Le 20 juin dernier, l'ultime Comité de pilotage pour la réindustrialisation du site de la raffinerie de Petit-Couronne, s'est tenu à la préfecture de région, à Rouen. Un dernier tour de table entre les élus locaux, l'État et les industriels Valgo, Bolloré Énergie et Eiffage Construction, pour signifier l'acte de naissance du nouveau « Pôle industriel de Petit-Couronne ».
Le spectre d'une friche industrielle s'éloigne
Quatorze mois à peine après le prononcé de la liquidation de Petroplus par le tribunal de commerce de Rouen, l'hypothèse de voir s'installer pour longtemps une friche industrielle majeure au coeur de l'agglomération s'éloigne donc. Au plus grand soulagement des élus locaux, le maire de Petit-Couronne Dominique Randon (PS) en tête, mais aussi et surtout le président de la Métropole, Frédéric Sanchez (PS) et le député Guillaume Bachelay (PS), très actif sur le dossier et à l'origine de la mise sur pied du Comité de pilotage en avril 2013. Soulagement également pour le liquidateur judiciaire, Maître Pasqual, dont la mission devait s'achever quoi qu'il arrive le 19 juin dernier, faute de moyens pour maintenir plus longtemps le site en sécurité. Second motif de satisfaction rappelé par le préfet Pierre-Henri Maccioni, le fait d'avoir pu trouver une solution d'ensemble qui évite « la vente à la découpe du site ». Désormais, un projet industriel est en marche, piloté par le groupe Valgo, l'acquéreur des terrains. Spécialiste de la décontamination et de la dépollution de sites industriels, la société toulousaine a été désignée par le tribunal de commerce de Rouen en avril dernier « pour prendre en charge la réindustrialisation du nouveau pôle industriel de Petit-Couronne », dans le cadre d'un partenariat avec Bolloré Énergie et Eiffage Construction.
200 M€ d'investissements sur cinq ans
Et si Valgo annonce près de 10 millions d'euros d'investissements sur l'ex-raffinerie Petroplus, ce ne sont pas moins de 200 millions d'euros qui seront engagés au final pour la reconfiguration du site. Dans un premier temps, Valgo annonce le transfert de ses activités R & D dans les laboratoires existants de l'ancienne raffinerie (5 M€) ainsi que la création d'un « Biocentre » de traitement des terres polluées sur près de 8 hectares (3 M€). Pour le reste, c'est du côté des partenaires qu'il faut aller voir. La filiale « énergie » du groupe Bolloré s'apprête à engager 70 millions d'euros pour reprendre une partie des installations de stockage de combustibles sur une surface de 177 hectares
. Une partie seulement, insiste le préfet, puisque sur une capacité totale de 500.000 m³ de stockage, 350.000 m³ seront réservés au stockage dit « stratégique ». Une précision à l'adresse de certains représentants de l'ex-intersyndicale de Petroplus, hostiles à tout projet autre que celui d'une raffinerie, qui dénonçait le risque d'importations massives de brut en provenance de l'étranger.
Une plate-forme logistique sécurisée
Au final, pour Bolloré Énergie, la localisation du site va lui permettre de stocker du fioul domestique pour livrer notamment ses clients dans les aéroports parisiens. L'investissement le plus lourd dans les années à venir, c'est celui porté par Eiffage Construction qui souhaite développer sur 48 hectares une plate-forme logistique multimodale « sécurisée », notamment à destination des industriels de la cosmétique et de l'agroalimentaire. Eiffage annonce 120 millions d'euros d'investissements avec quelque 240 emplois à la clé. Au total, les trois partenaires avancent donc le chiffre de 200 millions d'euros d'investissements sur le site de l'ex-raffinerie Petroplus avec une fourchette basse, selon leurs estimations, de 440 emplois directs créés. Le P-dg de Valgo François Bouché, confirme également être en discussion avec de futurs partenaires pour un projet de déconstruction et de désamiantage qui pourrait occuper les 10 hectares du site encore libres.
Guillaume Ducable
Le spécialiste toulousain de la décontamination, Valgo, a pris possession du site Petroplus le 20 juin dernier. « Le nouveau pôle industriel de Petit-Couronne » devrait accueillir d'ici quelques mois deux autres projets portés par Bolloré Énergie et Eiffage Construction.