse que tous les bricoleurs trop ambitieux ont entendue au moins une fois dans leur vie : " c’est un métier " ! Savoir travailler, cela s’apprend, cela ne s’invente pas ou ne se délègue pas à une machine. Cela suppose de se forger par l’expérience des savoir-faire et de prendre ainsi le temps de les acquérir et de les perfectionner. Cela suppose également et avant cela de s’appuyer sur des savoirs et de prendre le temps de les apprendre.

Bien faire son travail

La troisième raison concerne le temps court, le temps opérationnel, celui de l’action. Il s’agit de sortir du piège de l’urgence et de l’immédiateté et de se donner le temps de réfléchir et de prendre du recul, mais aussi de se donner le temps de bien faire le travail. Ici la responsabilité est autant celle des personnes que celle de l’organisation et du management qui doivent donner aux personnes les moyens de ralentir pour penser et agir.

Au travail, prendre son temps ce n’est pas le perdre mais c’est s’autoriser à analyser, à penser, à étudier les situations et les options possibles, s’autoriser à bien faire. C’est du coup refuser l’immédiateté et la précipitation pour gagner une performance solide et durable.

Bretagne # Gestion # Ressources humaines