Marché d'intérêt national : A-t-il encore un avenir?

Marché d'intérêt national : A-t-il encore un avenir?

Voté récemment par l'Assemblée nationale et actuellement en examen au Sénat, un amendement crée des remous auprès des acteurs du marché d'intérêt national de Grenoble. Le texte vise à supprimer les périmètres de référence interdisant aux grossistes de s'installer à proximité du MIN. Certains redoutent une concurrence accrue des plateformes de distribution quand d'autres appellent à une réforme en profondeur de cette institution créée en 1963. Dossier réalisé par Anne-Gaëlle Metzger et Tiphaine Le Roy

Créé en 1963, le marché d'intérêt national (MIN) de Grenoble a été fondé suite à un décret du 30septembre 1953, comme les dix-sept autres MIN de France. À l'origine, il s'agissait pour les autorités de garder un contrôle sur les prix dans un contexte économique de pénurie. Des périmètres de référence ont été instaurés, interdisant aux commerces de gros de s'établir à proximité. À Grenoble, ce rayon est de trente kilomètres environ. Actuellement en examen au Sénat, un amendement au projet de loi sur la réforme des réseaux consulaires, proposé par Catherine Vautrin, députée UMP de la Marne, mentionne la suppression de ces périmètres. Il s'inscrit dans la logique de la directive européenne Bolkestein visant à garantir la liberté d'établissement et la libre circulation des marchandises en Europe.




Rendre le MIN attractif

Selon le rapport de Catherine Vautrin du 24mars dernier, «un régime de protection des grossistes implantés sur le MIN apparaît (...) comme un dispositif obsolète, malthusien et donc disproportionné. (...) L'application des périmètres de protection pendant une aussi longue période, a permis aux MIN de s'inscrire durablement dans les circuits économiques et de se rendre largement incontournables auprès des professionnels; on peut, dès lors, considérer que les périmètres ont rempli leur fonction et qu'ils n'ont désormais plus de justification.» Les plus farouches opposants à cet article brandissent la menace des plateformes de distribution qui pourraient concurrencer directement l'activité des grossistes et des producteurs. En Isère, le grossiste Métro est déjà présent, à Sassenage. Il a bénéficié d'une dérogation en échange de la promesse d'acheter 70% de ses fruits et légumes sur le MIN. Mais au fil des années, l'activité du MIN de Grenoble a fortement ralenti. «À mon arrivée, en 1976, une centaine de producteurs étaient inscrits au MIN, il y en a 37aujourd'hui», constate Patrick Gérin, devenu depuis directeur du MIN, en 2006. Les acteurs de Grenoble redoutent une nouvelle érosion de son activité si le périmètre de référence était supprimé. Pourtant, à Lyon, le MIN a été déclassé à la demande de ses occupants, les locaux de Perrache étant devenus vétustes et les travaux à engager, trop lourds. Depuis l'an dernier, la plupart des grossistes et producteurs ont rejoint le nouveau marché de gros de Corbas. «Nous avons une concurrence très active», note Christian Berthe, président de l'association syndicale libre du marché de Corbas. Si un MIN est attractif, il permet de maintenir une offre concentrée géographiquement. En cas de disparition d'un MIN et donc de la dissémination de l'offre, le client aura tendance à aller vers le grossiste le plus complet, pénalisant les plus petits. Mais à Lyon, les producteurs ont su se regrouper par intérêt, et non par obligation. Serait-ce une alternative possible pour Grenoble?