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Michel Ksiazenicer : L'Américain Alsacien
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Michel Ksiazenicer : L'Américain Alsacien

Il a les pieds vissés en Alsace et les yeux rivés sur les États-Unis. Michel Ksiazenicer, premier franchisé McDonald's de France en 1979, a troqué son empire local pour un autre concept américain: les salles de fitness au féminin Curves. Adelise Foucault

Après un début de carrière dans la restauration traditionnelle, Michel Ksiazenicer a fait figure de pionnier de la restauration rapide à l'américaine, en lançant en 1979 le premier Mc Donald's ?officiel ?, à Strasbourg. 28 ans et huit Mc Donald's plus tard, le multifranchisé devenu chef d'une holding employant plus de 300 personnes tourne finalement la page et cède l'intégralité de sa société à son adjoint, en 2007. L'impression d'avoir fait le tour, un sentiment de nombreuses fois éprouvé... Boulimique de travail, en quête perpétuelle de nouveaux challenges, il consacre depuis 2007 son argent et son temps au lancement d'une nouvelle enseigne américaine dans l'Est: les centres sportifs féminins Curves.




La fibre commerciale

L'entrepreneur, d'origine lorraine, est un autodidacte. «J'aurais aimé être médecin. Les aléas de la vie ont fait que j'ai dû reprendre très tôt le magasin de prêt-à-porter de mon père», rappelle-t-il. S'il a la fibre commerciale, la gestion de la boutique devient vite rébarbative. Aventurier, «je cherchais à reprendre une affaire dans un autre secteur». Il prend les rênes de ?La pizzeria ?,à Metz, au début des années 70. Un grill, plutôt qu'un restaurant italien. «J'ai appris le métier sur le tas, passant régulièrement derrière les fourneaux... Et les clients appréciaient!» Mais au bout de 10 ans, les sirènes du changement reviennent le titiller.




Imposer Mc Do au pays de la choucroute

«Un ami m'a parlé de Mc Donald's, une enseigne de restauration américaine dont il connaissait un des dirigeants». La chaîne cherchait à s'implanter en France, «où un franchisé, agréé par la maison mère, était déjà en place en Ile-de-France», avoue Michel Ksiazenicer. Mais il était très loin de suivre à la lettre le cahier des charges Mc Donald's. Embourbée dans un procès de longue haleine qu'elle remportera quelques années plus tard, l'enseigne saute sur l'occasion quand Michel Ksiazenicer postule dans l'Est. «Son siège européen était alors à Francfort, il lui était plus facile d'orchestrer un nouveau départ en France depuis Strasbourg.» Restait à convaincre des consommateurs aux habitudes alimentaires radicalement différentes. «Mais la prise de risque était limitée, assure Michel Ksiazenicer. L'enseigne avait déjà une envergure mondiale, le taux d'échec à l'implantation était minime, et l'emplacement de mon restaurant, dans le centre commercial des Halles, assurait une fréquentation quasi continue. Je comptais sur l'effet curiosité pour asseoir ma clientèle, hypothèse qui s'est largement confirmée à l'usage».




Du burger au fitness, il n'y qu'un pas

S'il assure manger tous les jours dans l'enseigne qui l'a fait connaître, tout en choisissant les menus plus diététiques - salades et fruits - apparus ces dernières années sur la carte, Michel Ksiazenicer entretient sa ligne. Lui qui exècre le désordre et le laisser-aller soigne son image en toutes circonstances. Moustache taillée de près, son épaisse chevelure noire soigneusement coiffée vers l'arrière, le ?Monsieur Mc Do alsacien? conjure avec Curves le temps qui passe en restant dans l'action. Cette réorientation à l'âge de la retraite, Michel Ksiazenicer, amateur de bons mots, s'en amuse lui-même. Apôtre convaincu du burger, il prêche désormais le culte des corps sveltes et musclés... «Mais en termes de gestion, les similitudes entre ces deux enseignes sont plus nombreuses qu'on ne le croit», assure-t-il (lire interview). Lui qui n'a aucun diplôme en poche se montre admiratif du modèle entrepreneurial à l'américaine. Et de sa capacité à faire de concepts très nationaux des mannes financières à l'échelle mondiale, à l'instar des McDonald's ou des Curves. «Gagner de l'argent là-bas n'est pas tabou, on n'a pas honte de montrer que les affaires marchent bien, ce qui n'est pas le cas en France et peut constituer un frein», regrette-t-il.

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