Pouvez-vous détailler les grandes étapes du projet de parc solaire de Cruis dans les Alpes-de-Haute-Provence ?
Ce projet de centrale de 10,6 MW est situé sur les pentes de la Montagne de Lure dans la commune de Cruis (Alpes-de-Haute-Provence). Il a été très long à aboutir. Il a été initié en 2009 par les élus locaux. Il a fallu obtenir trois autorisations : le permis de construire, la demande de défrichement et la dérogation à destruction d’espèces protégées. Les deux premières ont été obtenues en 2017 et n’ont jamais été attaquées. La troisième, qui date de 2020 a été attaquée par l’association Les Amis de la Montagne de Lure. Leur recours a été admis par la Cour administrative d’appel de Marseille et la dérogation accordée par la préfecture a été annulée.
Qu’avez-vous pensé de cette décision ?
Pour mener ce projet, nous avons mené des études sur une surface de 40 hectares pour finalement en retenir un peu moins de 17 hectares.
Nous avons donc été étonnés de cette décision.
Nous avons décidé de nous pourvoir en cassation devant le Conseil d’État.
La décision qui sera prise pourrait faire jurisprudence.
Quid de la mise en service de la centrale ?
La décision est intervenue alors que le chantier est terminé. Il reste à réaliser les tests de connexion au réseau. Nos mesures, notamment compensatoires, ont été validées et menées au-delà du périmètre des 17 hectares du projet. Nous pensons pouvoir la mettre en service dans les prochains mois.
Combien de parcs sont aujourd’hui exploités par Boralex en Région Paca ?
Avec celui de la Montagne de Lure, nous comptons trois parcs solaires, qui représentent un total d’une quarantaine de MW installés, soit l’équivalent de la consommation électrique de 60 000 personnes.
Le parc des Cigalettes, implanté à Peyruis dans les Alpes-de-Haute-Provence a été mis en service en octobre 2015, année au cours de laquelle Boralex a décidé de créer un bureau en région Paca.
Nous avons également un parc flottant à Peyrolles près d’Aix-en-Provence qui fonctionne depuis décembre 2021 et qui fut le premier parc flottant du groupe. Il s’agit de plus de 43 000 panneaux solaires installés sur une structure flottante d’une emprise totale de 12,6 ha. Enfin, il y a le projet de Cruis.
Quels sont les parcs en projet ?
Nous avons aujourd’hui dans les tuyaux plus de 200 MW en développement. Ces projets sont développés par l’équipe de 9 personnes installée à Marseille. Ils sont implantés dans le Var, le Vaucluse ou les Alpes-de-Haute-Provence et sont tous à des stades différents d’avancement. Les plus avancés sont en cours d’instruction avec des autorisations attendues en 2025 ou 2026. Le temps de développement d’un parc solaire oscille entre 5 et 8 ans. Le choc de simplification annoncé par le gouvernement doit permettre d’accélérer les procédures, mais les décisions n’ont pas été entérinées.
À quels enjeux les équipes de Boralex doivent-elles répondre pour permettre la concrétisation des projets ?
Nous composons avec différentes thématiques : le projet de parc doit d’abord s’intégrer dans son environnement.
Ensuite, nous appliquons la méthode "ERC", soit "éviter, réduire, compenser." Il s’agit donc d’éviter, réduire et compenser les impacts produits sur les milieux naturels lors du chantier et de l’exploitation des centrales solaires.
Enfin, un projet comme celui-ci doit être accepté par les élus et les populations. Pour favoriser cette acceptabilité, nous avons accès à de nouveaux outils : l’investissement participatif au capital du projet, le financement participatif réservé aux populations locales, l’offre d’électricité via un tiers ou via l’autoconsommation collective. Nous n’avons pas encore expérimenté de telles solutions en région Paca, car ces mécanismes n’existaient pas pour nos projets les plus anciens.
Menez-vous des projets agrivoltaïques ?
L’agrivoltaïsme est un débouché que nous observons depuis deux ans. Nous avons embauché un ingénieur agronome pour nous permettre d’appréhender au mieux les enjeux agricoles et de répondre aux besoins des exploitants. Des projets sont en phase d’étude en région Paca, d’autres sont plus avancés en Occitanie, en association avec du pâturage ovin ou bovin ou de l’arboriculture.
Nous regardons aussi de près le marché des ombrières parce qu’il y a une vraie appétence du territoire pour cette source d’énergie. Le groupe Boralex, présent en France depuis 2001, est
associé à l’énergie éolienne, et nous développons le solaire avec une volonté d’équilibrer les deux sources d’énergie, le soleil et le vent.