POUR
Jean-Michel Klotz DGA de Pierre & Vacances Développement
Quelles sont les principales caractéristiques du projet ?
Il s'agit d'un projet de Center Parcs de nouvelle génération, sur un terrain de 150 hectares, soit 0,42 % de la totalité du massif forestier de Chambaran. Nous étions jusqu'ici présents dans la Loire, mais nous recherchions un site dans le périmètre de la région de Lyon, Grenoble et Chambéry, bien desservi par les axes routiers. C'était une occasion de s'implanter en Rhône-Alpes, où nous avons une forte demande. Avec 5.500 lits au maximum, le remplissage moyen devrait être de 80 % grâce à un centre de séminaire et un spa.
Le projet a pris un retard consi
dérable. Quel est désormais le calendrier
? À condition que le chantier puisse avancer, nous sommes sur un calendrier d'ouverture à 2017, contre 2013 à l'état initial. Si nous n'avançons pas, le recrutement ne pourra pas avoir lieu et les marchés aux entreprises ne pourront pas démarrer non plus. On parle aujourd'hui d'une dizaine d'entreprises pour assurer les travaux de défrichement, et demain, de 40 à 50 entreprises qui pourraient être chargées de l'aménagement, la construction, l'ameublement...
À combien s'élèvent les investissements réalisés sur ce projet ?
Après avoir signé un compromis de vente en 2008, nous avons acheté le terrain dès l'obtention de nos autorisations, début octobre 2014, pour une valeur de 640.000?. Nous prévoyons d'investir 300 millions d'euros de travaux, ce qui représente un budget de 387 millions d'euros au global, en incluant l'ingénierie, la maîtrise d'oeuvre, les assurances, la décoration, jusqu'à la dernière petite cuillère ou fourchette...
Avez-vous déjà vécu ce type de contestation ailleurs ?
Nous n'avons connu aucune opposition de ce genre. Il y a parfois eu quelques interrogations, mais plutôt sur des questions relatives à l'arrivée de touristes. La réalité économique est là. Nous apportons 697 emplois, essentiellement en CDI, dans une région dont le taux de chômage est supérieur à la moyenne de l'Isère, mais aussi des retombées fiscales et des possibilités d'investissements dans les réseaux.
Contre
Francis Meneu, président de la FRAPNA Isère.
Comment avez-vous perçu l'arrivée de ce projet ?
Lorsque nous avons appris son existence à l'été 2008, nous avons refusé de nous opposer par principe, en émettant toutefois des réserves sur le secteur choisi. Nous avions conscience que ce serait l'un des plus gros dossiers d'aménagement du territoire en zone naturelle. Nous avions demandé dès le départ à ce que ce dossier ne soit pas saucissonné, afin d'éviter ce qui s'est produit : commencer par le permis de construire pour ne s'intéresser qu'à la fin à la zone humide à caractère patrimoniale. Nos conseils n'ont pas été entendus.
Quelles sont vos divergences ?
Ce dossier devait être exemplaire car il s'agit de la plus grosse opération jamais réalisée ces 15 dernières années de destruction de zone humide, car il est sur une tête de bassin-versant, qui alimente les sources des deux rivières, l'Herbasse et la Galaure. C'est donc une zone qu'on ne devrait normalement pas toucher ! Malgré un avis très défavorable d'une commission d'enquête indépendante mandatée par le tribunal de Grenoble, le préfet a pris le risque de discuter uniquement avec Pierre & Vacances pour lever les réserves. Ce point a exaspéré les opposants les plus durs. Si on avait suivi le calendrier, les conseils et les alertes, ce ne serait pas devenu un dossier national !
N'est-ce pas une chance pour la commune de Roybon ?
Nous ne contestons pas l'intérêt économique d'un tel projet pour une collectivité publique, mais bien le lieu d'implantation, qui n'est pas adapté. S'il l'était, vous n'entendriez pas parler de la Frapna car notre compétence est de faire en sorte que l'on ait un développement harmonieux, mêlant économie et environnement.
Existe-il des exemples de coopération réussie ?
Le dossier de la centrale de Livet Gavet, où l'on travaille en partenariat avec EDF. Ce dossier est fait dans les règles de l'art, avec d'énormes avancées écologiques comme l'effacement de plusieurs barrages et la renaturalisation de la rivière La Romanche, alors qu'il s'agit du plus gros chantier hydroélectrique européen.
Craignez-vous un nouveau "Sivens " ?
Le problème, c'est que le dialogue s'est crispé à ce moment-là. C'était une occasion rêvée pour les plus engagés contre le projet. Mais la Frapna n'a jamais appelé à la rébellion ou à la désobéissance civile. Nous avons choisi la voie juridique, pas le pouvoir de la rue Si la justice nous donne tort, nous n'irons pas plus loin. Je démissionnerai même si l'on me pousse à aller plus loin !