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Pourquoi la métropole compte-t-elle deux technopoles ?
Bordeaux # Collectivités territoriales

Pourquoi la métropole compte-t-elle deux technopoles ?

Avec Unitec et Technowest, la métropole bordelaise compte deux technopoles sur son territoire. Leur fusion apporterait plus de cohérence à l'ensemble des actions et une meilleure visibilité auprès des entreprises. Mais les élus locaux n'y sont pas favorables.

Bordeaux : une métropole, une agence de développement économique, une chambre de commerce et d'industrie... Et deux technopoles. Unitec et Technowest effectuent toutes les deux de l'accompagnement auprès des jeunes entreprises innovantes (avec des outils comme les pépinières) ; participent au rapprochement entre offre académique (formations et recherche) et le système productif ; et enfin jouent un rôle d'animation économique territorial. Ce doublon n'a pas échappé aux élus locaux.

En mai 2015, le vice-président de Bordeaux Métropole, Josy Reiffers (décédé depuis) a présenté une délibération pour appeler à plus d'efficacité : « Dans un contexte d'optimisation des financements publics à l'égard des associations et d'évolution de la compétence des métropoles en matière de développement économique, un rapprochement de ces deux technopoles constituerait une possibilité de réaliser des économies de coûts et de moyens, tout en améliorant la lisibilité des dispositifs d'accompagnement sur notre territoire ».

Nouveau DG à Unitec depuis quelques semaines

Depuis, rien ne s'est passé. Enfin si, le conseil d'administration d'Unitec a nommé un directeur général après 2 ans d'intérim, mettant fin au projet de fusion des deux structures. Une décision qui a entraîné le mécontentement de Franck Raynal (Les Républicains), maire de Pessac où est implantée Unitec : « J'étais favorable à un rapprochement avec la technopole Technowest (basée à Mérignac, et qui dispose de sites à Bègles avec Newton et Blanquefort avec l'Ecoparc, ndlr). Les modèles sont distincts mais des synergies étaient possibles. Alain Rousset, président du conseil d'administration d'Unitec, s'y est opposé. L'isolement n'est pas porteur d'avenir. J'avais conditionné le soutien de la ville de Pessac à Unitec à un rapprochement avec Technowest et en toute logique je réduis le budget de ma collectivité ».

Quasi-unanimité des élus

Mais Franck Raynal semble bien isolé parmi les élus locaux pour défendre un projet de fusion. « Je suis pragmatique et je regarde les résultats : chaque technopole est efficace et cela me convient très bien », déclare Alain Mangon (centriste), président de Technowest et vice-président de Bordeaux Métropole. « Dans un contexte de maîtrise des dépenses publiques, une réflexion autour du rapprochement des deux technopoles pourrait apparaître dans un premier temps comme tentante, mais compte tenu de la différence entre ces deux technopoles, les synergies apparaissent cependant assez faibles », considère pour sa part Virginie Calmels (Les Républicains), vice-présidente de Bordeaux Métropole et opposante à Alain Rousset (PS) au conseil régional. Celui-ci défend l'existence de deux technopoles : « C'est le fruit de l'histoire. C'est un parti pris de penser qu'une seule technopole ferait mieux que deux ». Puis quand on insiste sur les économies à réaliser et la meilleure visibilité, il lâche : « Je ne suis fermé à rien. S'il faut fusionner nous fusionnerons ». Un discours officiel qui surprend l'un de ses proches : « Unitec c'est son bébé, c'est lui qui l'a créé et il ne veut pour rien au monde que l'on y touche ».

Complémentarités

Le paradoxe de la situation actuelle, c'est que les élus ne voient pas d'intérêt à la fusion, alors que les équipes des technopoles sont d'un avis contraire ! « Unitec est fort dans ses missions de conseil, d'accompagnement et de transfert de technologie. Technowest fait un très bon travail en terme de développement territorial et d'organisation d'événements. Leur mariage permettrait d'additionner des forces, explique Olivier Fry, qui a dirigé Unitec de 1999 à 2014. Cela apporterait de la visibilité à la structure et permettrait une très bonne qualité d'accompagnement sur toute l'agglomération ».

La Technopole de Bordeaux existe déjà !

René Laversanne, qui a assuré l'intérim à la direction de Bordeaux Unitec après le départ d'Olivier Fry, partage le même point de vue. Et révèle que la structure commune qui pourrait voir le jour existe déjà ! « L'association Technopole de Bordeaux, qui ne compte comme membres que Technowest et Unitec, a été créée pour adhérer à Retis, le réseau national des incubateurs et technopoles. Il suffirait d'en profiter pour créer une structure de financement des salariés et élaborer une stratégie commune ».

Bonnes relations entre les équipes

Au quotidien, les collaborateurs d'Unitec et de Technowest entretiennent de bonnes relations et travaillent régulièrement ensemble. « Un rapprochement des deux technopoles pourrait faire sens, déclare Stéphane Rochon, directeur d'Unitec depuis le 3 octobre. Je suis pour unifier les forces ». Et François Baffou, son homologue de Technowest d'ajouter : « Une vraie technopole mêle innovation, recherche, formation et tissu industriel. C'est donc l'addition d'Unitec et de Technowest qui fera une technopole forte et complète car Unitec a un lien avec l'université et Technowest avec les entreprises aéronautiques. Une fusion apportera plus de cohérence à l'ensemble des actions et une meilleure visibilité auprès des entreprises ». À elles deux, les technopoles bordelaises emploient 23 personnes. Des effectifs assez limités qui ne peuvent pas donner lieu à d'importantes économies d'échelle. « Le conseil stratégique aux start-ups, qui est le métier spécifique des technopoles, est un métier ingrat car invisible, déclare Olivier Fry. Les élus y allouent peu de moyens humains et il est étonnant qu'une métropole comme Bordeaux se contente d'une vingtaine de personnes pour assurer cette mission ». Raison de plus pour envisager une fusion ?

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