Pascal Chazal : L'autodidacte convertit la France au bois

Pascal Chazal : L'autodidacte convertit la France au bois

P-dg d'Ossabois, Pascal Chazal a quitté l'école à 17 ans. Sans formation, il s'est lancé dans la construction de maisons à ossature bois. Un pari fou, mais payant! À force d'abnégation, cet idéaliste passionné a réussi à convertir la France au bois. Gilles Cayuela

«Tout petit, j'usais déjà mes culottes dans les copeaux», lance Pascal Chazal, P-dg d'Ossabois. Né en 1959 à Feurs, ce fils d'artisan tapissier-décorateur a baigné très tôt dans le milieu de l'entreprise. «Dans les années 60, mes parents sont venus s'installer à Noirétable. Mon père avait une activité artisanale et ma mère un commerce de layettes. Pour nourrir ses quatre enfants, en plus de tapissier-décorateur, mon père s'était mis à faire du revêtement de sol, à vendre des meubles. Il s'est ensuite lancé dans une petite activité de production d'objets en bois et de meubles», détaille le dirigeant. Imprégné par l'odeur du bois et par la fibre d'entrepreneur de son père, le jeune Pascal Chazal est loin de se douter que son destin le conduira à devenir, bien des années plus tard, le n°1 Français de la construction de maisons à ossature bois.




Self-made man et idéaliste

Rebuté par les études qu'il juge «ennuyeuses», il n'a que 17 ans quand il décide de quitter le lycée pour se lancer dans le monde du travail. «J'ai eu la chance de rencontrer des copains qui travaillaient dans le bâtiment et qui m'ont fait entrer comme intérimaire», explique-t-il. C'est au cours d'un déplacement professionnel en Finlande, que le jeune homme, alors âgé de 20 ans, tombe sous le charme des maisons en bois. Passionné par cette découverte, il nourrit l'ambition un peu folle d'importer le concept scandinave en France, «un pays de maçon». 28 ans plus tard, cet autodidacte idéaliste et passionné, ce self-made man à la française, peut se targuer d'avoir réussi à convertir la France à la construction bois. Pourtant, tout ne fut pas rose... ou plutôt vert pour cette entreprise pionnière du développement durable. «Au début, on passait pour les écolos de service. Il a fallu convaincre, apprendre à vendre et à faire. J'ai dû raconter des salades à mon banquier, aux clients... J'ai dit que j'avais appris à construire des maisons en bois en Finlande. Si j'avais dit que je voulais copier les techniques des Finlandais, personne ne m'aurait suivi. Je n'avais pas de diplôme de charpentier, je n'étais pas ingénieur bois», argumente l'entrepreneur. En 1993, Ossabois, confrontée à sa première crise immobilière, ouvre son capital et évite de peu la liquidation. «J'ai perdu le contrôle, je me suis retrouvé avec un patron pendant 15 ans, mais j'ai continué à faire avancer l'entreprise», précise Pascal Chazal. En 1997, Ossabois s'ouvre au marché de l'habitat collectif et voit son CA progresser de manière significative au début des années 2000, avant d'enregistrer une croissance de près de 100% entre2006 et2007.




Toujours aller de l'avant

«J'ai senti que le moment était venu de changer de braquet, que les nouvelles normes sur les bâtiments basse consommation et à énergie positive étaient une opportunité pour la construction bois. Mon associé n'avait pas la même vision», explique Pascal Chazal, qui via un LBO reprend le contrôle de sa société en décembre2007. Aujourd'hui, le dirigeant, père de cinq enfants, continue d'aller de l'avant. Après s'être engagé sur la voie de l'industrialisation en reprenant en novembre2007 l'usine du groupe Seb dans les Vosges et 62 de ses salariés, ce stakhanoviste dans l'âme, séduit par le kaban, kaisen et autres méthodes de lean management, ambitionne d'ouvrir sous deux à trois ans un troisième site de production en Aquitaine. «On souhaite employer de la main-d'oeuvre locale industrielle. Pourquoi pas dans l'automobile qui est sinistrée», confie le dirigeant, qui prévoit aussi d'ouvrir une usine de fabrication de salles de bains dans les Vosges. «L'usine en Aquitaine aura aussi une unité dédiée à la salle de bain. C'est un process innovant qui n'existe pas ailleurs», précise ce passionné, sans cesse en quête de nouveaux challenges.