Un palais des congrès, un hôtel haut de gamme de catégorie quatre étoiles, un spa, un restaurant gastronomique et un environnement paysager ouvert au public. La Matmut voit grand et ne lésine pas sur les moyens pour faire renaître le site de l'ancienne école normale d'institutrice (ENI) de Rouen, situé route de Neufchâtel. Fort d'un budget de 80 M€, le projet immobilier, conçu par Jean-Michel Wilmotte et le cabinet d'architectes rouennais Artefact, proposera notamment, 800 places dans l'amphithéâtre principal, des salles de travail dans le bâtiment historique, un hôtel de 100 chambres, un spa, un restaurant gastronomique et un parking souterrain de 400 places. Un chantier: «Intégralement financé par la Matmut, sans recours à l'argent public», précise Daniel Havis, P-dg de la Matmut.
Une stratégie immobilière
L'investissement immobilier de la Matmut s'est traditionnellement concentré à Rouen, ville où est basé son siège social. Selon Daniel Havis, il s'agit en fait, d'une forme de patriotisme rouennais: «Il est normal de concourir à la richesse du territoire sur lequel nous sommes implantés». Le P-dg de la mutuelle d'assurance assure que son entreprise: «Est dans son rôle lorsqu'elle agit en investisseur immobilier», même s'il reconnaît que cette fois-ci avec le projet de palais des congrès, l'investissement est plus atypique: «C'est différent de ce que nous avons réalisé jusqu'à présent dans l'agglomération rouennaise car nous sortons de l'immobilier particulier d'habitation. Ce projet se rapproche plus d'immobilier d'entreprise». Le nouvel investissement de la Matmut intervient un an et demi après l'inauguration de l'extension de son siège social rue de Sotteville, à Rouen, suite à deux ans et demi de travaux pour un coût de 70 M€. Un chantier qui a permis à l'assureur de doubler sa superficie de bureaux à 40.000m². Pour cette opération, la Matmut a rapatrié 600 de ses collaborateurs du site de Saint-Etienne du Rouvray, vendu en 2007 à un investisseur danois pour 12 M€. La mutuelle a ainsi l'habitude de réaliser des arbitrages sur ses possessions immobilières, afin de pouvoir réinvestir: des immeubles rue Méridienne, rue Marie Dubocage ou encore l'immeuble Le Bretagne ont été vendus, quand d'autres sortent de terre, à l'image de l'immeuble Vauban dans le quartier Luciline à côté des Docks 76. «Nous estimons qu'il faut faire tourner et réinvestir différemment», explique Daniel Havis.
Quel marché à Rouen? Si, le P-dg de la Matmut est convaincu de sa démarche:
«
Nous ne créons pas une surabondance d'offre, il y a un besoin avéré», il n'est pas le seul. Carine Fouquier, directrice générale de Rouen expo événements, dont l'activité de congrès est axée sur les congrès tournants et les réunions de fédérations professionnelles et corporations, voit d'un très bon oeil l'arrivée du palais des congrès Matmut: «Aujourd'hui, Rouen n'est pas classée parmi les villes de congrès, faute d'un véritable centre de congrès. Pour que Rouen devienne une destination d'affaires, cet équipement est nécessaire». La démarche de l'assureur rouennais est aussi l'occasion d'une montée en gamme pour la capitale normande, affirme Laurence Bertho-Bedel, directrice de l'agence de développement économique de la Crea (Adear): «Couplé à un hôtel quatre étoiles, ce palais des congrès va permettre une montée en gamme du territoire face aux organisateurs de congrès. Il y a un vrai marché à prendre. Demain le CHU pourra y organiser ses congrès et d'autres professions envisageront notre ville comme une possibilité». Car, la destination rouennaise dispose de nombreux atouts pour séduire les congressistes: proximité de Paris et du bord de mer, richesse architecturale et patrimoniale, shopping, nombreuses possibilités touristiques... Le projet de la Matmut met en avant les qualités du territoire, selon la directrice de l'Adear: «Ici, tout est plus facile qu'en région parisienne, tout peut se faire à pied et s'il y a des accompagnants aux congressistes, qui viennent souvent en couple, le territoire propose découvertes et détente. De plus, si vous voulez recevoir des décideurs internationaux, il faut un niveau de prestations haut de gamme équivalent à celui que proposera le palais des congrès de la Matmut». Une concurrence potentielle à l'hôtel de Bourgtheroulde, premier quatre étoiles à Rouen, ouvert depuis avril 2010? Non pas, affirme Laurence Bertho-Bedel: «Cela va créer une concurrence saine mais plus encore, une complémentarité. Car, lors d'un congrès de plusieurs centaines de participants l'hôtel de la Matmut ne pourra pas accueillir tout le monde. Au final, cela permettra de renforcer l'image de Rouen». Et c'est bien l'idée de Daniel Havis d'amener cet ensemble de congrès à devenir un moteur de l'agglomération rouennaise: «Nous voulons l'insérer dans le paysage local et qu'il devienne une manne pour l'ensemble de l'économie de l'agglomération».
Sébastien Colle
L'assureur rouennais Matmut lance son ambitieux projet de palais des congrès à Rouen pour un budget colossal de 80 M€. Professionnels et décideurs se félicitent de l'arrivée de ce nouvel acteur qui devrait consolider l'attractivité de la capitale normande.