« Le pôle métropolitain ? Ce n'est pas le projet de fusion entre Collomb et Mercier ? Non, ce n'est pas ça ? C'est encore un énième bidule politique ! J'espère au moins que cela ne lève pas l'impôt ! » Un an après sa création officielle, le pôle métropolitain, qui regroupe le Grand Lyon, Saint-Étienne Métropole, la Communauté d'agglomération Porte de l'Isère (Capi) et celle du Pays viennois, ne semble pas avoir retenu l'attention de ce chef d'entreprise lyonnais, adhérent pourtant actif du Medef, qui a préféré garder l'anonymat.
Comme lui, ils sont nombreux à confondre le pôle métropolitain avec le projet de fusion absorption des compétences du conseil général du Rhône par le Grand Lyon, qui doit conduire à l'émergence de l'euro-métropole lyonnaise. « Encore heureux que les chefs d'entreprises ne connaissent pas le pôle métropolitain. Ce pôle n'a pas pour vocation à devenir une collectivité à part entière qui lève l'impôt et qui vient ajouter une couche au mille-feuille. Cela doit rester une structure légère pour fluidifier et favoriser les échanges entre les agglomérations. C'est comme cela que l'on va créer de la valeur ajoutée. Qui mieux que ce pôle peut porter des dossiers économiques majeurs pour nos territoires comme l'A45 », estime Franck Morize, secrétaire général de la CGPME Rhône.
Une structure légère ?
Sur le plan de la philosophie, l'idée de mutualiser les compétences de quatre agglomérations pour faire émerger une vision partagée de l'aménagement du territoire et du développement économique semble louable. Dans les faits, la structure légère tend à prendre du poids. « On nous avait annoncé que la création de cette structure ne coûterait rien. Or, le budget de fonctionnement pour une première année est déjà énorme », s'inquiète Éric Le Jaouen, président du Medef Loire. En effet, le pôle métropolitain, qui compte pour l'heure cinq permanents et quatre équivalents temps plein mis à disposition par les partenaires, affiche tout de même un budget de fonctionnement de 1,98 million d'euros pour 2013. Une somme certes dérisoire au regard du budget d'une structure comme le Grand Lyon (près de 2 Md€), mais un budget qui suscite tout de même une question : pour quoi faire ? Jean-Louis Gaqnaire, vice-président du conseil régional Rhône-Alpes en charge de l'économie a une opinion bien tranchée sur la question. « Le pôle métropolitain est plus une opération de marketing territorial qu'autre chose. Et toute opération marketing coûte cher... Que les agglomérations échangent entre elles, qu'elles s'unissent pour une meilleure visibilité à l'international, pourquoi pas ! Mais au-delà, je ne vois pas bien l'utilité. Se doter de compétences économiques nécessite des moyens. Si le pôle métropolitain les a, tant mieux ; sinon, les actions risquent d'être très limitées. D'ailleurs, la seule action concrète, pour l'instant, c'est la création du syndicat mixte de transport... présidé par Queyranne. » De son côté, le président du Grand Lyon, Gérard Collomb défend le bilan du pôle. « Nous avons mis en place le syndicat métropolitain des transports avec la Région. Aujourd'hui, les départements commencent à venir dans cette convergence parce que, pour l'économie de nos territoires, il est fondamental que nous ayons un réseau de transport maillé à l'échelle de l'aire métropolitaine. Dans le domaine économique, nous essayons de nous appuyer sur nos points forts, affirme Gérard Collomb. C'est le cas du design à Saint-Étienne et donc nous soutenons les industries créatives. Nous sommes aussi en train de développer une robotique de l'aire métropolitaine en faisant travailler ensemble ceux qui oeuvrent dans les logiciels à Lyon et à Saint-Étienne et les entreprises de mécanique. Dans un autre domaine, nous avons voté pour développer le pôle matériau sur le territoire isérois. On pourrait se dire que des groupes comme Lafarge ou Vicat non pas besoin de nous pour se développer à l'international. C'est faux ! Lorsque je vais aux Émirats Arabes Unis, ils viennent avec nous. Dans un pays comme Dubaï, être identifié comme une entreprise de l'aire métropolitaine lyonnaise a plus de poids que si l'on dit que l'on vient de Porte de l'Isère. »
Visibilité et taille critique
Chérif Hadji, P-dg d'IESA Group à Vienne, partage ce point de vue. « Ce pôle métropolitain, c'est de la communication avant tout. Or, communiquer à l'échelle de l'aire métropolitaine est une bonne chose pour nos entreprises. Quand je parle de mon entreprise à l'international, je dis que nous sommes une entreprise lyonnaise, pas que nous sommes à Vienne ou près de Grenoble ! » Atteindre une taille critique pour être plus visible, l'idée fait son chemin, y compris dans les clusters. « J'ai la conviction que le pôle métropolitain est la bonne échelle pour animer un cluster. Une agglomération comme Saint-Étienne ou Lyon est trop petite et le périmètre de la Région est trop grand », confie Armand Lulka, directeur de Numelink, le cluster ligérien du numérique. « Il faut relativiser. Le pôle métropolitain, c'est 1,8 million d'habitants. À l'échelle européenne, ça ne représente pas grand-chose. Il faudrait agréger d'autres territoires, mais ça s'appelle une région », tempère, un brin ironique, Jean-Louis Gagnaire. Quant à la question de l'euro-métropole qui viendrait accentuer la toute puissance lyonnaise au sein du pôle, « c'est déjà le cas. Alors un peu plus ou un peu moins... », commente Chérif Hadji. Et Gérard Collomb de conclure : « Il n'y a pas d'impérialisme de Lyon. Le coeur de l'aire métropolitaine, c'est le Grand Lyon. L'euro-métropole va rendre ce coeur plus fort. Or, un coeur plus fort permet de mieux alimenter tout l'organisme. »
Créé il y a un an par le Grand Lyon, Saint-Étienne métropole, la Capi et le Pays viennois, à quoi sert le pôle métropolitain ? Instance de réflexion entre élus, ce pôle peut-il avoir un impact sur l'économie des territoires concernés ?