C
omment se porte l'économie girondine ? Elle est assez proche de l'activité économique nationale. Il n'y a aucune croissance, et ce que j'appellerai une stabilité basse. Les capacités de production sont sous-utilisées et les carnets de commandes peu fournis. La crise de 2008 est arrivée avec un décalage en Gironde. Mais nous sommes désormais pleinement concernés. Les entrepreneurs ont donc réduit la voilure et stoppé leurs embauches et investissements. Les entreprises qui ont de la trésorerie la garde et essaient de tenir et les autres ne tiennent pas. Tout cela dans un contexte de reprise aux États-Unis, de forte baisse de l'Euro par rapport au Dollar et de baisse des prix du pétrole. La crise est devenue un mal européen, et plus particulièrement français.
Comment se porte le moral des entrepreneurs ?
La CCI de Bordeaux mène une enquête trimestrielle sur ce sujet. Je constate qu'aucun clignotant ne se rallume : marge, carnet de commandes, emploi... Même la confiance dans sa propre entreprise s'érode. Elle passe de plus de 65 % à 57 %. Cela signifie que 43 % des entrepreneurs pensent qu'ils vont dans le mur ! En parallèle, seulement 10 % des chefs d'entreprise ont confiance dans "l'entreprise France"! Certes, cet indicateur n'a jamais été très élevé, mais il n'était jamais tombé aussi bas.
La Gironde est-elle plus préservée que le reste de l'Hexagone ?
Bordeaux est l'endroit où il faut être. Les projets d'envergure, récemment livrés ou lancés, sont nombreux : Laser Mégajoule, grand stade, Cité des civilisations du vin, Kedge Business School, ligne à grande vitesse, Thalès... Et nous avons une démographie positive. Quand je rencontre les présidents des autres CCI métropolitaines, je vois leurs yeux briller !
Le discours pro-entreprise de Manuel Valls a-t-il réconcilié les patrons avec l'Exécutif ?
Ce pays n'est pas géré : c'est ce qui transparaît autant du bruit de fond que des exemples quoditiens. Il y a eu un espoir avec l'arrivée de Manuel Valls. J'ai applaudi le discours pro-business du Premier ministre lors de l'Université d'été du Medef. Mais c'est au pied du mur que l'on voit le maçon. Manuel Valls est otage de sa majorité.
Quelles mesures trouvent grâce à vos yeux ?
Je salue la mise en place du CICE, qui porte ses fruits depuis cette année. Mais cette mesure ne fait que boucher les trous de trésorerie des entreprises. Depuis l'élection de François Hollande, 80 taxes diverses ont vu le jour. Le gouvernement semble avoir compris l'importance des entreprises, mais les deux premières années ont été un véritable "bashing" contre l'entreprise. Je ne préfère pas vous rappeler les déclarations d'Arnaud Montebourg...
Medef, CGPME et UPA manifesteront leur mécontentement début décembre sous différentes formes. Qu'en attendez-vous ?
Je doute de l'effet de nos manifestations. Je crains que l'on soit inaudible. Mais cela permet aussi de montrer à la base que les organisations professionnelles jouent leur rôle. Il y a beaucoup d'endroit où les organisations professionnelles craignent de se faire déborder. Notre responsabilité est de canaliser le mécontentement. Beaucoup sont dans le "No future". Je ne crois pas dans les jacqueries, mais je crois au désespoir.
Le président de la CCI de Bordeaux constate « une stabilité basse » dans l'activité des entreprises et relève que le moral des patrons n'a jamais été aussi bas.