Tout commence au théâtre. Comédien dans la troupe ?Groupe 33?, le jeune Olivier Brochet joue en France et en Allemagne, dans la langue de Molière ou de Goethe, des classiques du répertoire. Quelques années plus tard, alors qu'il vient de créer son cabinet d'architecture avec son ami d'enfance Emmanuel Lajus et sa camarade de l'École d'architecture de Bordeaux, Christine Pueyo, il décroche le contrat du théâtre du port de la Lune. La première salle du Théâtre national de Bordeaux voit le jour en 1990. «Toute une lignée de projets est issue de ce contrat», explique Olivier Brochet. A la fin des années 80, la mode est à la démolition/reconstruction.
S'inscrire dans le patrimoine de la ville
Olivier Brochet, fils d'architecte, né à Bordeaux, préfère s'inscrire dans le patrimoine de sa ville. «Notre histoire constitue notre univers de travail, déclare-t-il. Je considère que le patrimoine n'est pas un frein mais une spécialité. C'est cette approche qui nous a permis de nous développer dans d'autres villes». Les projets culturels se sont depuis enchaînés pour le cabinet Brochet Lajus Pueyo: extension de l'Institut de recherche et coordination acoustique musique, réhabilitation de l'ancien couvent des Annonciades de Bordeaux en bureaux et locaux pour la Drac Aquitaine, musée de l'Orangerie et musée de l'Homme à Paris...
Médiathèques
«Nous sommes passés du monde de la culture au sens strict à la culture pour tous avec plusieurs projets de médiathèques», explique Olivier Brochet. Pessac, Kourou, Gueret, Lormont ou Tarnos ont déjà fait appel au trio bordelais. La deuxième activité du cabinet Brochet Lajus Pueyo concerne le logement. Après avoir travaillé pour les opérateurs sociaux, le cabinet a attiré l'attention des promoteurs privés. Point d'orgue: la conception du futur éco-quatier du Lac à Bordeaux (voir interview). Avec ce projet, Olivier Brochet pourra imprimer sa marque à Bordeaux, comme il l'a déjà fait avec le tramway.
Tram de Bordeaux
Avec le tram, le cabinet d'architectes bordelais a incontestablement réussi son pari: marier modernité et histoire. Cet équipement, qui incarne pour beaucoup le réveil de la ville de Bordeaux, «est avant tout le résultat d'un travail d'équipe, considère Olivier Brochet. Nous avons collaboré avec des bureaux d'études, des paysagistes...». Pour l'architecte, la réussite de ce projet réside dans son caractère indémodable. «Les tramways sont souvent austères ou très ?designés?. Nous avons joué sur le matériel urbain et une esthétique où l'aluminium est très présent. Cela apporte une sérénité à l'ensemble».
Pas besoin d'architectes starlettes à Bordeaux
Sérénité: le mot revient souvent dans la bouche d'Olivier Brochet. Mais, si le ton est toujours calme, les propos n'en sont pas moins tranchés. «Bordeaux est une ville d'une modernité sereine. Nous n'avons pas besoin de bâtiments têtes de gondole avec des architectes du CAC40 comme Jean Nouvel ou Gaudi. Vouloir construire un Guggenheim pour le futur Centre culturel de la vigne et du vin est ridicule. La modernité n'a pas besoin d'être criarde. Pourquoi reproduire dans notre ville ce qui se fait ailleurs, avec des architectes starlettes? C'est absurde».
Concepteur du Théâtre national de Bordeaux, du tram et du futur éco-quartier du Lac, Olivier Brochet imprime sa marque à Bordeaux, ville qu'il considère d'une «modernité sereine». Une expression qui pourrait caractériser cet architecte qui déteste le tape à l'oeil.