Paul Jacquet a pris la tête de Grenoble INP en 2002 et a vu son mandat renouvelé cette année. Son administration sera marquée par les évolutions du groupe qui a réuni ses écoles et qui est passé d'université à Grand établissement.
Pourquoi avez-vous engagé une réforme d'envergure de votre établissement?
Je ne suis pas seul. Grenoble INP, c'est une équipe sensationnelle qui a fait évoluer l'institution. Depuis sa création en 1892, le groupe est un des moteurs de développement de l'économie grenobloise, un lien entre l'enseignement supérieur, la recherche et l'industrie. Il a suivi l'évolution du bassin économique avec l'électronique, la papeterie, l'électricité, l'électrochimie, l'hydraulique, la mécanique,etc. Puis sont arrivés les mathématiques et l'informatique, la physique, le génie industriel... Mais quasiment à chaque fois, on a ajouté une école. Il y avait alors besoin de revoir l'organisation.
Comment vous y êtes-vous pris?
En quatre ans, nous sommes passés de neuf écoles, orientées sur les domaines historiques, à six. Les sciences et technologies ont beaucoup évolué. Il fallait donc reconsidérer ces écoles sans faire table rase. Leurs spectres sont aujourd'hui plus larges pour être plus réactif pour de nouvelles formations. Nous proposons vingt-deux formations dans six écoles: Ense3 (école de l'énergie, l'eau et l'environnement); Ensimag (école d'informatique, de mathématiques appliquées et de télécommunications); Esisar (école des systèmes avancés et réseaux, intégrant électronique, informatique et technologies embarquées); Génie industriel (école de conception de produits ou services, de gestion de production et logistique); Pagora (école des sciences du papier, de la communication imprimée et des biomatériaux) et Phelma (école de physique, électronique, matériaux).
Mais cela ne suffisait pas encore, vous avez voulu changer de statut?
Oui, ensuite il fallait faire évoluer la gouvernance. C'était indispensable pour maintenir les liens avec le secteur industriel. Avant, nous étions de type universitaire, autogestionnaire. Nous voulions être plus ouvert avec des personnes de l'extérieur pour être à l'écoute du monde socio-économique. Nous sommes donc passés au statut de Grand établissement pour devenir le groupe Grenoble INP - Grenoble institute of technology.
La rentrée 2008 était la première sous ce nouveau statut. Comment s'est-elle passée?
Nous sommes devenus beaucoup plus attractifs! En effet, 70% des élèves nous ont placés en premier ou deuxième choix. Et nous accueillons de meilleurs étudiants: les derniers admis ont progressé de 500 places en moyenne.
Pourtant votre enseignement n'a pas été révolutionné. Comment expliquez-vous ce regain d'intérêt?
En effet, notre fonds de commerce reste le même. Mais nous avons mené la restructuration de manière cohérente. Et nous présentons une communication homogène: nous sommes maintenant une force commune, avec plus d'impact. Le simple fait de se renommer Grenoble INP plutôt que INP Grenoble met en avant la ville et ses côtés high tech, sportif, jeune et dynamique. Et maintenant notre réputation est concentrée. Mais ne nous emballons pas, il s'agit de la première rentrée. Nous avons maintenant les trois années à mettre en place...
Vous avez encore des projets pour faire progresser l'établissement?
Bien sûr! Nous menons notamment un projet d'ouverture à l'international pour répondre à la mondialisation de la recherche et de l'enseignement. Le recrutement des élèves se fait aujourd'hui sur le plan national. Nous voudrions le mener à l'international. Nous recherchons des partenariats avec des écoles étrangères prestigieuses. Et nous ambitionnons que tous les élèves passent une partie de leur cursus à l'étranger. Sinon, nous participons activement au projet de Campus grenoblois.
Vous avez renouvelé votre engagement à la tête de Grenoble INP en début d'année. Qu'est-ce qui vous a motivé?
La présidence de l'INP est une étape d'engagement personnel et de responsabilités. La phase de candidature à ma propre succession en février2008 m'a permis de beaucoup apprendre sur la nature humaine, c'était une période intéressante... Quand on fait bouger les choses, on cristallise forcément les gens en faveur ou contre, il y a des prises de position. Il y a eu une période de tension, d'opposition; c'est normal. Ça pousse à réfléchir et à être plus à l'écoute des gens. Mais une fois l'échéance passée, tout le monde a repris le travail: c'est un signe de bonne santé. Et puis à la fin de mon mandat en 2012, je ne me représenterais pas. Dix ans, c'est suffisant!