« C'est le plus gros investissement du groupe en France actuellement », confie Franck Legout, directeur depuis trois ans de la Société des carrières de Brandefert (SCB). Cette filiale du groupe de construction Marc SA (GW - Gagneraud, 2.500 salariés, 170 M€ de CA dont 25 M€ en carrières), compte dix carrières dans l'Ouest où le groupe emploie plus d'un millier de salariés à travers diverses filiales et activités. « À Iffendic, nous avons souhaité moderniser et restructurer la carrière la plus proche du bassin rennais. » Un budget de 11 millions d'euros pour en faire un fleuron en terme de développement durable.
Gagner en productivité Il s'agit en effet de réorganiser toute la production, entièrement redessinée autour d'un nouvel équipement phare : un atelier de concassage flambant neuf et ultra-performant. Pour ce faire, 500.000 m³ de matériaux ont été déplacés et 3,5 ha replantés. Montée au plus près de l'extraction et mise en route cet été, cette énorme unité unique en France permet de gagner en productivité et de faire des gains d'énergie substantiels. D'après nos estimations, le retour sur investissement est de l'ordre de dix ans. « L'objectif est de rapprocher le point d'abattage du point d'alimentation. Auparavant, nous avions des ruptures de charges énormes dans notre process, explique Franck Legout, qui pilote ce chantier. Les servitudes ont également été revues. Nous avons aussi investi 2,5 M€ dans du matériel mobile. Je ne veux pas forcément produire plus, mais mieux, avec une grande qualité et dans un contexte environnemental moins impactant aujourd'hui qu'hier. Nous sommes sûrement l'une des carrières les plus modernes de France. »
« La vitrine »
Les carriers ont souvent mauvaise presse en matière d'environnement. Franck Legout entend battre en brèche cette idée et veut faire d'Iffendic « la vitrine » de ses exploitations. L'une des premières actions qu'il a engagée était d'adhérer à la charte environnementale du syndicat de la profession : 90 points à respecter dont les rejets d'eau, de poussières... « Nos tirs de mine, par exemple, sont huit fois inférieurs à l'autorisation préfectorale : 1,65 m/s contre 10 m/s. » La consommation d'explosifs a ainsi été réduite de 20 %.
- 30 % d'électricité
Sa nouvelle installation réduira aussi la facture énergétique. « Nous visons au moins une réduction de 30 % en électricité », indique Franck Legout, qui a remporté cette année le 3e prix des trophées de l'innovation énergétique organisés par EDF. L'astuce : « Tous nos moteurs sont équipés de variateurs de vitesse. » Il va aussi économiser 500.000 litres de fioul par an ! Sur place, où travaillent 15 personnes, une usine de traitement des eaux, en circuit fermé, génère aussi 80 % d'économies, selon le carrier. « Nous travaillons de manière plus propre. »
Nouveaux débouchés en vue
La carrière d'Iffendic travaille également à la valorisation de ses coproduits de type sables : des particules fines inférieures à 80 microns, résidus de sa production qui pourraient trouver de nouveaux débouchés et applications. Des partenariats ont été noués avec l'Insa de Rennes et l'IUT de génie civile.
Tout le ballast de la LGV Ouest
C'est cette carrière de 30 hectares qui alimente notamment toute la ligne LGV Ouest en ballasts, la seule de l'Ouest agréée par RFF pour fournir 250.000 tonnes. Ce marché, étalé sur deux ans et demi, a débuté il y a un an. « C'est un gros chantier de notoriété qui nous donne une image importante pour la suite », souligne Franck Legout. Iffendic bénéficie d'une autorisation préfectorale pour une capacité annuelle de 350.000 tonnes (jusqu'en 2035), pour 26 millions de tonnes de réserves. Son matériau particulier, un grès armoricain de 470 millions d'années, a répondu aux exigences des voies TGV en terme de dureté et de résistance aux frottements. De quoi redorer l'image des carriers, souvent écornée. « Nous n'avons pas investi pour la LGV mais pour le bassin rennais et ses 400.000 habitants. Un habitant représente quatre tonnes de "déchets inertes" par an », conclut Franck Legout, qui joue la proximité dans une région qui élargit sa population. Sachant que d'autres chantiers se profilent comme le métro. Sachant aussi que le prix du « caillou » double tous les 30 km et qu'un kilomètre de 4 voies, ce sont 50.000 tonnes de cailloux... Une affaire rentable.
Géry Bertrande
Le groupe de construction Marc SA - GW réalise deux investissements majeurs en Ille-et-Vilaine : le siège de sa filiale bretonne à Pleurtuit, sur 1.000 m² (2 M€) et une carrière nouvelle génération à Iffendic (11 M€). Sa modernisation totale en fera un modèle en terme énergétique.