En 2013, la France compte près de 900.000 bateaux immatriculés en service. « 40 % des navires de ce parc national ont été construits il y a plus de 30 ans », note Armelle Guillausseau, animatrice du site Bretagne Info Nautisme. En Bretagne, cela représente donc 92.000 bateaux en fin de vie sur un total de 230.000 navires installés sur les côtes. La durée de vie moyenne d'un bateau se situant entre 25 et 30 ans, commence à se poser la question de la gestion de la fin de vie des navires. Une question qui va devenir un vrai problème de société d'ici à dix ans. La Région, EcoNav et l'Aper, association pour la plaisance éco-responsable, sont en pleine réflexion sur le sujet.
« Au début du problème »
« Nous ne sommes qu'au début du problème aujourd'hui », commente Bertrand Jaouën, chargé d'études du réseau EcoNav, réseau qui regroupe une centaine de professionnels de la mer oeuvrant dans le développement durable. « Les plaisanciers ne savent pas vers qui se tourner. Il n'y a aucune réglementation en la matière. Chacun fait ce qu'il veut. La volonté d'action doit pourtant être nationale et politique. » Selon certains professionnels, il y a trop de cimetières à bateaux dans les ports. D'autres navires usagés occupent des places dans les chantiers navals ce qui n'est pas rentable non plus. « Un plaisancier ne veut pas investir 1.000 à 2.000 euros pour la déconstruction de son bateau qu'il a acheté presque le même montant en quatrième ou cinquième main, mais préfère le couper lui-même et l'envoyer à la déchèterie », reconnaît Bertrand Jaouën. Ainsi, enfoui ou incinéré, le navire de plaisance ne participe pas à la notion d'écologie tant pronée par la filière nautique.
Une éco-taxe ?
Pourtant, EcoNav travaille sur la création d'une filière de déconstruction et de valorisation. Plus particulièrement pour les navires de plaisance, de pêche ou de la marine marchande de moins de 24 mètres. « Potentiellement, les navires ont de la valeur pour alimenter en combustible les cimenteries. Mais pour l'heure, le gisement est trop faible », poursuit Bertrand Jaouën. Mais il reste d'autres possibilités de revalorisation, qui sont pour l'instant au stade de recherche. Le syndicat Ouest Cornouaille mène actuellement une étude sur le terrain pour mesurer le gisement des bateaux en fin de vie. En effet, il y aurait 300 à 500 bateaux accidentés ou abandonnés dans les jardins en Bretagne, et seulement 500 autres voiliers déconstruits depuis 2009. « Il nous faut identifier combien il y a de bateaux en fin de vie pour pouvoir mesurer la réduction des coûts de déconstruction », indique le chargé d'études EcoNav. « Et réfléchir également à la mise en place d'une éco-taxe, sur le même principe que les produits d'électroménager, qui financerait cette filière ». Une filière qui serait créatrice d'emplois en Bretagne et ailleurs en France.
Filière Véritables plaies dans certains ports, les bateaux en fin de vie ne bénéficient pour l'heure d'aucune réglementation en matière de déstruction.
La création d'une filière déconstruction et valorisation des matières pourrait apporter une nouvelle économie.