Le promoteur lillois Nacarat, à l'origine de ce vaste projet immobilier au coeur du centre-ville rouennais, peut souffler. Son «bébé» a fini par voir le jour. «C'est un projet identifié au niveau national, se réjouit Éric Dutilleul, le directeur Normandie de l'opérateur immobilier. En même temps, c'est un chantier made in Normandie». Les entreprises qui ont travaillé à la construction sont en effet toutes de la région. À commencer par Léon Grosse, responsable du gros oeuvre. Malgré les péripéties - et elles furent très nombreuses - le projet arrive à son terme. Retour sur un feuilleton rouennais. Au début des années 2000, Pierre Albertini, alors maire de Rouen, cède l'ancien palais des congrès au promoteur lillois pour la somme de 4,5millions d'euros. Il est urgent de se débarrasser de cette «verrue» qui pollue le centre-ville. Jean-Paul Viguier, architecte de renommée internationale s'attelle à dessiner les contours d'un nouvel édifice censé compléter la cathédrale de Rouen. Cette phase de conception n'est pas de tout repos, plusieurs projets sont notamment retoqués par les Monuments historiques. La principale épine est pourtant ailleurs.
Le promoteur lâche du leste
En 2006, Yvon Robert, ancien maire de Rouen et à l'époque chef de l'opposition, attaque en justice le permis de construire. Les travaux sont alors suspendus. En 2008, devenu adjoint à l'urbanisme de Valérie Fourneyron, il est définitivement débouté. Mais le chantier doit encore attendre. Comme promis lors de sa campagne, Valérie Fourneyron organise une consultation citoyenne sans valeur juridique mais à forte teneur politique. L'objectif est de faire pression sur Nacarat pour qu'il revoie sa copie. Le résultat est sans appel: les Rouennais se prononcent en grande majorité pour la réalisation d'une grande place et l'aménagement d'espaces verts. Un voeu pieu qui n'engage en rien le promoteur. La justice a tranché en sa faveur, rien ne l'oblige donc à transiger avec la mairie. Pourtant, des négociations s'engagent et quelques mois plus tard, Nacarat revois (un peu) sa copie. Fini le bâtiment en verre réfléchissant, retour à un édifice plus conventionnel. En 2010 - enfin -, les travaux commencent. Aujourd'hui, le chantier touche à sa fin. Et les soucis sont désormais dans le rétroviseur. Même si les pérégrinations politico-judiciaires ont à coup sûr entraîné des surcoûts. «Je préfère regarder vers l'avenir, élude Éric Dutilleul. Une fois le projet fini, l'heure du bilan financier viendra». L'espace Monet-Cathédrale aura coûté au promoteur la rondelette somme de 30millions d'euros dont près de la moitié pour la seule construction. «100.000heures de travail auront été nécessaires», ajoute Éric Dutilleul. Aujourd'hui, il arbore un large sourire. L'opération commerciale s'annonce juteuse. «Tout a été vendu pendant la phase de construction avant même le premier coup de pioche», se réjouit-il. Prix du mètre carré? Entre 3.000 et 7.000euros selon les emplacements. «Contrairement à la moyenne habituelle, nous avons plus d'acheteur pour habiter que d'investisseurs immobiliers. La proportion tourne à deux tiers/un tiers», détaille le directeur Normandie. Côté surface commerciale, là encore, le succès semble être au rendez-vous. «Tout a déjà été cédé». Notamment au groupe H & M qui remporte le gros lot avec 2.000m² de magasin sur les 2.500 que compte l'édifice au total. La surface restante n'a pas été encore louée mais, de l'aveu du directeur Nacarat, il y a fort à parier que ces cases commerciales soient aussi occupées par des enseignes vestimentaires. L'opération commercialisation s'apparente donc à une belle réussite. Pour sa première implantation normande, l'entreprise frappe un grand coup. Désormais, elle affiche ses ambitions pour l'avenir: «Nous sommes persuadés du réel potentiel de développement pour l'Axe Seine». Nacarat compte bien peser de tout son poids dans cette future compétition immobilière. En espérant, sans doute, moins de tracasseries. Pour sa première opération normande, le groupe a déjà été largement servi...
Manuel Sanson
immobilier. L'espace Monet-Cathédrale qui fait table rase de l'ancien palais des congrès de Rouen, aura finalement survécu à toutes les embûches. Son inauguration est programmée le 19mai prochain.