Il faut remonter à l'été 2009. Le coup d'arrêt du projet de terminal méthanier au Verdon, qui devait générer près de 2Mt par an de trafic, traumatise la communauté portuaire. Sur fond de crise entre la gouvernance du port et les sociétés utilisatrices du port, s'invite la crise économique. L'arrivée de la réforme portuaire complexifie encore la donne. Des mouvements de grèves s'enchaînent (Lire ci-dessous). Des avaries survenues sur deux portiques au Verdon ? obligeant MSC à se rapatrier à Bassens-, les pannes répétées de la drague Pierre Lefort qui découragent les gros porteurs de venir, témoignent en parallèle de dérives dans la maintenance. Au coeur de cette tourmente, le port, en 2010, sauve la mise grâce à de l'export exceptionnel de bois de tempête. Il enregistre ainsi un trafic de 8,7 Mt, similaire à celui de 2009. Un moindre mal alors que son voisin et concurrent, le port de laRochelle, booste ses volumes de 12% en 2010, talonnant le port de Bordeaux à 8,4 Mt.
2011 sous les mêmes auspices
2011 s'annonce sous les mêmes auspices, avec un trafic, à la fin mai, en baisse de 1%. Cependant, de façon plus structurelle, pour Jean-Paul Sandraz, président du Grand port maritime de Bordeaux (GPMB), «Pour maintenir cette apparente stagnation, c'est au contraire une action commerciale très vigoureuse qui a permis de compenser les pertes, depuis quinze ans, de tonnages importants liées à la fermeture d'usines et de reconversion agricole...».
Trafic de pales d'éoliennes
Pour le port de Bordeaux, qui a désormais tourné la page du transfert de son outillage et d'une partie de ses salariés, la réforme ne fait finalement que commencer. Parmi les projets de développement, on attend en fin d'année le trafic de pales d'éoliennes d'Astrium sur le terminal de Grattequina. Au Verdon, un appel d'offres vient d'être lancé pour l'accueil d'entreprises dans le secteur de l'éolien... mais pour les représentants de l'Union maritime et portuaire de Bordeaux, «l'urgence est surtout de restaurer la confiance des utilisateurs, avec un outil fiable techniquement et socialement». Tous veulent croire que l'unicité de commandement aux mains de la société BAT dopera certains trafics. Cependant, pour les syndicalistes portuaires CGT, «Cela ne jouera qu'à la marge. Le véritable problème du port de Bordeaux se situe surtout dans une désindustrialisation de son hinterland et une absence de projets d'envergure».
Marqué par la crise économique, deux années de conflits sociaux, des trafics stagnants et des tensions de gouvernance, le port maintient le cap tant bien que mal.