La période n'est pas la plus confortable pour les acteurs de la filière automobile, qu'ils soient constructeurs ou équipementiers. Au terme de longs mois d'instabilité puis de soutien du marché via les primes à la casse gouvernementales, les volumes de ventes recommencent à se dégrader sur les marchés les plus matures d'Europe de l'ouest. Dès avril, le marché s'est contracté de plus de 11% en France, de plus de 7% au Royaume-Uni et de plus de 2% en Italie... De quoi rendre délicate la position des équipementiers. Malgré ce contexte, le groupe américain Mark IV Automotive, dont le site d'Orbey est le plus important (sur 8 usines dans le monde), veut garder le cap et annonce des objectifs de croissance de l'ordre de 4% pour son exercice 2011-2012. Un objectif qui peut paraître ambitieux mais qui, au regard des récents événements, se justifie. «Au plus fort de la crise, nous avons perdu jusqu'à 20% de notre activité», explique Luc Schwab, directeur général de Mark IV Automotive et basé à Orbey, «une prouesse lorsque l'on sait que d'autres acteurs de la filière auto ont enregistré des reculs d'activité de plus de 40%». Le message est clair. Si l'entreprise spécialiste des systèmes de répartition d'air et de refroidissement moteur a su passer la période compliquée 2008-2009, elle saura affronter les mois délicats qui s'annoncent. «Notre fort positionnement sur les petites cylindrées, notamment diesel, a soutenu notre marché car ce sont les modèles équipés de tels moteurs qui ont profité des primes à la casse», avance Luc Schwab. Et même si le marché venait à reculer de façon marquée, ce sont encore ceux-là qui devraient le moins souffrir.
70% de l'activité à l'export
Le site d'Orbey bénéficie également du fait que les usines de moteurs des principaux constructeurs européens, ses clients, se trouvent à proximité, en Europe occidentale. «Pour leurs usines d'assemblage de moteurs, ils n'ont pas encore massivement investi en Europe de l'Est car ils ont jusque-là privilégié l'Asie, notamment la Chine, où nous les accompagnonségalement», poursuit-il. Du coup, le site, qui réalise 70% de son activité à l'export, travaille aussi pour les marchés de l'Est, appelés à prendre une part croissante dans les ventes totales sur le Vieux Continent. «Notre début d'année a été meilleur que prévu, malgré l'impact -indirect pour nous- des événements japonais qui retardent la livraison de composants électroniques qui entrent dans la fabrication des moteurs», ajoute Luc Schwab.
100 personnes en R&D à Orbey
Mais le dirigeant table aussi sur l'innovation et sur la fourniture d'ensembles d'admission d'air plus larges pour continuer à exister sur un marché sur lequel il est un «petit» acteur, avec un chiffre d'affaires global de 265millions d'euros. Les départements R & D et études mobilisent une centaine de salariés sur les 450 du site haut-rhinois. L'enjeu: anticiper les besoins des constructeurs, leurs futurs modèles et technologies pour répondre au mieux à leurs appels d'offres. Avec des cycles qui, des premières études à la mise en production peuvent atteindre une dizaine d'années. «Ce n'est pas simple: les ingénieurs motoristes sont des gens assez secrets et cela impose d'entretenir une veille stratégique importante, avec un haut niveau de discernement de notre part», témoigne Luc Schwab, lui-même issu de ce sérail. L'entreprise, bien sûr, se penche sur les modes de propulsion électriques et réfléchit à des systèmes qui, d'ici 10 ans, permettront une maîtrise optimum de la température de fonctionnement des batteries. «C'est entre 15 et 45 degrés qu'elles donnent le meilleur d'elles-mêmes», explique-t-il, «et nous travaillons sur des solutions de régulation thermique, air ou eau, pour en améliorer le rendement».
Le thermique reste une priorité
Quoi qu'il en soit, l'électrique ne devrait pas représenter «une part significative de l'activité avant 20 ans», tempère le directeur général. En attendant, l'urgence est de maintenir les positions sur le moteur thermique. L'entreprise va ainsi investir 1million d'euros cette année pour l'entrée en production d'un système complet de management de la température de futurs moteurs diesel pour PSA. Le constructeur en a passé commande l'an dernier, après 7 années de R & D portée par Mark IV. Un dispositif que l'on ne retrouvera pas sous les capots avant... 2013!
automobile L'équipementier Mark IV Automotive, à Orbey, compte sur sa capacité d'innovation et sa forte activité à l'export pour passer au mieux les soubresauts du marché auto en Europe de l'Ouest.