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"Nous misons sur le BtoB et l’international pour accélérer notre croissance"
Interview Nantes # Industrie # RSE

Christophe Brunot co-fondateur de Largo et directeur général de Largo "Nous misons sur le BtoB et l’international pour accélérer notre croissance"

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Largo, entreprise spécialisée dans le reconditionnement de téléphones portables, connaît une croissance fulgurante. Christophe Brunot, co-fondateur et directeur général, précise les nouvelles orientations stratégiques de l’entreprise basée à Sainte-Luce-sur-Loire, près de Nantes.

Christophe Brunot, directeur général et co-fondateur de Largo — Photo : David Pouilloux

Coté sur Euronext Growth, Largo compte 97 salariés aujourd’hui. L’entreprise vient de vivre un premier semestre 2024 exceptionnel. Pouvez-vous en dire plus ?

En effet, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 15,8 millions d’euros de chiffre d’affaires sur les six premiers mois de l’année 2024, soit une augmentation considérable par rapport à 2023, où nous avions réalisé 21,2 millions d’euros sur l’ensemble de l’année. Ce succès résulte principalement de notre pivot stratégique amorcé il y a un an et demi. Nous avons réduit notre activité sur le marché du retail pour nous concentrer sur trois axes porteurs : le BtoB, notre propre plateforme d’e-commerce et les places de marché, et notre partenariat avec Orange.

Pourquoi ce choix de réduire l’activité retail ?

Le retail, tel que nous l’avons connu, ne nous permettait plus d’envisager une croissance durable. Les distributeurs exercent une pression constante sur les prix, rendant notre modèle économique peu viable. Le reconditionnement de téléphones coûte de l’argent, et le retail ne permet pas de maintenir des marges suffisantes à cause de cette course aux prix bas dans la grande distribution. Celle-ci occupe désormais 21 % de notre chiffre d'affaires en 2023, contre 58 % en 2022. Aujourd’hui, nous maintenons quelques relations directes avec des magasins, mais avons décidé d’abandonner les centrales d’achat pour nous concentrer sur des partenariats plus stratégiques, sur notre site d’e-commerce, et sur notre partenariat avec les opérateurs télécoms.

Justement, vous avez signé un partenariat avec Orange. Qu’est-ce que cela change pour Largo ?

Ce partenariat, signé en juin 2023, est un véritable tournant pour Largo. Orange est notre premier opérateur partenaire, et cela a bouleversé notre approche. Nous travaillons désormais sur des plans à long terme, avec une visibilité sur 12 semaines pour les approvisionnements, ce qui facilite grandement notre sourcing et notre production. Ce modèle est beaucoup plus pérenne que celui du retail, car il s’inscrit dans la stratégie environnementale des opérateurs, qui vendent nos téléphones dans leur réseau de boutiques. Orange, comme les autres opérateurs, s’est engagé à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2040, et le reconditionnement de téléphones joue un rôle clé dans cette démarche. C’est une collaboration gagnant-gagnant.

Largo ambitionne-t-elle de s’étendre à l’international ?

Oui, et c’est une étape déjà bien entamée. Grâce à notre partenariat avec Orange Group, que nous venons tout juste de signer. Nous allons commencer à exporter nos téléphones reconditionnés en Allemagne et en Grande-Bretagne, deux marchés matures en matière de produits écoresponsables. La France est actuellement leader du reconditionné en Europe, mais des pays comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni montrent une forte appétence pour ce type de produits, ce qui nous ouvre d’importantes perspectives de développement.

Le marché du téléphone reconditionné est en pleine expansion. Jusqu’où peut-il aller selon vous ?

Dans les ateliers de réparation de Largo, à Sainte-Luce-sur-Loire, près de 15 000 téléphones sont reconditionnés chaque mois — Photo : David Pouilloux

En France, 16 millions de téléphones neufs se vendent chaque année, pour 3 millions de téléphones reconditionnés. Autrement dit, le reconditionné s’approche des 20 % du marché global des téléphones. Nous pensons qu’une répartition 50 % / 50 % est possible dans les années à venir. Les consommateurs sont de plus en plus sensibles aux enjeux environnementaux, et cela joue en notre faveur. Mais il faut reconnaître que le critère prix, de - 30 % à - 50 % par rapport à un modèle neuf est le premier critère d’achat, avec, en second critère, l’envie de monter en gamme sur le plan du téléphone, pour un prix plus raisonnable.

Quel est l’enjeu pour les entreprises en termes de responsabilité environnementale ?

L’économie circulaire est vertueuse pour tout le monde. Pour les entreprises qui adoptent des flottes de téléphones reconditionnés, cela leur permet non seulement de réaliser des économies, mais aussi de réduire leur empreinte carbone, un point crucial alors que les obligations en matière de durabilité, comme la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), deviennent de plus en plus strictes. Nous voyons une véritable prise de conscience : le marché du BtoB a triplé en un an chez Largo, preuve que les entreprises cherchent désormais à verdir leurs flottes. Chez Largo, chaque téléphone que nous reconditionnons est soumis à 123 tests, et nous offrons une garantie de deux ans. En 2022, cela nous a permis d’économiser 2 174 tonnes de CO2, ce qui représente un impact concret sur la décarbonation de l’industrie de la téléphonie, et pour nos clients. Nous avons également réduit de 20 % notre empreinte carbone, en privilégiant le sourcing de nos téléphones en circuit court, qui est passé de 20 % à 60 %.

Quels sont les prochains défis pour Largo ?

Mathilde Ardoin, responsable RSE et QSE au sein de Largo — Photo : David Pouilloux

Nous continuons à explorer de nouveaux marchés en Europe et à développer nos partenariats avec des opérateurs télécoms. Nous sommes en négociation avancée avec deux grands opérateurs français. L’un de nos objectifs est aussi de renforcer la traçabilité et la transparence des produits reconditionnés pour les consommateurs, notamment en travaillant sur des normes plus strictes en collaboration avec nos partenaires. Nous nous inscrivons dans une logique de croissance durable, où la qualité des produits et l’impact environnemental sont au cœur de notre stratégie RSE. Nous avons recruté une responsable RSE, Mathilde Ardoin, voilà deux ans, pour que ce sujet soit porté en interne, directement, et soutenu pleinement par la direction de l’entreprise. La RSE, chez Largo, ce n’est pas pour faire des jolies paillettes. C’est au cœur de notre modèle d’entreprises.

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