Vendredi 29juin, une page s'est tournée dans l'histoire de la PME harfleuraise Pera et fils. En effet, le tribunal de commerce duHavre a décidé la poursuite de la période d'observation de la société jusqu'au 10août avec désignation du repreneur le 3août! Comment l'entreprise, qualifiée de «pépite régionale» pour ses bons résultats a-t-elle pu se retrouver dans une telle situation? Classée en 2004 parmi les «1.000 entreprises françaises les plus performantes», l'entreprise spécialisée dans les travaux de second oeuvre avait également reçu trois fois le prix Gazelle (2006, 2007, 2008), récompensant les champions de l'économie française. Après un beau parcours et des chantiers dans tout l'hexagone, les deux frères Georges et Didier Pera, à la tête de l'entreprise depuis 1995, cherchaient à transmettre leur entreprise à leurs enfants. Mais ces derniers jugés trop jeunes, les frères Pera se tournent alors en 2010, vers le fonds régional NCI Gestion et sa structure naissante de prises de participation majoritaires, Major Capital. Objectif: réaliser une transition en douceur sur une période de cinq à sept ans, afin de permettre aux enfants de reprendre, par la suite, l'entreprise familiale. Coïncidant avec
la prise de participation majoritaire de NCI Gestion dont c'était la première opération du genre, le déclin de l'entreprise familiale intervient au coeur d'un contexte économique de crise, au sein duquel les marchés traditionnels de Pera et fils deviennent plus difficiles à trouver. Le nouveau directeur nommé par l'actionnaire majoritaire en avril2010 décide alors de se positionner sur de nouveaux marchés jusqu'ici inconnus pour l'entreprise: les marchés publics et les appels d'offres pour le logement. Une stratégie rapidement mise à l'épreuve.
Deux impayés majeurs
En effet, en juin la PME enregistre un impayé de plusieurs centaines de milliers d'euros qui s'avérera lourd de conséquences, suivi à l'automne de deux autres défauts qui creusent un peu plus les pertes de l'entreprise. Si le premier contrat en cause a bien été signé avant la prise de fonction du nouveau dirigeant, les actionnaires s'opposent aujourd'hui sur la responsabilité de l'échec des deux chantiers suivants. «Dès avril2010, le nouveau P-dg a été chercher de nouveaux marchés sur tout ce qu'on ne savait pas faire», explique Bruno Rebeuf, responsable études et achats et secrétaire du comité d'entreprise. «Il est l'artisan de notre défaite», juge-t-il sévèrement. Au final, Pera et fils enregistre pour l'exercice 2010 une perte d'exploitation proche de 750.000euros! Un gouffre infranchissable pour cette PME de soixante-dix personnes qui sur l'exercice suivant affichera un résultat négatif de près d'1million d'euros. Le comité d'entreprise demande alors à rencontrer l'actionnaire majoritaire et une réunion est programmée en juillet2011. Suite à cette rencontre, décision est prise de réaliser un audit qui se tiendra fin août. Dans l'intervalle, pour faire face, les actionnaires remettent au pot -250.000€ pour les frères Pera qui peu de temps après, cèdent pour un euro symbolique leurs 13 derniers pour cent à NCI Gestion, explique Bruno Rebeuf. Conséquence directe de l'audit, le directeur quitte l'entreprise à l'automne et est rapidement remplacé par un manager de transition qui tiendra à peine six mois à son poste. S'il arrive au départ à stopper l'hémorragie financière de l'entreprise, le nouveau président de Pera doit faire face à des incidents bancaires qui font perdre la confiance des fournisseurs. Entre-temps, la société a été placée sous mandataire ad hoc, dans le but d'étaler ses dettes sur trois ans, soit près de 3M€. Un nouveau dirigeant a été nommé en février2012, sans parvenir à redresser la situation (les salaires de mars ne sont pas payés). La société a été placée en redressement judiciaire le 6avril dernier et un administrateur judiciaire nommé le 13. Deux repreneurs potentiels se sont positionnés pour relancer l'entreprise: Vilmonteil, groupe de second oeuvre basé à Limoges et un groupement de cadres constitué par les deux frères Pera et leurs trois enfants, Murielle Lunes (comptable) et Bruno Rebeuf.
S.C et G.D
Peinture, plafonds, cloisons ou plâtrerie, l'entreprise Pera et fils est spécialisée dans les métiers de la finition intérieure depuis 1971, au Havre.
Fleuron régional, plusieurs fois primé du prix Gazelle, la société familiale joue sa survie, après deux années difficiles.