Pour le PDG de Moustaches Bikes, Olivier Cantet, il y a une "petite lumière" au bout du tunnel dans lequel a plongé le marché du vélo à assistance électrique (VAE). "Nous commençons à voir les prémices de ce qui pourrait être une reprise en 2026 et 2027", détaille le dirigeant vosgien. Avec plus de 60 000 vélos vendus en 2022, pour un chiffre d’affaires de 136 millions d’euros, Moustache Bikes a profité à plein, à la sortie du Covid, de l’envie des consommateurs d’utiliser les aménagements cyclables provisoires créés lors de la pandémie.
Un trou d’air à l’échelle de l’Europe
Le coup de frein a été brutal, avec "un premier trou d’air en 2023 qui s’est accentué en 2024", du fait notamment des tensions inflationnistes et des inquiétudes sur le pouvoir d’achat. "Le marché a fortement baissé en volume dans toute l’Europe, que ce soit en France, en Allemagne, en Belgique et encore plus dans des pays qui étaient moins forts sur le VAE comme l’Espagne et l’Italie", analyse Olivier Cantet.
Une marque qui résiste
Depuis septembre, la production des VAE de Moustaches Bikes s’est stabilisée sur un rythme annuel d’environ 43 000 vélos par an. Ne souhaitant pas être très précis sur le niveau d’activité de son entreprise, le PDG de Moustache Bikes indique cependant que le fabricant vosgien est retombé sous la barre des 100 millions d’euros de chiffre d’affaires. "La mobilisation des équipes, la qualité de la marque, des produits, tout cela nous a permis de mieux résister que certains de nos concurrents, dont certains ont aujourd’hui disparu. Mais nous avons quand même baissé fortement en volume", constate Olivier Cantet, qui emploie un total de 160 personnes.
La confiance des actionnaires et des banques
Aujourd’hui, en se fiant aux signaux faibles observés dans les magasins de son réseau de distribution, le dirigeant de Moustache Bikes prépare la reprise : "Nous terminerons l’exercice actuel autour des 100 millions d’euros de chiffre d’affaires" assure Olivier Cantet en évoquant une "tendance fragile", se nourrissant de "légères hausses" qui permettent à la société d’avoir "la confiance des actionnaires et la confiance des banques pour préparer 2026 et 2027". Depuis 2019, 60 % du capital de Moustache Bikes appartient au fonds LBO France, le reste étant détenu par les deux fondateurs de l’entreprise, Grégory Sand et Emmanuel Antonot. En 2021, pour accompagner l’entreprise dans sa très forte croissance, le fonds avait levé 41,5 millions d’euros sous forme de dette senior, souscrite par des fonds comme Eiffel, Amundi, Scor ou encore Schelcher, ainsi que par les banques historiques de la société : Palatine, Banque Populaire, Crédit Lyonnais, CIC et Crédit Agricole.
Un nouveau calendrier de remboursement
"Dans notre métier, il faut des moyens financiers pour pouvoir résister mais aussi pour pouvoir grandir", indique Olivier Cantet. "Nous venons de renforcer nos moyens avec l’engagement des actionnaires et celui des banques." Concrètement, l’entreprise vient de rééchelonner le calendrier de remboursement de sa dette de façon à positionner les échéances principales au-delà de 2028. "Ce qui nous laisse toute latitude aujourd’hui pour pouvoir investir dans ce qui va faire la croissance de 2026, 2027 et 2028", se félicite Olivier Cantet.
Des moyens pour préparer les innovations de demain
Disposant dans ses ateliers de Thaon d’un outil de production équipé de quatre lignes, capables d’assembler jusqu’à 100 000 vélos par an, la société vosgienne a commencé à investir dans le renouvellement de sa gamme, qui sera présenté avant l’été, mais aussi dans de nouveaux moules et de nouvelles technologies. "Il y a des latences entre le moment où nous lançons des développements innovants et le moment où ils arrivent sur le marché. Nous devons donc avoir des fonds pour investir aujourd’hui sur des produits innovants qui seront sur le marché dans deux ans", précise le PDG de Moustache Bikes. Les financements devront aussi servir à faire du stock de composants et de produits finis. "Pendant les périodes compliquées, nous avons été extrêmement souples pour travailler davantage à court terme et donner de la visibilité à nos détaillants", souligne Olivier Cantet. Conjuguée aux efforts de la marque pour rapatrier la production des roues de ses VAE et d’un cadre en France, cette stratégie a donné à l’entreprise un "gros avantage par rapport à des marques qui sourcent tout en Chine et qui, six mois à l’avance, ne peuvent plus rien changer".
Pas de licenciement à la production
Autre atout dans la perspective de la reprise du marché, Moustache Bikes a conservé toutes "ses forces humaines". Malgré la période délicate, les actionnaires ont souhaité préserver les équipes "pour pouvoir produire avec le bon niveau de qualité et le bon niveau de quantité dès que le marché repartira", indique le PDG de Moustache Bikes. Pas de licenciement du côté de la production et un comité de direction, rassemblé autour d’Olivier Cantet, qui a réussi à assurer la transition avec les cofondateurs, Grégory Sand et Emmanuel Antonot. Une période de trois ans et demi, ouverte avec l’arrivée d’Olivier Cantet à la tête de l’entreprise. "Grégory et Emmanuel continuaient à suivre les sujets produits et ventes. Demain, la transition arrivant à son terme, ils vont pouvoir se concentrer sur les développements stratégiques et utiliser leur rôle d’ambassadeurs iconiques et historiques de la marque, ainsi que leur expertise du marché VAE au sein du conseil de surveillance", détaille le PDG de Moustache Bikes.
Des composants communs
Parmi les apports très concrets des membres du comité de direction, figurent notamment les réflexions du directeur général adjoint en charge des opérations, Romain Berthet, qui a rationalisé l’organisation de la production, tout en rendant possible l’utilisation de composants communs pour des versions différentes de VAE. "Nous avons considérablement réduit le nombre de composants", indique Olivier Cantet, en précisant que la gamme Moustache peut aujourd’hui couvrir tous les usages, d’un VTT très performant à un vélo urbain pour transporter des enfants. "C’est un point qui est apprécié aussi par nos partenaires, des magasins spécialisés qui peuvent couvrir tous les usages sans se retrouver avec une offre pléthorique, difficilement lisible par le consommateur". Dans les ventes de la marque vosgienne, les vélos polyvalents pèsent 45 % des ventes, quand les VTT représentent 30 % et les vélos urbains 25 %.
Le marché français a encore du potentiel
Réalisant 40 % de ses ventes à l’international, Moustache Bikes reste très concentré sur le marché français, où avec 7,5 %, le taux d’équipement reste relativement limité par rapport à l’Allemagne où cette donnée atteint 18 %. "Il y a aussi un lever sur les infrastructures", précise Olivier Cantet. Chaque année, le nombre de kilomètres de pistes cyclables augmente de l’ordre de 5 à 8 %, venant renforcer la pratique urbaine et, potentiellement, les ventes de l’entreprise vosgienne : "S’il n’y a pas de pistes cyclables, c’est beaucoup plus difficile de convaincre des consommateurs d’abandonner leurs voitures pour passer au vélo au quotidien".