M-Real : Passation de pouvoir

M-Real : Passation de pouvoir

La papeterie d'Alizay dans l'Eure a définitivement tourné la page M-Real le 23 janvier dernier. Désormais à la barre, le groupe thaïlandais Double A envisage de redémarrer le site dès juin avec 200 embauches à la clé.

Une heure ! C'est le laps de temps durant lequel le département de l'Eure aura été propriétaire de la papeterie d'Alizay. Juste le temps nécessaire pour finaliser la vente du site -au moins d'une partie de celui-ci- au profit du groupe Thaïlandais Double A dont les dirigeants avaient fait le déplacement pour l'occasion. Et ils n'étaient pas les seuls, en ce mercredi 23 janvier à braver le froid pour assister à la cérémonie officielle de transmission en présence du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg. Des élus entourant le président du département Jean-Louis Destans, cheville ouvrière de cette opération tout comme Dominique Sorain, le préfet de l'Eure, et de nombreux ex-salariés de M-Real qui attendent beaucoup des 200 postes promis par le repreneur. « C'est une victoire pour l'emploi », résume le secrétaire du CE et délégué syndical CGT de l'ex-M-Real, Thierry Philippot. Le syndicaliste qui compte sur un redémarrage possible des installations fin mai ou début juin. Un soulagement après « trois années de combat ».




« Une micronationalisation locale temporaire »

Pour Jean-Louis Destans, cette passation de pouvoir symbolique marque l'épilogue « d'une belle aventure, celle d'un outil industriel performant ; une histoire humaine faite d'engagement des salariés, des élus, et d'une volonté publique forte » que le président du département n'hésite pas à qualifier de « choix un peu original » ! Tellement inédit, d'ailleurs, qu'il faudra au ministre Montebourg inventer pour l'occasion une formule tout aussi originale pour qualifier l'achat/vente du site de « micronationalisation locale temporaire » ! Sur le terrain industriel, c'est donc le groupe papetier Double A qui prend la main, un peu moins d'un an après la mise à l'arrêt du site par le finlandais M-Real. L'industriel asiatique cherche par cette opération à développer sa production à destination des marchés européens. Le nouveau propriétaire des lieux, qui avait déjà eu l'occasion de pratiquer de tests l'an dernier sur l'outil M-Real, prévoit d'alimenter le site d'Alizay directement depuis la Thaïlande avec « la fibre courte du papier de Khan-Na (qui) sera utilisée pour la production de papier Double A », sa marque haut de gamme. Une manière de « s'assurer que la qualité du papier produit à Alizay soit en adéquation avec la charte qualité Double A ». L'industriel prévoit également l'utilisation de fibre recyclée pour la production de papier de la marque Evolve développée à l'origine par M-Real.




« Chacun devra faire des efforts »

Si le groupe confirme l'embauche de 200 salariés pour faire redémarrer l'usine, le président du conseil d'administration Virabongsa Ramangkura prévient que tout cela se fait « dans un contexte économique difficile en France et dans le monde », et que « chacun devra faire des efforts » pour que le projet soit une réussite. Le site affiche une capacité de production de 300.000 tonnes par an.




Quel opérateur pour la centrale biomasse ?

Seule inconnue pour l'heure, l'avenir du projet de centrale biomasse qui figurait en décembre au programme de l'opération de cession du site. Double A s'était engagé à reprendre l'outil industriel tandis que Neoen, filiale de Direct Énergie, prévoyait d'exploiter une centrale biomasse. Les discussions entre Double A et l'énergéticien français seraient toujours en cours, indique le département sans plus de précision. Quoi qu'il en soit, la transaction a bien eu lieu le 23 janvier dernier avec à la clé un investissement de 22,2 millions d'euros de la part de la collectivité, financé « à moindre frais » par l'émission à sept jours de billets de trésorerie pour un montant de 25 millions d'euros. Opération diligentée par HSBC France qui fait de l'Eure, le 5 e département français à se doter d'un programme de billets de trésorerie.



Guillaume Ducable