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"Pour réussir, il faut savoir écouter ses émotions"
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Laurent Lairy consultant et actuel président du Stade Lavallois Mayenne Football Club "Pour réussir, il faut savoir écouter ses émotions"

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Le dirigeant mayennais Laurent Lairy, consultant auprès d'entreprises et actuel président du Stade Lavallois Mayenne Football Club, publie son manifeste "Ma Petite Voix" (éd. Temporis). Il livre ainsi son expérience pour lier convictions et enjeux économiques, afin d'infuser en entreprise une stratégie de responsabilité sociétale et environnementale.

Laurent Lairy, président fondateur de Protecthoms, vendu en 2021, et actuel président co-actionnaire du Stade Lavallois Mayenne FC, publie "Ma Petite Voix", un manifeste pour construire des projets en phase avec ses "émotions" — Photo : © DR

Pourquoi avoir voulu écrire un manifeste sur ce que vous nommez "Ma Petite Voix"?
J’aime écrire. Et depuis toujours, j’ai pris des notes sur mes expériences. Lorsque j’ai vendu mon entreprise (en 2021), j’ai repris ces mots et je me suis aperçu que beaucoup de choses me faisaient souffrir, ce que j’appelle mes maux. On a besoin de son cerveau pour réfléchir mais il faut aussi une connexion abdominale, l’un et l’autre doivent être alignés. Ce n'est pas de l'instinct, plutôt des préoccupations qui nous animent, sans qu'on puisse tout de suite les déterminer. On ne réussit pas seulement en faisant de sa vie une vie qui va rapporter (de l’argent, NDLR), il faut aussi savoir écouter ses émotions. Mes maux à moi viennent beaucoup de ce qui concerne l’humain et de la responsabilité environnementale. C’est, humblement, ce que j’ai essayé de transmettre dans ce livre.

En quoi votre parcours d’entrepreneur peut-il servir d’exemple ?

En 1993, j’ai créé seul dans mon sous-sol mon activité de distribution d’équipements de protection individuel. On les appelait alors des protections pour l’hygiène et la santé : les initiales PHS se retrouvaient dans le nom de Protecthoms. À cette époque, les ouvriers qui mettaient des gants étaient traités de faignants, depuis, il y a une obligation de protéger le travailleur. On ne parlait pas encore de RSE, mais mon émotion s’est alignée sur la loi. J’ai pensé mon activité autour du confort de travail et donc de la performance des collaborateurs. En appliquant cette vision en interne, c’est plus facile de la transmettre aux clients. Lorsque j’ai vendu en 2021, Protecthoms était devenue le quatrième acteur du marché en France, employait 220 salariés et réalisait près de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Trente ans après avoir créé votre entreprise, quels éléments clés avez-vous identifiés dans cette réussite ?

Les entreprises accueillent parfois les nouvelles catégories d’implications, les normes par exemple, comme un coût et non un profit. Personnellement, qu’est-ce-qui m’a permis d’avancer ? Prendre soin des collaborateurs, c’est la sensibilité humaine. Donner l’exemple. S’interroger sur l’environnement : est-ce que des produits qu’on vend en France doivent faire le tour du Monde ? Une vision économique : une entreprise doit créer de la valeur. Ce que je sais aujourd’hui, c’est que si on investit dans ces quatre piliers et qu’on les fait grandir, on crée de la valeur. Mais il ne faut pas laisser un de ces piliers en retrait, sinon ça ne marche pas.

C’est votre vision de dirigeant. Mais comment l’intégrer au sein d’une entreprise ?

Tout est une question d’équilibre. Il faut raisonner cash et se fixer des objectifs au bon endroit, et être précis sur ses objectifs. Et encore une fois, il faut qu’ils soient alignés sur ses propres émotions. Un projet de responsabilité sociale et environnementale peut être mené de deux manières dans une entreprise : soit en mode marketing, et on enveloppe quelques mots-clés pour se faire plaisir ; soit ce projet est guidé par lead, les dirigeants qui le diffusent à l’ensemble des actions de l’entreprise. Selon moi, un projet doit être poussé par les dirigeants, par paliers, de manière compréhensible et cohérente pour être appliqué par les salariés.

Depuis que vous êtes président (actionnaire) du Stade Lavallois Mayenne Football Club, vous vous efforcez de développer ce que vous appelez la RSSEE du club : la responsabilité sociale, sociétale, économique et environnementale. Là, vous ne semblez pas être aligné avec votre sport…

Le foot est un bon exemple. On voit que des projets passionnels ont mené à faire n’importe quoi dans certains clubs. À l’inverse, de plus en plus, des capitaux exotiques viennent chercher des résultats pour des profits à court terme plutôt que pour faire vivre une communauté, dont les supporters. Je ne suis pas ce qu’on appelle un romantique du football, mais selon moi, il faut retrouver certaines valeurs de notre sport. Il y a trop d’intérêts personnels, de priorités données aux profits à tout prix, de manque de respect et d’exemplarité…

À Laval, on recherche l’équilibre entre l’économique et la passion, et on arrive à des résultats de groupe sympas. On est ainsi remonté en Ligue 2 avec le titre de National (saison 2021-2022). On vit de beaux moments, avec le staff, les joueurs, les dirigeants et le public. On a ainsi réussi à relancer le projet de rénovation du stade Francis-le-Basser. Et on renforce cette prise de conscience auprès des joueurs et des autres salariés des prises en compte environnementales sur l’impact des déplacements, des éclairages et de l’arrosage des pelouses, etc. Pour les 120 ans du Stade Lavallois (en 2022), nous avons fait le maillot le plus décarboné possible, avec le circuit le plus court possible — même si ce n’était pas possible de le faire tricoter en France, où la production a quasi disparu. C’est une action symbolique. Mais c’est une façon de montrer que porter des valeurs dans le football, c’est encore possible.

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