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Open Modal se renforce sur le transport longue distance durable
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Open Modal se renforce sur le transport longue distance durable

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Acteur historique du transport combiné rail/route en France, le groupe héraultais Open Modal réceptionne un nouveau terminal de 14 hectares bâti en Provence, fruit de 40 millions d’euros d’investissement. Un site stratégique pour décarboner le transport de marchandises, en ligne avec les objectifs croissants des États et des entreprises.

Open Modal opère plusieurs terminaux multimodaux, dont celui de Bonneuil-sur-Marne près de Paris — Photo : Laurent Guichardon

L’État s’est doté, en 2021, d’un plan visant à tripler la part du report modal dans le fret ferroviaire. Le groupe familial Open Modal (350 salariés, CA 2023 : 114 M€), basé à Saint-Jean-de-Védas (Hérault) près de Montpellier, est l’une des très rares entreprises françaises à l’avoir devancé, en faisant dès 1980 le pari du transport combiné rail/route : les caisses mobiles de marchandises (appelées "UTI") sont transportées par la route jusqu’à un terminal ferroviaire, permettant d’allier les avantages du rail sur la longue distance à ceux de la route sur les premiers et derniers kilomètres. Open Modal, qui opère à travers sa filiale BTM trois terminaux multimodaux situés à Bonneuil-sur-Marne (Paris), Valenton (Paris) et Fenouillet (Toulouse), renforce sa capacité d’action en réceptionnant, en mai, une quatrième plateforme de ce type construite sur les communes de Miramas et Grans, dans les Bouches-du-Rhône, près de Marseille.

Naissance d’une plateforme stratégique

Open Modal s’est associé au promoteur parisien Charmade, spécialisé dans la réalisation de terminaux de transport combiné, pour fonder une société commune baptisée Terminal Ouest Provence (TOP) et construire l’infrastructure éponyme. "L’opération était nécessaire en raison de la fermeture de la gare ferroviaire fret du Canet (à Marseille, NDLR), dont nous sommes les principaux utilisateurs avec un trafic de 150 UTI par jour. L’achèvement de TOP va nous permettre de transférer un premier train quotidien Bonneuil-sur-Marne/Miramas dès le mois d’avril, qui sera suivi des liaisons Lille/Miramas et Nancy/Miramas", resitue Jean-Claude Brunier, PDG d’Open Modal.

Une forte capacité d’action

Implanté sur un site de 14 ha au sein de la zone logistique Clésud, le terminal TOP est formé de deux cours de manutention : la première, équipée de deux portiques électriques, et la deuxième, munie de deux grues électriques, pourront traiter simultanément quatre trains d’une longueur de 850 m. En quelques années, le trafic géré sur le site atteindra 400 UTI par jour, permettant de supprimer quotidiennement 400 camions sur un trajet Paris/Marseille. "Le terminal répond à notre approche historique : nous implanter dans les zones stratégiques pour mettre en place une logistique performante, et ainsi décongestionner le trafic de marchandises", rappelle Jean-Claude Brunier.

Digitalisation et automatisation

L’investissement, qui se monte à 40 millions d’euros, est porté par la société TOP, qui a bénéficié d’aides versées par l’Europe, la Région Sud-Paca et la Métropole d’Aix-Marseille. En plus d’acheter l’outillage (portiques, grues, engins de manutention et de manœuvre), ces fonds ont permis de digitaliser la majorité des opérations réalisées sur la plateforme. Une "intelligence artificielle" à trois niveaux est à la manœuvre. D’une part, elle détermine les ordres à donner aux conducteurs de camions et d’engins de manutention afin d’assurer la fluidité sur le terminal. D’autre part, elle enregistre et contrôle les UTI entrantes. Enfin, elle autorise le pilotage déporté des portiques, qui sont opérés "sur un écran depuis le bâtiment d’exploitation, plutôt qu’à 30 m de hauteur", précise le dirigeant.

Une nouvelle donne économique

Alors que la plupart de terminaux français affiche de 30 à 40 ans d’âge, TOP incarne l’émergence d’une nouvelle génération d’infrastructures, plus adaptées aux attentes des clients. La capacité à réceptionner des trains de 850 m (contre 750 m d’ordinaire) améliorera de 15 % la productivité du site par rapport au réseau ferroviaire national. Le service offert par BTM en profitera, puisque le passage au terminal devra se faire entre 20 et 30 minutes.

Connecter son réseau à ceux des confrères

Tout remonte à 2008, quand SNCF Réseaux a perdu son monopole dans la construction de ce type de terminaux. Les acteurs comme Open Modal ont pu commencer à bâtir leurs plateformes, tout en ayant l’obligation légale de les ouvrir aux autres entreprises du transport combiné. La mise en service de TOP donne ainsi au groupe héraultais l’opportunité de connecter au sien les réseaux de ses confrères. "Nombre d’opérateurs européens ont évité la France jusqu’ici car les terminaux existants n’étaient pas gérés de façon optimale. Au sein de TOP, nous avons assez de place disponible si l’un ou plusieurs d’entre eux voulaient faire venir des trains en Provence", indique Jean-Claude Brunier, qui indique que des projets de ce type sont à l’étude avec des partenaires allemands et italiens.

Une maîtrise technique intégrée

Enfin, l’ouverture de TOP incarne le savoir-faire d’Open Modal, qui maîtrise l’intégralité de la chaîne de valeur à travers ses différentes filiales : le transport routier de marchandises avec TAB, le transport combiné avec T3M, la gestion de terminal multimodal avec BTM, et le transport ferroviaire avec Combirail. Pour preuve, chacune d’elles travaille pour les autres : par exemple, l’activité de T3M se divise à parité entre TAB et des clients extérieurs, "y compris des concurrents", glisse Jean-Claude Brunier, qui rajoute : "Nous sentons une demande nouvelle pour le rail/route. La crise sanitaire nous a révélés : quand les transporteurs routiers avaient du mal, nous circulions sans difficulté. Désormais, l’ensemble du marché nous regarde, des industriels jusqu’aux routiers, qui ont compris qu’ils doivent décarboner leur activité. Le rail a besoin de six à sept fois moins d’énergie que la route pour faire la même chose".

La vie des filiales dans le groupe

Même si les aléas demeurent. Après une accumulation de mauvaises nouvelles (hausse du coût de l’énergie, contexte géopolitique, mouvements sociaux), auxquelles s’est ajoutée la fermeture du tunnel de Fréjus qui impacte les flux logistiques européens, la filiale TAB a signé une mauvaise année 2023, avec une activité en baisse de 20 % au premier semestre. "En 2024, nous devrions voir l’activité revenir. Les vieux clients nous restent fidèles, et nous avons de nouveaux projets avec les industriels qui veulent essayer le rail/route", nuance Jean-Claude Brunier, précisant que le budget arrêté pour TAB cette année se chiffre à 60 millions d’euros.

Au sein du groupe, la dernière aventure en date est la filiale ferroviaire Combirail (34 salariés), spécialisée dans la traction des flux de transport combiné rail/route : en 2019, Open Modal a racheté cette société aux côtés du transporteur clermontois Combronde. "Nous voulions notre propre filiale, afin d’offrir un service à la hauteur de ce que demande le transport combiné", réitère le dirigeant, qui annonce : "D’ici la fin 2024, nous accueillerons le train d’un confrère pour les mêmes raisons".

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