À l’ouest de l’île de Nantes, dans les Ateliers des anciens chantiers navals, à quelques pas du Grand Éléphant et du Carrousel des mondes marins, la Fondation Nantes Université a installé ses bureaux au cœur d’un site emblématique de la reconversion nantaise. Un lieu symbolique pour une structure qui se veut, elle aussi, à la croisée des mondes : celui de la recherche académique, des entreprises et des territoires.
C’est ici que la Fondation Nantes Université est dirigée, depuis trois ans, par Karine Tréguer. Arrivée en 2022, au moment où Nantes Université changeait de modèle et devenait un établissement public expérimental, la directrice assume une ambition claire : faire davantage connaître la Fondation auprès des entreprises, et affirmer son rôle d’outil stratégique dans la relation entre l’université et le monde économique.
Un outil au service de la stratégie de Nantes Université
Fondation partenariale, la structure se distingue par une agilité juridique qui lui permet de recevoir des financements privés comme publics, et par une gouvernance associant université, collectivités territoriales et personnalités qualifiées issues du monde socio-économique. "La Fondation est un outil de Nantes Université, un bras armé complémentaire dans la relation avec les entreprises", résume sa directrice.
"On ne va pas à la recherche de don, nous proposons une collaboration, avec un objectif d’intérêt général."
Depuis la création de Nantes Université comme établissement public expérimental, la Fondation s’inscrit dans un écosystème académique structuré autour de quatre pôles (santé, humanités, sociétés, sciences et technologies). Elle s’appuie sur un vivier de 42 500 étudiants, 42 unités de recherche et 3 200 enseignants-chercheurs, qui constituent la base des projets qu’elle accompagne.
Convaincre les entreprises de soutenir la recherche via le mécénat
Dans un contexte de forte progression du mécénat d’entreprise en France, la Fondation se heurte toutefois à un paradoxe : la recherche et l’enseignement supérieur ne captent que 2 % des volumes de dons au niveau national, loin derrière le sport (40 %) ou la culture (17 %). "Il y a un vrai travail d’acculturation à mener. Le mécénat n’est pas un partenariat de recherche : il n’y a ni commercialisation, ni obligation de résultat, ni propriété intellectuelle. Les résultats sont publics et librement diffusables", rappelle Karine Tréguer.
Ce cadre, exigeant, est aussi ce qui permet selon elle aux entreprises de s’inscrire dans une logique de prospective, de réflexion collective et d’ancrage territorial, loin d’une logique de retour sur investissement immédiat. "On ne va pas à la recherche de don, nous proposons une collaboration, avec un objectif d’intérêt général", précise Karine Tréguer.
Des chaires comme terrains de dialogue
Pour illustrer cette approche, la Fondation s’appuie sur plusieurs chaires emblématiques. La Chaire maritime, lancée en 2017 et entrée dans une seconde phase (2025-2028), travaille sur le partage des usages de la mer : pêche, éolien offshore, transport maritime, zones protégées, conchyliculture. Portée par des équipes de géographie et d’économie, elle réunit énergéticiens, acteurs de la pêche, collectivités et institutions publiques. Outre la production scientifique, la chaire développe des outils de médiation, comme des jeux sérieux, utilisés aussi bien par des entreprises que par des élus pour mieux comprendre les arbitrages à l’œuvre sur le littoral.
Autre exemple, la Chaire « Le don au travail », qui analyse les dynamiques de don et d’entraide dans les organisations comme leviers de transformation managériale. Portée par des chercheurs en management et en économie, elle associe entreprises et institutions autour d’ateliers et d’outils concrets, destinés à nourrir les réflexions sur l’évolution du travail. "Il y a un vrai engouement autour de cette chaire", se félicite Karine Tréguer.
Sur le volet sociétal, le projet « Le logement et les jeunes en Loire-Atlantique » illustre la capacité de la Fondation à faire dialoguer recherche et territoires. À l’initiative d’acteurs locaux, dont des bailleurs sociaux, une équipe pluridisciplinaire (sociologie, géographie, architecture) travaille depuis plusieurs années sur les conditions de logement des 18-29 ans, notamment sur les zones littorales. Les résultats, publics, alimentent aussi bien les politiques locales que les stratégies des acteurs économiques concernés. "La question du logement concerne au premier chef les entreprises", souligne la directrice de la fondation, à la tête d’une équipe de 5 personnes et d’un budget de 500 000 euros (financé par Nantes Université, Nantes Métropole, Saint-Nazaire Agglo et l’École nationale supérieure d’architecture).
Enfin, la Chaire « Ville et santé : espace, corps, mouvement » croise urbanisme, architecture, santé et sciences du mouvement pour imaginer les aménagements urbains favorables à la santé à tous les âges, en lien étroit avec le CHU et les collectivités.
Une montée en puissance
En 2025, la Fondation Nantes Université a collecté près de 1,5 million d’euros, soit environ 200 000 euros de plus qu’en 2024. Un point à noter : 27 % du mécénat se fait sous forme de mécénat de compétences et en nature.
58 entreprises mécènes
Depuis sa création, la Fondation a collecté 12 millions d’euros, accompagné 44 projets et chaires, avec 18 projets en cours d’accompagnement. Elle fédère 58 entreprises mécènes, issues de secteurs variés, avec une présence marquée des acteurs de la santé, des services, mais encore assez peu de l’industrie.
"Donner aux entreprises accès à un regard scientifique"
Pour accroître sa notoriété auprès des entreprises, la Fondation multiplie les actions de visibilité, comme ses Rencontres annuelles organisées fin janvier à la Cité des Congrès de Nantes. "Notre objectif n’est pas uniquement financier. Il s’agit de créer des collectifs, de faire dialoguer des mondes qui se croisent peu, et de donner aux entreprises accès à un regard scientifique sur des enjeux complexes toutes au long de la chaîne de valeur", conclut Karine Tréguer.