Il y a Alain Schimel, P-dg du fabricant de vêtements de luxe pour hommes Zilli. Éric Jacquet, P-dg de Jacquet Metals, leader en négoce de métaux. Bertrand Chammas, P-dg de Gerflor, spécialiste des revêtements de sol. Tous trois ont été invités par Bernard Fontanel, président du Medef Lyon-Rhône et fondateur de l'entreprise de bâtiment éponyme, à participer à une table ronde lors de la soirée annuelle du mouvement le 8juin dernier. Quatre secteurs d'activité différents, quatre profils distincts, quatre stratégies spécifiques. Mais, en toile de fond, des problématiques et des prises de position communes que les entrepreneurs ont livré à la presse, au cours d'un déjeuner. Dans une Europe malmenée, qui manque d'un leader politique d'après Éric Jacquet, les dirigeants ont souligné la nécessité d'une monnaie compétitive, pour reprendre des marchés à l'international. «La Chine, l'Amérique du Sud, l'Inde sont des planètes, des autres mondes auxquels il faut faire face», a souligné Alain Schimel. De son côté, Bertrand Chammas a rappelé que le prix n'est pas l'unique atout des entreprises: «La performance intrinsèque fait la différence. Quand on a un produit unique, on peut positionner le prix.» Reste que pour certaines activités, où la main-d'oeuvre est prépondérante, comme le bâtiment, la formule ne s'applique que rarement: depuis l'entrée en crise, les concurrents se livrent une bataille des prix sans merci.
Assouplir le système
À la question lancée par Bernard Fontanel sur les deux réformes à faire en France pour soutenir l'activité des entreprises, les dirigeants ont d'emblée cité la fiscalité et la rigidité du système. Éric Jacquet déplore l'impossibilité de transmettre son entreprise en France, en raison du manque de dispositions fiscales, ainsi que les mauvaises relations syndicat-patronat, qui nuisent à l'instauration d'un bon climat. «Avoir des syndicats plus forts serait peut-être mieux car nous aurions la possibilité de parler», estime-t-il. Bertrand Chammas a souligné que la complexité, la rigidité de notre organisation nuit aux affaires: «Nous avons envie d'aller vite pour faire face à la concurrence, or cela est difficile.» La crise les a bousculés. Les pratiques ont été revues: «Nous sommes allés nous battre sur le terrain des concurrents. Nous ne nous sommes pas mis en mode recroquevillé. Au contraire», poursuit le dirigeant. Gerflor a ainsi, dès mi-2008, retravaillé son organisation industrielle, sur les chantiers, en instaurant de nouvelles méthodes de lean management, et augmenté ses investissements en innovation. Éric Jacquet, qui a repris IMS en pleine période de crise, confirme: «La différenciation est le moyen de se développer. On ne peut pas se battre qu'avec de la volonté.» Quant à Alain Schimel, qui voit dans la crise «une période de purge positive, qui repositionne l'entreprise», il met en garde sur l'après-crise les entreprises qui ne la préparent pas. «Les économies sont salutaires dans un premier temps», mais ensuite? La crise doit aussi être l'occasion d'aller conquérir des marchés que l'on n'aborderait pas en période euphorique.
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En amont de sa soirée annuelle des entrepreneurs du 8 juin, le Medef Lyon-Rhône avait organisé un déjeuner avec trois chefs d'entreprise qui ont livré leur vision des affaires.