Un an après la première édition du LH Forum, « le mouvement est lancé », a confirmé en introduction Arnaud Ventura, le dirigeant de l'ONG Planet Finance créée par Jacques Attali. Parfois brocardé en « concept, théorie, mouvement virtuel », l'investissement socialement responsable gagnerait du terrain. C'est ce qu'est venu confirmer au Havre l'ancien conseiller de François Mitterrand. Mêlant prospective géostratégique et dénonciation des failles de « l'idéologie de la liberté individuelle », Jacques Attali a planté le décor d'un monde occidental pour longtemps ancré dans la crise, dont le salut ne passera que par la redécouverte des vertus de l'altruisme, « dont l'économie positive est une dimension majeure ! »
« La main invisible... n'existe pas ! »
Une démonstration soutenue avec force par l'économiste américain, prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz qui dénonce sans relâche depuis 2008 le rôle de la finance dans la crise. « Les standards de vie ont augmenté depuis deux cents ans ; le problème, c'est que si les marchés émergents cherchent à nous imiter, le monde ne survivra pas ! » En Occident, les chiffres du chômage sont la marque d'une « économie de marché qui ne fonctionne pas comme elle devrait », et la crise, le symbole d'un système financier à la dérive, de gouvernements inefficaces et d'un projet, le libéralisme, dont Joseph Stiglitz s'interroge sur le premier des fondements, l'autorégulation : « la main invisible du marché l'est peut-être parce qu'elle n'existe pas ! » Alors l'économiste met en garde les Européens, tentés avant la crise d'imiter le modèle américain. « On réalise aujourd'hui que ce n'est plus un modèle de succès », affirme-t-il, pointant un salaire médian « plus faible qu'il y a quarante ans aux États-Unis ! » Quant à la sacro-sainte austérité, « on sait depuis Hoover et la Grande Dépression que ça ne fonctionne pas ». Ajoutez à cela une zone euro fragilisée dès sa conception... Au final, Stiglitz et Attali s'accordent pour condamner « la tyrannie du court terme » qui guide la finance et les États.
3e révolution industrielle
Plus radical encore, l'essayiste Jeremy Riftkin, prophète de la troisième révolution industrielle, pose en préalable la mise au rebut des « vieilles énergies », pétrole et nucléaire en tête. « La seconde révolution industrielle est terminée, tout le monde la sait. Le paradigme a changé et le véritable enjeu c'est l'énergie ». Il a, dit-il, déjà tenté de convaincre François Hollande que la France serait en Europe « the next player in » après le Danemark et l'Allemagne, dans la prise en compte des énergies renouvelables. Pour peu que les infrastructures suivent. Reçu par Jean-Marc
Ayrault à l'issue du LH Forum, il compte déjà ses soutiens en France, Michel Rocard et Arnaud Montebourg
, notamment.
La grand-messe de l'économie positive organisée sous l'impulsion de Jacques Attali au Havre a eu les honneurs du prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz.