En visite à Rouen en juillet dernier, le médiateur du crédit René Ricol estimait que les banques jouaient globalement le jeu. Un point de vue pas toujours partagé par les entreprises. La médiation du crédit joue son rôle. René Ricol en est persuadé: «la mobilisation des services de l'État a permis d'éviter les disparitions prématurées d'entreprises». Et les banquiers eux-mêmes, fortement touchés, «se remettent au travail».
2,1% des dossiers nationaux dans la région
Au plan national, la médiation recensait mi-août plus de 15.000 dossiers dont 12.921éligibles, totalisant près de trois milliards d'euros d'encours. En Haute-Normandie, à la fin du premier semestre, le rapport d'activité de la médiation du crédit faisait état de 287 dossiers déposés, soit 2,1% du total national à cette date. Le signe «d'une région touchée, mais pas trop», analyse René Ricol, qui préfère mettre en avant un taux de réussite avoisinant les 70%. Dans le détail, plus de 94% des dossiers traités concernent des TPE ou PME de moins de cinquante salariés qui cherchent en priorité des concours bancaires de court terme. Et dans l'ensemble, «les banquiers jouent le jeu», explique le médiateur. Un point de vue nuancé par les organisations patronales, dont la CGPME qui estime que «malgré les engagements, les TPE/PME rencontrent toujours des difficultés pour accéder au crédit», évoquant même «un durcissement des conditions d'accès au crédit» quand les banques évoquent, elles, la baisse de la demande de crédits.
«30% de dossiers sans solutions, c'est trop!»
En Haute-Normandie, le président de la CGPME Émilien Lefranc ne veut pas stigmatiser les banques mais reconnaît qu'elles ont favorablement rectifié la tendance sous la pression de l'État à compter de décembre dernier: «au départ, elles n'ont pas joué le jeu», explique-t-il. «Dans le doute, parce qu'elles étaient également en difficulté, elles ont rejeté des dossiers qu'elles auraient acceptés deux ans plus tôt; et c'est peut-être là que l'on peut leur en vouloir!» En bout de course, ce que retient le représentant patronal, «ce sont les 30% de dossiers qui n'ont pas trouvé de solution dans la médiation». Un chiffre qu'il juge beaucoup trop élevé et qu'il met au crédit d'une confiance disparue entre banquiers et entreprises dans les premiers mois de la crise. Pour René Ricol, la médiation doit aujourd'hui se pencher en priorité sur la question de la stratégie des entreprises, «car un crédit sans stratégie, ce sont des frais financiers à terme et peut-être même la fin de l'histoire!» «Il faut comprendre où on veut aller et pas seulement demander au banquier de mettre de l'argent». Quant au dispositif de la médiation, lui-même, son avenir semble inscrit dans la durée, au moins pour les mois qui viennent, estime René Ricol dont la mission devrait s'achever au début de l'automne.
G.D.