« Nous nous battons pour les emplois ! »

« Nous nous battons pour les emplois ! »

Johan Bencivenga,
président de la Fédération du BTP 13 « Nous lançons en novembre une campagne de publicité afin d'interpeller les pouvoirs publics et de les mettre en face de leurs responsabilités

. J'ai en marre du double discours des donneurs d'ordre dans le bâtiment, qui sous couvert de faire des économies, tirent les prix vers le bas et poussent les entreprises au dumping social. Nous avons voulu faire une campagne avec des visuels chocs (tête de mort, cercueil...). Nous autres, professionnels du bâtiment, n'avons sans doute pas anticipé les changements et les implications de la libre circulation en Europe depuis la directive Bolkestein de 1996, selon laquelle toute entreprise européenne a le droit de détacher des salariés dans d'autres pays. Ce qui était gérable avant la crise ne l'est plus du tout. Les entreprises des Pays de l'Est notamment viennent maintenant chercher des marchés en France et nous nous retrouvons avec des distorsions de concurrence énorme. Des agences d'intérim polonaises nous assaillent de propositions. Les salariés de ces pays travaillent pour 400€ par mois. Tout le monde est responsable de ce système. D'une part le maître d'ouvrage, qui tire les prix vers le bas et le code des marchés publics qui y incite, et d'autre part les entreprises qui acceptent de travailler pour des tarifs inacceptables. Aujourd'hui, il sort davantage de dossiers en dessous des budgets établis par les maîtres d'oeuvre qu'en dessus. Ce n'est pas normal. Il devrait y avoir des garde-fous. Il faudrait pouvoir justifier de tarifs excessivement bas. Comble du comble, la directive européenne est actuellement en cours et c'est une députée polonaise favorable à la libéralisation des flux qui planche sur le dossier. Nous ne nous battons pas pour les entreprises, mais pour les emplois. Ce sont eux que l'on détruit petit à petit. Dans notre secteur, 50 % du prix repose sur la main-d'oeuvre. Le calcul est vite fait. Un travailleur letton coûte trois ou quatre fois moins qu'un Français. Je ne peux pas croire que les pouvoirs publics ne sont pas au courant et je suis étonné du peu de réaction. Nous allons proposer une Charte de bonnes pratiques, qui donnerait une méthode permettant de calculer le prix d'un chantier ».

  • LE COUP DE GUEULE