La société toulousaine Meteo France International (MFI), filiale à 100 % de Météo France, qui emploie 85 collaborateurs, enchaîne les succès commerciaux au grand export, dans les pays émergents et en développement, où elle réalise 99 % de son chiffre d’affaires (21 M€ en 2023). En juin 2024, MFI, qui conçoit, intègre et déploie des projets et des solutions météorologiques de pointe pour les services météorologiques nationaux (SMN) du monde entier, a notamment signé un contrat de 37 millions d’euros avec la Direction générale de l’aviation civile du Koweït.
Actif depuis le 1er septembre 2024, ce contrat prévoit la modernisation et le renforcement global du Département de météorologie koweïtien (KMD). MFI déploie un système d’information complet et intégré : collecte et gestion de gros volumes de données, production et diffusion de bulletins météorologiques et d’alertes précoces, notamment vis-à-vis des phénomènes de tempêtes de sable, la problématique majeure de la région. Objectif : une meilleure mise à l’abri de la population koweïtienne et un soutien plus efficace aux secteurs économiques météo-sensibles et à la sécurité aérienne. Le KMD va également bénéficier d’un programme de formation et de transfert de compétences qui lui permettront de se positionner à l’avenir comme un acteur de premier plan sur la scène météorologique du Moyen-Orient.
Lettre d’intention avec le Cambodge
Le 2 octobre 2024, MFI, associé à l’entreprise toulousaine Sterela, spécialisée dans les solutions technologiques avancées, y compris les systèmes d’observation météorologique et hydrologique, a également signé une lettre d’intention avec le MoWRaM (ministère cambodgien des ressources en eau et de la météorologie). Il s’agit là d’installer des technologies météorologiques de pointe, d’améliorer la collecte de données, de renforcer la capacité du Cambodge à répondre aux catastrophes naturelles et de développer des services adaptés aux secteurs sensibles aux conditions météorologiques et climatiques. Ce programme de modernisation devrait aussi permettre au pays de se conformer à l’objectif onusien des "alertes précoces pour tous" (early warnings for all, EW4All). Les deux entreprises toulousaines prévoient de commencer le projet dès 2025.
Depuis sa création en 2002, MFI a conduit des projets dans 116 pays. Le plus gros d’entre eux s’est réalisé en Angola (60 M€ sur la période 2019-2023). L’entreprise revendique aujourd’hui 80 millions d’euros de prises de commandes en portefeuille et prévoit 300 millions d’euros d’ici à 2035. “20 % du PIB mondial, qui se monte à 100 000 milliards de dollars, est météo-sensible ou climato-sensible, explique Patrick Bénichou, président fondateur de MFI. Il y a une vingtaine d’années, les services météorologiques nationaux ont commencé à se préoccuper de leurs clients ou de leurs usagers potentiels. C’est un changement d’état d’esprit que nous avons accompagné, jusqu’à ce que ces SMN deviennent des acteurs publics de référence dans leur pays.”
Un modèle d’affaires inspiré par le DBO
MFI se distingue sur la “chaîne de valeur météorologique”. Elle propose une offre clé en main : infrastructures techniques de base, réseaux d’observation, système intégré de traitement et d’analyse de données, capacité de production d’alertes vers le grand public et de services à valeur ajoutée pour les secteurs météo-sensibles. “Le marché mondial de la météo pèse 2 à 3 milliards de dollars, ajoute le dirigeant, et dans ce marché-là, il y a essentiellement des équipementiers de systèmes d’observation et quelques éditeurs logiciels. Nous avons pris le parti dès 2002 de nous positionner comme intégrateur de bout en bout sur cette chaîne de valeur.” Le récent contrat koweïtien, courant sur 7 ans, prévoit par exemple 3 ans d’implémentation et 4 ans de support. La société a industrialisé son modèle d’affaires sous la forme de ce que Patrick Bénichou appelle un PPEDBO (public private engagement design build and operate), qui permet une utilisation optimale des budgets en permettant une réalisation efficace (création de valeur pour le pays et la société) et durable via un support technique de long terme aux opérations.
“Nous sommes en B to G, précise le dirigeant. Nos clients sont les gouvernements, qui sont représentés par les services météorologiques nationaux et surtout par leur tutelle ministérielle. Nous arrivons devant eux avec des projets à plusieurs dizaines de millions d’euros, qui dépassent très largement la capacité budgétaire d’un service météorologique. Notre challenge, c’est que nous chassons des objets qui représentent plusieurs fois notre chiffre d’affaires.” MFI se charge aussi, en plus du design technique, de la recherche de financements.
Ouverture du capital en réflexion
“Nous portons de gros projets dans des pays qui n’ont pas forcément les moyens de les financer, détaille Jean-Sébastien Cases, vice-président et directeur commercial de Meteo France International. Il y a beaucoup d’argent dans le cadre du climat mais y accéder est assez compliqué. Nous sommes, par exemple, en train de déployer un projet de 28 millions d’euros en Côte d’Ivoire, et c’est le premier projet intégré que l’Agence Française de Développement (AFD) finance sur le climat. En Égypte et en Indonésie, nous sommes allés chercher des Prêts du Trésor de Bercy. En Angola, nous avons travaillé avec le crédit acheteur de Société Générale et Bpifrance.” En croissance constante, MFI projette de franchir sous peu la barre des 30 millions d’euros de chiffre d’affaires. Une réflexion est aussi en cours sur l’ouverture de son capital.