Port de Bordeaux : Des solutions à trouver d'urgence

Port de Bordeaux : Des solutions à trouver d'urgence

Infrastructure Face à un trafic en déclin depuis 2008 et un état obsolète de l'outillage, le devenir du port de Bordeaux et notamment sa gouvernance, font débat.

Bien que les trafics, en ce début 2013, marquent un sursaut (+11 %), l'activité sur le port de Bordeaux depuis 2008 a décliné, passant de 9Mt à 8,2 Mt en 2012. Outre la crise économique, les opérateurs portuaires ont subi et subissent encore l'impact d'une réforme portuaire mouvementée qui s'est traduite par le transfert de l'outillage et de manutentionnaires à une société privée. « La réforme ne fonctionne pas sur Bordeaux, c'est un échec et un désastre » note Julien Bas, co-président de l'Union Maritime et Portuaire de Bordeaux (UMPB). Au Verdon, depuis la mi-février, les deux portiques, datant de plus de 30 ans, sont à l'arrêt. De même, plusieurs pannes de grues sont survenues à Bassens complexifiant les flux de marchandises, rallongeant les temps d'escales et engendrant des surcoûts pour les opérateurs. Certains témoignent de pertes de trafics, les clients se détournant vers d'autres ports, Bilbao ou La Rochelle. « Des marges de progrès pourtant sont possibles, mais à la seule condition que l'outillage soit fiable » analyse Henri-Vincent Amouroux, directeur de l'UMPB. Or, le port qui a cédé son outillage ne souhaite pas le racheter et la société de manutention BAT (Bordeaux Atlantique Terminal), déficitaire de 1,2 M€, ne dispose pas de grande capacité d'investissement. Face à cette impasse, des solutions émergent, loin cependant de faire l'unanimité.




Le port en quête d'un nouveau manutentionnaire

Le port vient ainsi de lancer un appel d'offres pour trouver un nouvel exploitant au terminal du Verdon, qui sera désigné à l'automne. « La réforme portuaire prévoit que la manutention soit confiée à une société privée, si celle-ci ne peut l'assurer, il faut prendre des décisions » indique Christophe Masson, directeur du port de Bordeaux. De plus, afin de sortir d'un montage trop complexe et peu réactif de la maintenance de l'outillage, le port a proposé à BAT une mise à disposition d'une vingtaine de ses salariés et une gouvernance unique par BAT. « Mais pour l'instant, sur ce sujet, nous n'avons pas eu de retour », précise Christophe Masson. Par ailleurs, début juin, deux grues à Bassens seront remises en service.




« Immobilisme et indifférence totale de l'État »

Cependant face à l'attitude du port et de l'État, propriétaire du port, des voix s'élèvent. « Le premier coup de poignard a été donné par l'arrêt du projet du terminal méthanier qui a été un signal de désindustrialisation catastrophique, suivi par la cession d'un outillage non entretenu et aujourd'hui des lourdeurs de décision au niveau de la gouvernance. La compétitivité du port n'est plus assurée », analyse Laurent Courbu, président de la CCI Aquitaine. « Nous avons un sentiment d'immobilisme et d'une indifférence totale de l'État, qui pourtant a voulu et piloté cette réforme » ajoute Julien Bas. Face à ce constat, ces acteurs ont pris position pour un transfert de la gestion du port à un consortium de collectivités territoriales ou/et notamment le conseil régional.




Appel à un changement de gouvernance

Ce scénario paraît d'autant plus plausible que la Région a adressé, en février, un courrier au Premier ministre pour demander, dans le cadre de l'acte III de la décentralisation, le transfert du port sous son giron. Mais pour le port, la question n'est pas à l'ordre du jour. « Le ministre du transport a clairement évoqué, lors de son dernier discours, une stabilité de la gouvernance des ports. De plus, la décentralisation est un choix de stratégie politique de transport, pas un choix d'investissement », précise Christophe Masson. À suivre.