Jusqu'où ira la descente aux enfers de la livre? Il y a 18 mois, il fallait 1,45€ pour se procurer une livre sterling. Désormais, un euro n'équivaut même plus à une livre (0,92€). La chute de la livre a joué un rôle majeur dans celle de Pronet, fabricant de machines de nettoyage basé à Vannes en redressement judiciaire, pour qui le marché britannique occupe 35% de l'export. «Entre début septembre et février, la livre a chuté de 30% à 40%», constate son président Joseph Allain. «Elles coûtaient donc 30% à 40% plus cher à mes clients britanniques, à qui je vendais mes machines directement eneuros...». Pour le chantier vannetais Kelt, spécialiste des yachts et des semi-rigides, les conséquences de cette dévaluation brutale sont également sensibles. «Avec la crise, la demande tarit alors que notre offre est très haut de gamme», constate Marie-Noëlle Gérard-Knight assistante commerciale France/Export de Kelt.
Delta trop important
«Un bateau Kelt de 30.000€, au lieu d'être vendu Outre-Manche l'équivalent de 20.000€, est proposé environ 26.000€ avec un taux de change de 1,15 voire 27.200€ à 1,10. Notre produit devient "hors marché"», ajoute Marie-Noëlle Gérard-Knight. Pour Kelt, le marché britannique s'est délité de plus de 60%. Pourtant, dans les belles années, la Grande-Bretagne représentait 10% de l'export de Kelt.Activité qui représente elle-même 35% à 45% du chiffre d'affaires global du chantier naval. «Quand on travaille avec un importateur, il peut allouer un budget à l'achat de devises en banques pour compenser le delta entre deux devises», explique Marie-Noëlle Gérard-Knight. «Si le delta est trop important, ce n'est pas viable.»
Deux sites pour Michelin
«Nous sommes surtout touchés par la dévaluation du dollar», remarque pour sa part John Milsted, directeur du site Michelin de Vannes. «La Grande-Bretagne reste un petit marché pour nous.» Michelin dispose de sites de production en Ecosse, à Dundee, que Michelin Vannes fournit en partie, et en Irlande du Nord, à Ballymena, que Vannes irrigue également, non sans une étape par Michelin Cholet. «On sait qu'on perd de l'argent sur le bilan global de l'année au Royaume-Uni», note John Milsted.
La baisse de la livre sterling par rapport à l'euro affecte les exportations morbihannaises vers l'Angleterre.