Outre la voie du groupement d'employeurs, le travail en temps partagé peut s'effectuer sous la forme du multisalariat. Dans ce dernier cas, le salarié signe des CDI directement avec plusieurs employeurs. Souvent subie pour les métiers les moins qualifiés, cette forme d'emploi est au contraire choisie par une population de cadres (informaticien, directeur financier, RH, marketing, achats, direction,etc.) souhaitant davantage d'autonomie et d'indépendance.
Alternative au temps plein
En multisalariat, un cadre est ainsi employé par plusieurs entreprises au sein desquelles il va travailler deux ou trois jours par semaine. En France, on estime que moins de 5.000 cadres ont opté pour le multisalariat.
«Des cadres se retrouvent pleinement dans le multisalariat car il leur permet d'avoir une certaine sécurité de l'emploi en cette période de crise. En ayant deux ou trois employeurs, ils sont sûrs de ne pas se retrouver du jour ou lendemain sans emploi. Le multisalariat leur permet également d'enrichir leurs compétences professionnelles puisqu'ils sont simultanément dans des univers aux savoir-faire différents», explique Max Valencourt, directeur de l'Observatoire du temps partagé à l'ANDRH, l'Association nationale des directeurs des ressources humaines. Du côté de l'entreprise, en particulier des PME, l'intérêt est double. Comme avec le groupement d'employeurs, le multisalariat lui permet de recruter une compétence qu'elle n'aurait pu s'offrir, faute de moyen, en temps plein. Le cadre en multisalariat peut également lui apporter un regard neuf sur son activité du fait qu'il n'est pas totalement immergé, à la différence des collaborateurs classiques, dans l'entreprise. Le multisalariat, à la différence du consulting ou de l'intérim, peine pourtant encore à entrer dans les moeurs managériales. «Souvent, les managers ont peur de ne pas avoir sous la main leurs collaborateurs», ajoute Max Valencourt. Si le groupement d'employeurs bénéficie d'un cadre législatif bien établi, ce n'est pas encore le cas pour le multisalariat qui est encore assimilé à du multi-temps partiel.
Capacité d'organisation
Sur le plan administratif, l'Urssaf a en revanche clarifié la situation en demandant une seule déclaration de revenus aux multisalariés pour l'ensemble de leurs employeurs. Pour le salarié, cette forme d'emploi nécessite une grande capacité organisationnelle afin de jongler de façon hebdomadaire entre les deux, voire trois entreprises qui l'emploient. D'autant que chacune d'elles peut exiger de son multisalarié un contingent d'heures supplémentaires. «Je conseille aux multisalariés de ne pas avoir plus de deux employeurs car ils doivent se ménager de la souplesse dans leur emploi du temps pour pouvoir répondre à la demande d'heures complémentaires d'un employeur», conclut Max Valencourt.
Encore relativement confidentiel en France, le multisalariat permet pourtant aux entreprises de s'adjoindre des compétences à moindre coût en misant sur le temps partagé.