Nucléaire : Face aux exigences d'EDF, les PME investissent
# Investissement

Nucléaire : Face aux exigences d'EDF, les PME investissent

Le grand carénage est en cours à la centrale nucléaire de Cattenom. La visite décennale a lieu en juin. En pointe, plus de 3.500 salariés travailleront sur le site, dont une grande part de sous-traitants. Pour répondre aux besoins d'EDF, 4 sociétés du GIM'Est ont recréé l'usine.

« Ce chantier est unique en France. Recréer ainsi les mêmes organes de travail qu'au sein d'une centrale nucléaire, en faisant travailler plusieurs métiers en même temps est une très belle initiative. J'encourage le GIM'Est à le faire connaître aux autres groupements régionaux. » Philippe Sasseigne, directeur de la division du parc nucléaire d'EDF, était présent pour l'inauguration du « chantier qualité maintenance nucléaire » (CQMN) dans les locaux de CMTI Formation, à Amnéville le 22 avril. « Nous lui avions parlé de notre projet et en déplacement à la centrale de Cattenom, il en a profité pour inaugurer le CQMN », explique Didier Ossemond, dirigeant de Valiance à Cattenom (CA : 10 M€, dont 4 M€ dans le nucléaire, effectif : 90), spécialisée dans l'électricité. Cet espace de 400 m² « n'est ni un chantier-école ni un chantier-maquettes, il se situe entre les deux », précise celui qui est également le président de l'association GIM'Est (Groupement des industriels de maintenance de l'Est). Le projet, d'un montant de 600.000 €, financé par quatre entreprises du GIM'Est (Valiance, Technisonic, CMI Maintenance Est et SMS), a débuté il y a environ deux ans.

Plus de 600 recrutements
« Nous réfléchissions chacun à créer un chantier-école pour former nos salariés au milieu du nucléaire, avec le grand carénage des centrales qui approchaient », ajoute Bernard Moretto, directeur général France de CMI Services (CA : 250 M€), dont fait partie CMI Maintenance Est à Thionville. « Nous savions que nous allions recruter et former massivement, pouvoir former les effectifs avant même qu'ils interviennent sur site est un plus. J'ai fait un appel au comité de direction du GIM'Est et nous nous sommes lancés », poursuit Didier Ossemond. « Travailler dans le domaine du nucléaire est en effet très spécifique. », confirme Fabrice Di Carlo, directeur général de Technisonic (CA : 7,5 M€, effectif : 95), à Thionville. « Les chantiers-maquettes, avec lesquels nous ne sommes pas en concurrence, permettent de s'exercer mais en dehors du contexte du chantier. Le CQMN permet de réaliser le travail comme si les salariés étaient en situation dans la centrale, avec un circuit qui fonctionne. EDF nous a fourni des matériaux, certains organes comme une grosse pompe auparavant présente à la centrale de La Maxe. Nous avons également toute la documentation officielle, les suivis de procédure. » « Nous avons recréé l'usine », poursuit Rachid Riah, gérant de SMS (Service Mécanique et Soudure) à Guénange (CA : 2 M€, effectif : 27), dont EDF représente 20 à 30 % du CA. « Les salariés connaissent leurs métiers, il ne s'agit pas d'une formation classique, mais tous ne maîtrisent pas les spécificités du milieu nucléaire. »

Accessible au GIM'Est et à EDF
Cet outil de formation « unique se veut pérenne. En fonction des besoins, nous pouvons faire évoluer les métiers mis en situation. » Le GIM'Est intervient pour les entreprises évoluant sur les trois centrales du Grand Est : Cattenom, Fessenheim, Chooz. « La centrale de Nogent a récemment basculé dans la plaque Est, de nouveaux adhérents vont donc nous rejoindre », ajoute Didier Ossemond. « Aucune n'est dépendante du nucléaire, mais le grand projet industriel (nom adopté désormais par EDF pour nommer le grand carénage) représente une augmentation de notre activité sur les centrales de manière significative. Au sein du GIM'Est nous avons déjà recruté plus de 600 personnes, et en pointe nous devrions atteindre 800 à 1.000 recrutements. » La centrale nucléaire de Cattenom est la deuxième à avoir débuté le grand projet industriel.

La visite décennale est prévue au mois de juin. En temps normal, pour une maintenance classique il y a en moyenne 600 salariés d'entreprises du GIM'Est à Cattenom. « Actuellement, 3.000 personnes sont présentes sur le site de la centrale tous les jours. D'ici juin, nous atteindrons jusqu'à 3.500-4.000 personnes », explique Guy Catrix, directeur de la centrale mosellane, présent lors de l'inauguration. Cet immense chantier est donc un enjeu pour les sociétés sous-traitantes. « 20 % des arrêts inopinés sont dus à des FME (Foreign Material Exclusion, l'oubli de corps étrangers dans les installations). Se former sur le CQMN permettra de diminuer ce risque », assure Fabrice Di Carlo, dont la société réalise 65 à 70 % de son CA dans le nucléaire. Si EDF a soutenu le projet des quatre entreprises, « nous ne voulions pas que le CQMN appartienne au groupe, c'est pourquoi nous l'avons financé. Mais il est accessible aux 107 sociétés adhérentes du GIM'Est et aux salariés d'EDF », précise Didier Ossemond. Une convention a d'ailleurs été signée avec EDF le 22 avril. « Nous sommes complémentaires des organismes de formation, avec lesquels nous avons également signé des conventions. » Le jour de l'inauguration, quatre métiers étaient à l'oeuvre : la robinetterie, la tuyauterie, la soudure et l'électricité, mais « le chantier se veut évolutif. Le nucléaire compte une vingtaine de métiers, avoir la réalité d'un chantier, pouvoir simuler des arrêts de tranche, et s'exercer en conditions réelles sont de vrais avantages pour les entreprises », poursuit Didier Ossemond. Trois à quatre mois de travail sont déjà prévus au CQMN, « cette année est un peu spéciale avec le début du grand projet industriel, les entreprises sont dans les starting-blocks, les effectifs sont mobilisés sur site, et difficiles à libérer pour se former. 2017 sera une année un peu plus normale. » Avant 2018 et la nouvelle visite décennale à Cattenom.

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