Secrétaire du CE de Petroplus à Reichstett, Éric Haennel n'en démord pas. «Il y avait encore de la place pour une activité de raffinage à Reichstett», martèle-t-il, «la France n'est pas en surcapacités». Il n'en reste pas moins que la plus petite unité de raffinage de France, avec ses 4millions de tonnes de brut annuelles, a été fermée au printemps dernier par son exploitant suisse. Des 255 salariés de l'époque (plus une centaine de sous-traitants), il n'en reste aujourd'hui que 80. Licenciés, les autres sont partis loin, parfois jusqu'en Nouvelle-Calédonie, «travailler dans les mines de nickel», ou bien plus près, à Carling ou toujours en Alsace. «À fin 2011, nous étions à peu près à 60% du programme de reclassement», explique Jean-Luc Bildstein, délégué syndical CFDT. Et les difficultés financières de l'entreprise ne semblent pas l'avoir affecté: «Il n'y avait pas de retard dans l'engagement de Petroplus par rapport à ce qui a été promis», confirme Éric Haennel. Le groupe était donc, mi-janvier, à jour de ses aides au différentiel de salaire (jusqu'à 300euros par mois), formations, frais liés aux déplacements... Reichstett devrait, selon les syndicalistes, encore enregistrer quelques départs dans le courant de ce premier semestre 2012.
650 hectares à l'entrée de la Cus
En vente depuis bientôt deux ans, le site de 650 hectares (dont une partie en zone naturelle) suscite bien des convoitises. «Il est à proximité d'un noeud autoroutier et à la jonction de trois pipelines, celui de Fos, celui du Port au pétrole et celui de Karlsruhe (militaire, NDLR)», vante Georges Schuler, maire de Reichstett. «Par ailleurs, environ 300 hectares qui se situent entre la raffinerie et l'usine de Lanxess sont déjà classés industriels depuis 1962», ajoute-t-il. L'élu, soucieux de trouver un avenir à ce site qui fait trois fois la taille de sa ville, met ainsi en avant ses deux atouts majeurs. D'abord sa prédisposition à recevoir une activité de stockage de produits raffinés. Si beaucoup est à faire pour accueillir un dépôt digne de ce nom, le site intéresserait plusieurs opérateurs qui seraient capables d'investir plusieurs millions d'euros pour le structurer, parmi lesquels le nom du français Rubis revient souvent. Ce dépôt est nécessaire pour garantir l'approvisionnement aux particuliers et professionnels à coûts maîtrisés en essence et en fioul dans l'est de la France, notamment quand le Rhin est à un niveau trop bas pour accueillir des barges lourdement lestées. Les 300 hectares de foncier, qui pourraient être rapidement disponibles, sont également convoités par la Communauté urbaine de Strasbourg (Cus), en proie à une forte pression foncière. «C'est une opportunité», confirme Jacques Bigot, président de la Cus, «un site qui mérite d'être attentif».
Une carte à jouer?
Mais qui de la Cus, éventuellement du Port ou d'un investisseur privé pourrait reprendre? La question ne serait pas encore tranchée et la situation générale des finances publiques complique la donne. Mais il y a peut-être une carte à jouer face à un Petroplus aux abois. Et un risque également: celui, en cas de défaillance précipitée de l'entreprise, de se retrouver face à ses liquidateurs et créanciers dans une négociation qui serait nettement plus longue. Dès lors, l'éventualité d'une zone d'activités avant 2020 s'éloignerait... Enfin, il reste le volet des installations industrielles à proprement parler. Par essence, celles dont le sol est le plus pollué. Un dossier sur lequel la Dreal n'a pas souhaité communiquer, mais qui est de toute première importance. De nouvelles études sont en cours pour évaluer le degré de pollution et du coup, le budget de dépollution. Au bas mot, plusieurs dizaines de millions d'euros pour Petroplus qui, en tant que dernier exploitant, en a la responsabilité mais ne sera probablement pas en mesure de l'assumer. Cela pourrait entrer dans la négociation avec un éventuel repreneur des terrains qui apporterait les garanties de dépollution. Un opérateur allemand, spécialiste de ce genre de dossier -dépollution et de valorisation de foncier- aurait fait montre d'un certain intérêt.
L'urbanisme s'invite
À Reichstett, les hypothèses commencent à se dessiner. La balle est globalement dans le camp de Petroplus, dont la direction locale n'a pas souhaité s'exprimer. Le mot de la fin sera donc pour le maire de la commune: «Maintenant il faut arrêter de pleurer et voir ce que l'on peut faire. Et tout de suite!», lance Georges Schuller. L'élu est aussi confronté à des problématiques d'urbanisme local: 1.000 nouveaux logements devraient fleurir à Reichstett d'ici à 2020. Autant permettre à leurs futurs habitants de travailler à proximité immédiate, dans un site complètement requalifié. Il va de soi qu'une friche, dans le paysage, ferait mauvais genre...
RAFFINAGE En grandes difficultés, Petroplus Reichstett demandait, à l'heure où nous bouclions ces lignes, son placement en redressement judiciaire. Si le sort du site est scellé, le volet alsacien n'est pas bouclé : avenir du site, suivi des reclassements... Reichstett n'a pas tout à fait soldé son histoire avec Petroplus.