Quel est le point commun entre le jeu Dofus, la réplique de la Licorne dans Tintin, la robe de mariée de Kate Middlelton? Ils sont made in Nord-Pas-de-Calais bien évidemment, comme d'autres grandes réussites à l'instar d'Auchan, Décathlon, les 3Suisses et tant d'autres. Pour autant, la région sait-elle capitaliser et transformer l'essai quant à la séduction de nouveaux entrepreneurs et investisseurs? Pas si sûr que cela. En effet, quand Bayer délocalise son siège parisien à Lille, un tiers des effectifs suivent. Tout dernièrement, ErDF a fait de même: seulement 8salariés parisiens ont suivi sur les 40postes créés au nouveau siège régional à Euralille. Pour autant, l'atout marketing du territoire est dégainé. «Nous commençons à inverser l'image des mines», constate Yann Pitollet, directeur de Nord France Invest (NFI) lors de ses déplacements à l'étranger. Pour cela, la région s'appuie sur ses savoir-faire et nouvelles pépites: design, numérique, santé...
Success stories en série
La carte gagnante porte aussi le nom de Créativallée, la marque économique du Nord - Pas-de-Calais. Le réseau des réseaux et son millier d'ambassadeurs se font l'écho des success stories du territoire et en appellent de nouvelles. Un effet réseau que relaie aussi le réseau Entreprendre. Installé à Plérin en Bretagne depuis qu'il a repris Tonnoir Fluides Médicaux, Guillaume Besson, retrouve là des valeurs insufflées par le réseau créé dans le Nord: «J'observe en Bretagne le même état d'esprit pour entreprendre et investir que dans le Nord, mon berceau d'origine. L'accueil et l'accompagnement sont très proches.»
Une région «benchmarquée»
Ces valeurs et cette émulation ont des échos jusque dans le Lot et le Limousin. Présentes lors du Salon Créer, ces structures sont venues chercher des investisseurs et former leurs personnels lors de cet événement. «Le Lot est la première destination touristique des Nordistes. Nous avons à l'esprit les grandes réussites de votre région. Nous sommes ici pour benchmarquer et trouver nos entrepreneurs de demain», détaille Danielle Daviers, vice-présidente du conseil général du Lot. Entrepreneurs ou cadres, les Nordistes ont donc le vent en poupe. Et c'est alors sur un plan européen que le Nord peut faire valoir ses atouts. En témoigne Fabien Hénissart, responsable process et technique pour SBE, une entreprise boulonnaise spécialisée dans l'électronique, et également implantée à Ashford en Grande-Bretagne. Depuis 2004, il emprunte le Shuttle avec des collègues depuis Calais pour rejoindre son bureau situé outre-Manche. Aujourd'hui, il est missionné pour trouver des informaticiens pour le site anglais de l'entreprise.
Un vivier pour les recruteurs
«En région, grâce à la qualité des écoles d'informatique, nous trouvons un vivier de futurs collaborateurs. Avec l'Eurostar, c'est facile de venir travailler à Ashford quand on habite dans le Calaisis ou à Paris.» Un propos que partage également Britt Schouppe, responsable des projets européens au sein d'une organisation patronale de Flandre Occidentale. «Le Nord - Pas-de-Calais joue sur un échiquier international et il doit encore l'accentuer. En Flandre Occidentale, pour un poste vacant, 1,9 personne postule alors qu'en Wallonie ou en France, on est sur un ratio d'un poste pour dix candidats.Il y a des opportunités à saisir à deux pas de Lille.» Les entreprises locales sont aussi pour beaucoup dans cette attractivité: le Nord - Pas-de-Calais se classe au troisième rang des régions exportatrices françaises. Toutefois, proches de Bruxelles, elles restent peu avant-gardistes en terme de lobbying comme l'explique Bruno Dupont, président d'Euralia, cabinet de conseil en affaires publiques européennes. «Cependant, l'action menée par la Région, certaines grandes entreprises et les sept pôles de compétitivité régionaux par le biais d'une antenne à Bruxelles, initiée par la CCI Grand Lille, est clairement reconnue par les institutions.»
Lille - Lyon si proches?
En attendant et pour exister encore plus sur un échiquier international et notamment dans la sphère asiatique, il faudra résoudre un problème étymologique. Ainsi pour Yann Thuilliez, du cabinet AST Consuling (Lille et Paris) qui aide les entreprises françaises en Asie, il y a confusion: «Lille et Lyon se prononcent de la même manière en Chine.» Avec la notoriété en devenir de «Lille Région», la solution est toute trouvée pour ne pas perdre le Nord de vue.
Ségolène Mahias et Géry Bertrande
Après s'être longtemps cherchée, la région commence à trouver ses marques. Hors des frontières, ne dites plus Nord - Pas-de-Calais, imprononçable! Préférez «Lille Region», plus fun. Quelle image continue-t-on de dégager? Quels atouts rayonnent? Quelles faiblesses persistent?