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Pays de Ploërmel : Alerte rouge sur l'emploi
Morbihan # Ressources humaines

Pays de Ploërmel : Alerte rouge sur l'emploi

Malgré le taux de chômage le plus bas du Morbihan, le pays de Ploërmel peine à attirer des compétences. Les entreprises de ce territoire, coincées entre Vannes et Rennes, doivent rivaliser d'inventivité pour capter la main d'oeuvre.

— Photo : Antonio Diaz - stock.adobe.com

Si comme Hydraumatec à Ploërmel, certaines entreprises sont en train de refuser des commandes en raison de la pénurie de main-d'oeuvre qualifiée, c'est qu'il est grand temps d'agir. Souvent hissé sur un piédestal en matière d'emploi avec son taux de chômage en dessous des 7%, le bassin de Ploërmel dégringole. En un an, il s'est inscrit 7% de demandeurs d'emploi supplémentaires. À fin août, ils étaient 3.638 inscrits à Pôle Emploi, toutes catégories confondues, dont 2.150 sans aucune activité durant le dernier mois. Dans un territoire comptant moins de 15.000 actifs, ce chiffre prend des proportions effrayantes.

Le revers de la médaille

Le pays de Ploërmel subit aujourd'hui l'effet retour de sa politique menée depuis trente ans. Une politique d'accueil d'entreprises industrielles sur un territoire dont la main-d'oeuvre était disponible et pas chère. «Une main-d'oeuvre attachée au pays», soulève Mireille Créno-Chauveau, directrice de la Direccte. «Le modèle a satisfait les salariés. Ils occupaient des postes pas faciles et peu qualifiés avec peu de possibilités d'évolution». Ce qui fragilise le territoire d'autant plus lors de licenciements économiques. Pour Paul Anselin, ancien maire de Ploërmel et président de la Maison de l'Emploi, la faute incombe d'abord à l'inadéquation des formations avec le marché de l'emploi. «C'est un comportement criminel de la part des centres de formation de ne pas s'adapter à la demande des entreprises», dit-il. «Pourquoi les chefs d'entreprises ne siègent-ils pas aux conseils d'administration des collèges, des lycées et des universités?» L'autonomie des universités, mise en oeuvre depuis cette année, tend vers ce principe. Ce qui constitue un début de réponse. À long terme.

Appel aux travailleurs étrangers

Mais pour le court terme, Paul Anselin a un avis tout tranché: l'appel à des travailleurs étrangers. «À l'instar ce qui a été fait il y a une dizaine d'années en faisant venir des familles polonaises pour travailler dans la métallurgie», indique-t-il. «Si Pôle Emploi n'a pas de réponse, la libre circulation des personnes dans l'Union Européenne est une solution». Une thèse qui fait bondir les intéressés, sûrs de posséder suffisamment de ressources localement. «11% des demandeurs d'emploi sortent de l'industrie agroalimentaire», note Sébastien Rio, directeur adjoint de Pôle Emploi à Ploërmel. «Certains pourtant ne sont pas toujours en mesure d'y retourner.» La raison? Des troubles musculo-squelettiques causés par une extrême pénibilité du travail. Et un manque de motivation. Les contrats précaires peuvent l'expliquer: 20% des offres d'emploi concernent des postes en intérim. Variable d'ajustement pour la production à flux tendus dans la majorité des industries agroalimentaire du bassin de Ploërmel. «L'intérim est d'ailleurs le plus gros employeur du territoire», poursuit Sébastien Rio. On dénombre 831 intérimaires sur le bassin de Ploërmel, soit 6,5% des actifs. Et souvent dans des postes sans aucune qualification. Ce qui, à l'heure de la mutation industrielle vers le tout numérique pose quelques soucis. «Les entreprises du territoire s'industrialisent et s'automatisent de plus de plus», constate Élodie Gouas, de l'agence d'emploi Interaction à Ploërmel. «On nous demande davantage de profil de conducteurs de ligne automatisée dans l'agroalimentaire, d'agents de maintenance ou d'opérateurs sur commande numérique.» Des métiers qui sont précisément les plus en tension sur le territoire. «Notre métier est de déceler les potentiels pour les faire évoluer», ajoute Élodie Gouas. «Les formations internes sont toujours possibles». Pourvu que le candidat ait l'envie de signer un contrat prolongé, voire un CDI. Car si l'intérim est aussi prégnant sur ce territoire c'est aussi en raison d'une politique de salaires bas.

En quête d'attractivité

Se positionnant comme un remède aux situations précaires, le groupement d'employeurs Vénétis à Ploërmel contribue à élever les compétences sur le territoire. Annick Bodiguel, responsable de l'antenne ploërmelaise a déjà recruté une dizaine de salariés à temps partagé qui officient au sein de quinze entreprises du bassin. «Ils sont tous dans le tertiaire: comptable, webmaster, informaticien, ressources humaines, responsable qualité et sécurité», complète-t-elle. Des postes à compétences transverses qui dynamisent un territoire en manque de cadres. Finalement, ce qui importe pour attirer des collaborateurs, ce n'est pas le compte de résultat ou le bilan. «L'entreprise doit donner du sens à ses salariés: un engagement vis-à-vis de l'environnement, une responsabilité sociale à l'égard des jeunes et des stagiaires», comme le souligne Yannick Roudaut, auteur de l'Alter-Entreprise. «Avec du temps partiel, des horaires variables, des salaires peu élevés, les entreprises du pays de Ploërmel manquent généralement d'attractivité», note Frédérique Le Pallec, directrice de Pôle Emploi à Ploërmel. «Elles ne doivent pas attendre que Pôle Emploi trouve les bons candidats, elles doivent aussi chercher à valoriser l'entreprise à l'extérieur.» Et Yannick Roudaut de conclure: «c'est aussi la perception que les gens ont de l'entreprise sur son territoire qui fera venir des talents».

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