Nantes 7 : Les raisons du naufrage
# Services

Nantes 7 : Les raisons du naufrage

L'été 2009 aura été fatal à Nantes 7 et à sa vingtaine de salariés. Confrontée à de graves difficultés de trésorerie, la chaîne locale privée déposait le 18août son bilan, faute d'avoir pu obtenir le soutien d'un repreneur en temps et en heure. Un véritable choc dans le paysage médiatique nantais, qui suivait depuis la fin 2004 le parcours d'un canal qui n'a pas vraiment été épargné par les difficultés durant sa courte histoire. Sébastien Payonne

Un déficit fatal Depuis son lancement en décembre2004, Nantes 7 a accumulé près de 10M€ de pertes. Une situation qui s'explique par un budget initialement élevé: 3M€ sur le premier exercice, progressivement réduit pour atteindre aujourd'hui environ 2M€ avec un effectif réduit de 36 à une vingtaine de salariés. Une enveloppe que n'ont jamais pu équilibrer les recettes publicitaires de la chaîne (1M€ en 2008). Celles-ci n'ont notamment jamais profité, comme espéré au début du projet, du basculement des budgets de publicité promotionnelle de la grande distribution vers la télévision locale. La régie publicitaire extra-locale, assurée depuis octobre2007 par TF1 publicité, aurait pu faire office de planche de salut. Mais, poussée à se consacrer au maintien du CA publicitaire de son groupe malmené par la crise et peinant à rendre lisible auprès des annonceurs nationaux l'audience des chaînes locales, la régie de TF1 n'a donné satisfaction. Selon nos informations, le CA apporté à Nantes 7 via les recettes extra-locales se révélerait d'à peine 200.000€ sur l'ensemble de la collaboration.




Le flou d'un canal partagé

C'est la spécificité et le grand mal des télévisions locales nantaises. En partageant leur canal, la 100% privée Nantes 7 et l'associative Télénantes (1,6M€ de budget apporté à 90% par les collectivités) ne sont pas nées sous les meilleurs auspices. «Cette cohabitation s'est révélée complexe et dommageable pour le téléspectateur, qui pouvait ne rien comprendre à cette situation. Souvent, il identifiait les programmes, mais pas les chaînes», estime Marie Sylvie Bitarelle, la dg de Télénantes. Ce partage d'antenne s'est également soldé par une opposition sourde entre certaines composantes de la direction des deux chaînes, le paroxysme étant notamment atteint en 2007 avec la séparation d'une régie publicitaire jusqu'alors commune et des désaccords économiques concernant le futur lieu d'implantation, commun là aussi, de Nantes 7 et Télénantes. Pour beaucoup, c'est ce conflit latent qui a sonné l'échec d'une fusion salvatrice entre les deux structures, qui auraient pu ainsi rationaliser leurs budgets. Attendue pour avant l'été dernier, l'opération n'a finalement jamais eu lieu en raison de divergences irrémédiables.




Des actionnaires confrontés à la crise

Lorsque Nantes 7 a manifesté en juillet le besoin de 700.000 € pour pouvoir boucler son exercice, la chaîne s'est heurtée au refus d'actionnaires eux-mêmes tendus par la crise. Ouest-France (35,6% des parts), qui a jusque-là assumé 70% du déficit cumulé de la chaîne, venait ainsi de lancer un plan de sauvegarde de l'emploi au sein de sa régie Precom. De son côté, le Télégramme, engagé dans le lancement de la télé locale finistérienne Tebeo (1,7M€ de budget) dont il est actionnaire de référence avec 39,5% du capital, n'a pas souhaité rouvrir les vannes. Harmonie Mutualité et la Caisse d'Épargne souhaitait eux avant tout se désengager, seul le groupe Synergie se montrant prêt à réinvestir dans Nantes 7. Mais pas à porter le fardeau seul.




Propositions réduites au minimum

Sans soutien de ses actionnaires, Nantes 7 était dans l'obligation de trouver son salut du côté d'un repreneur. Seulement, l'été n'a pas forcement favorisé la mise en place de dossiers construits. S'il y a eu de nombreuses déclarations d'intérêts (NRJ Group, Télévista, FC Nantes,etc.), la seule offre concrète est venue de Télénantes, qui a proposé 1 € symbolique et la reprise d'une quinzaine de salariés avec le projet d'un canal unifié. Mais pas avant janvier2010, délai incompatible avec l'état financier de Nantes 7. Les actionnaires de la chaîne privée ont donc refusé l'offre. De son côté, le groupe Télé Mélody, qui compte notamment parmi ses actionnaires la famille Mulliez (Auchan, Décathlon) semblait intéressé, mais aurait demandé un délai supplémentaire d'un mois pour formuler son offre, ce qui aurait nécessité un nouvel apport -refusé - de 150.000 € en provenance des actionnaires de Nantes7. Seul partant pour cette rallonge, Daniel Augereau de Synergie a même pensé à l'apporter seul. Mais a finalement refusé, «la planche étant trop savonnée», estime-t-il. Enfin, le groupe parisien Télévista s'est toujours dit prêt à se porter au secours de télés locales en péril, dont Nantes 7 et TLM à Lyon, mais à condition de remporter auprès de TPR (un GIE rassemblant une vingtaine de groupes de presse régionale impliqués dans des télévisions locales, autour de la syndication de programmes) un appel d'offres, encore en cours, portant sur une mutualisation de contenus.




Et maintenant?

À l'heure où nous écrivons ces lignes, le dossier Nantes 7 passe devant les juges du tribunal de commerce de Nantes. Liquidation? Reprise anticipée par un tiers? Les hypothèses sont larges d'autant que plusieurs candidats à la reprise, dont Télénantes, toujours, se sont déclarés prêts à dialoguer avec le mandataire judiciaire. Une chose reste cependant sûre, le futur repreneur n'aura pas à subir les amortissements liés aux investissements de Nantes 7. Ceux-ci auraient été de toute façon absorbés à la fin 2009. Tout cela explique d'ailleurs peut-être pourquoi toutes les dates citées dans les intentions - formulées par écrit ou non - de rachat portaient sur le 1erjanvier prochain...

# Services