«Je ne me définis pas comme un homme de chiffres, mais j'aime les faire parler et les comprendre». Souriant, sympathique et non dénué d'humour, Michel Le Clainche n'est pas le prototype de l'homme de chiffres que l'on imagine prêt à fondre avec avidité sur nos revenus. Il aurait même plutôt quelques scrupules le nouveau directeur régional des finances publiques: «J'ai commencé ma carrière aux Impôts comme vérificateur; un poste qui permet de comprendre le fonctionnement d'une entreprise, d'une personne. Il y a un côté découverte, dialogue, mais aussi responsabilité car la vie financière d'une personne est un révélateur... Cela crée des liens et des devoirs, c'est l'un des métiers les plus durs, car on est là pour détecter la fraude et pour cela, il faut être accrocheur, ce qui n'était pas tout à fait ma personnalité». En vérité, Michel Le Clainche se voit plutôt en homme de consensus. C'est pourquoi il intègre en 1977 la Commission départementale des impôts à Paris: «C'est le lieu où atterrissent les contestations formulées à l'encontre des vérificateurs. En ce lieu, le dialogue est de mise, et mon objectif était toujours d'arriver à une décision équitable, par le consensus».
Le choix de la mobilité
Avec treize déménagements au compteur en quarante ans de carrière, Michel Le Clainche n'a pas choisi la facilité de paiement: «Moi, j'ai choisi de dire oui souvent. C'est agréable de découvrir des lieux différents. Bien sûr, ma carrière se termine, mais un dernier poste près de l'Aveyron me conviendrait bien». Une région qu'il connaît bien pour y avoir acheté une maison, afin d'être plus proche de ses enfants. Rien ne prédispose pourtant le futur directeur régional des finances à sa longue et fructueuse carrière. Fils d'un typographe et d'une commerçante en banlieue parisienne, Michel Le Clainche se retrouve face à la volonté de ses parents de le voir faire des études: «Dans les années soixante, pour la petite bourgeoisie, les études, c'était l'ascenseur social. Mais, ce qui m'a fait rester, une fois entré aux Impôts, c'est le salaire: il représentait l'indépendance». Il se marie ainsi à dix-neuf ans avec son épouse, issue de la même promotion.
Mai 68
Etudiant-fonctionnaire, Michel Le Clainche conserve de cette époque un souvenir héroïque et nostalgique et conserve un côté contestataire, même si celui-ci est de l'ordre du «raisonnable». «C'est une époque où l'on s'est permis de réfléchir sur tout, c'était passionnant. On a été déçu que ça se termine mais j'ai essayé de garder le côté ouvert à l'imagination. Contrairement à ce que l'on a raconté, je pense que nous n'étions pas contre l'autorité mais contre l'autorité imposée». De cette période de «L'imagination au pouvoir», il garde un goût prononcé pour le clin d'oeil humoristique. Ainsi, il ne dédaigne pas croquer ses petits camarades lors de réunions «ennuyeuses». Des caricatures qui prennent place régulièrement dans le journal interne de la direction des finances publiques!
Être proche de la décision
À partir de 1985, Michel Le Clainche entame une carrière au sein de plusieurs cabinets ministériels. Un virage pris lors de sa rencontre avec Michel Delebarre, pendant son stage en préfecture, et avec lequel il sympathise. Lorsque celui-ci devient ministre du Travail et de l'Emploi en 1985, il cherche un sous-préfet pour son cabinet: «On m'a téléphoné pour être son chef de cabinet. C'était intéressant d'être si près des décisions. En même temps, c'était crevant! Il n'y a pas d'horaires, mais le côté positif, c'est que l'on est totalement sur l'événement». Une période au cours de laquelle il travaille avec six ministres différents, dont Michel Sapin aux Finances (1991-1993) et Dominique Strauss-Kahn à l'Économie en 1997-98, et pendant laquelle il multiplie les postes, dont celui de directeur de la communication au ministère des Finances en 1993: «Avec la communication, le challenge c'est d'aider des administrations à s'ouvrir à l'extérieur, ne pas avoir peur de la presse...». Après trois postes de Trésorier-payeur général, le nouveau directeur régional des Finances publiques voit se dessiner les contours de sa future retraite, mais sans amertume: «À présent, je rêve du jour où je pourrais écrire autre chose que des ouvrages de Droit, peut-être des romans ou de l'Histoire locale. Car, je ne suis pas inquiet pour les contribuables, la succession est prête!»
Sébastien Colle
Conseiller administratif, membre de divers cabinets ministériels, trésorier payeur général... La carrière de Michel Le Clainche fut prolixe. Nouveau directeur régional des Finances, il cultive l'art et la manière de faire des finances autrement.