Gironde
Pourquoi Saint Jean d'Illac tente une OPA sur le futur Conservatoire de l'air et de l'espace.
Gironde # Aéronautique et spatial

Pourquoi Saint Jean d'Illac tente une OPA sur le futur Conservatoire de l'air et de l'espace.

Dans les limbes depuis de nombreuses années, le projet de Conservatoire de l'air et de l'espace d'Aquitaine est relancé par Hervé Seyve, maire de Saint-Jean-d'Illac. Mérignac et le conseil régional dénoncent une initiative unilatérale. Un projet plus global est à l'étude.

Près de 80 aéronefs prennent la poussière dans un hangar de la BA106 de Mérignac. Ce patrimoine aéronautique majeur, constitué d'avions de ligne et de combat, d'hélicoptères, de moteurs et de maquettes, est aujourd'hui entretenu par les bénévoles du CAE (Conservatoire de l'Air et de l'Espace), dans un lieu qui ne peut pas recevoir du public. « Nous avons un patrimoine exceptionnel mais nous ne pouvons pas le présenter : c'est désespérant ! s'exclame le président de l'association, le Général Huret. Plusieurs projets de musée n'ayant pas abouti sur Mérignac, le maire de Saint-Jean-d'Illac, Hervé Seyve, a décidé de s'emparer du sujet, et a réuni industriels et institutionnels, le 30 janvier. « On ne peut plus se satisfaire d'effets d'annonce et du baratin habituel, déclare Hervé Seyve. La ville de Saint-Jean-d'Illac est prête à acquérir un terrain de 7 à 14 hectares au bout des pistes de l'aéroport pour le mettre à disposition du CAE ».

Isolement du maire de Saint-Jean-d'Illac

Mais y a-t-il la moindre chance que le projet voit le jour à Saint-Jean-d'Illac ? On est en droit d'en douter, au regard du peu d'écho que rencontre la proposition du maire. « Nous ne soutenons pas le projet de Saint-Jean-d'Illac », se borne-t-on à répondre du côté du conseil régional. « Nous ne souhaitons pas participer à une opération unilatérale », explique-t-on à Mérignac. « Une étude de faisabilité est en cours pour étudier les projets qui verront le jour sur l'Aéroparc », à Mérignac, indique-t-on à Bordeaux Métropole. Car c'est bien Mérignac qui recueille l'assentiment de nombreuses collectivités pour implanter le CAE. Des prises de positions qui agacent Hervé Seyve : « Cela fait plus de 10 ans que le dossier n'aboutit pas ! Nous faisons avancer les choses. Ce qui importe pour moi c'est que le projet voit le jour. Peu importe où ».

Budget bien supérieur à 10 millions d'euros

Un propos que le général Huret président de l'association CAE, reprend à son compte. « La réunion organisée par le maire de Saint-Jean-d'Illac a le mérite de mettre les décideurs devant leurs responsabilités. Le problème est que jusqu'à présent, aussi bien les collectivités que les industriels n'ont pas souhaité s'investir financièrement ». Or, le projet est estimé au bas mot 10 millions d'euros... Pour réunir le budget nécessaire à la construction du CEA, le général Huret souhaite mettre à contribution les collectivités et les industriels. « Dassault ne dispose pas de musée et nous espérons obtenir leur soutien. De nombreux industriels comme Sabena, Herakles, Thales ou Dassault sont prêts à contribuer en apportant leurs pièces mais sont moins diserts sur la question financière. Pour que le projet aboutisse, il faut répondre à deux questions : Quel porte-drapeau pour organiser le tour de table financier ? Quel opérateur pour assurer l'exploitation du site ? ». La première question a peut-être trouvée sa réponse : Aerocampus Aquitaine. Le centre de formation dédié à l'aéronautique a été mandaté par la Ville de Mérignac, Bordeaux Métropole, la Région Nouvelle-Aquitaine et les industriels pour établir un modèle économique et juridique. « Notre réflexion s'inscrit dans le cadre de l'OIM (Opération d'intérêt métropolitain, NDLR) Aeroparc, qui planche sur l'aménagement de la zone aéroportuaire et cherche des grands projets, précise Jérôme Verschave, DG de l'Aerocampus. Le CAE pourrait constituer un projet majeur, au même titre que ce qu'est devenue la Cité du vin ».

Soutien prudent de Dassault

François Courtot, vice-président du CAE et trésorier de l'Aerocampus, trouve enfin matière à espérer, après des années à soutenir un projet qui n'avance pas : « La proposition de Saint-Jean-d'Illac est la première avancée concrète. Le CAE se doit de rester neutre et ne souhaite pas s'impliquer dans les considérations politiques. Nous disposons d'une collection exceptionnelle et nous l'installerons à l'endroit où un projet sera jugé économiquement viable ». Cet ancien président de l'UIMM assure que les industriels souhaitent s'impliquer dans le futur CAE, au premier rang desquels Dassault. « Il s'agira d'un partenaire majeur, sans toutefois reproduire ce qu'a réalisé Airbus à Toulouse avec Aeroscopia ».

Projet global

Tout le monde semble conscient qu'un simple musée ne trouvera jamais son équilibre économique. Alors, d'autres pistes sont étudiées. « L'Aerocampus, situé à Latresne, doit se rapprocher de ses clients, installés pour nombre d'entre eux sur l'Aéroparc. Profitons de notre arrivée à Mérignac pour monter un projet global qui inclut Aerocampus, mais aussi une vitrine des technologies du secteur aéronautique, en intégrant le CAE. La culture des groupes industriels est en train d'évoluer. Ils passent d'une culture Défense à une culture duale, où il est important de faire connaître son savoir-faire », considère Jérôme Vershave. Un terrain aurait même déjà été repéré, à côté du restaurant Lulu dans la prairie. L'étude menée par Aerocampus devrait être achevée en septembre. On verra alors si le projet de CAE a la moindre chance de voir le jour. Ou si la poussière continuera à recouvrir les 80 avions cloués au sol à la BA106.

Gironde # Aéronautique et spatial