M-Real : La partie d'échecs du Département de l'Eure
# Reprise

M-Real : La partie d'échecs du Département de l'Eure

À la suite d'un vote qualifié «d'historique» au Conseil général de l'Eure le 10 décembre dernier, la collectivité a dévoilé un plan de reprise du site du papetier M-Real à Alizay dans lequel le département joue les entremetteurs.

Bien qu'il s'en défende, le président du département de l'Eure Jean-Louis Destans doit savourer l'effet de son annonce du 10décembre dernier. «Constatant que les parties privées ne pouvaient parvenir entre elles à un accord permettant la réindustrialisation de l'ensemble du site, le Département a privilégié une intervention directe»! En s'engageant à racheter le site M-Real à son propriétaire, le groupe papetier finlandais Metsboard, pour le céder dans la foulée à deux autres industriels, le papetier thaïlandais Double A et le français spécialisé dans les énergies renouvelables Neoen (dont l'actionnaire majoritaire Jacques Veyrat est aussi l'actionnaire principal de Direct Energie), le Département réalise une opération inédite qui pourrait en cas de succès donner des idées à certains.




«On fait se rencontrer des vendeurs et des acheteurs!»

Concrètement, le département se porte acquéreur du site M-Real dans sa globalité pour la modique somme de 22,2millions d'euros. Puis il revend simultanément l'outil industriel (la papeterie et la centrale biomasse) aux deux industriels préssentis pour 18millions d'euros. La collectivité confie dans le même temps à l'Établissement Public Foncier de Normandie (EPFN) «le portage et l'aménagement des terrains restants en vue de développer de nouvelles activités et notamment l'aménagement d'une plateforme portuaire le long de l'Axe Seine» (lire ci-contre). «Nous sommes sur une approche singulière», concède Jean-Louis Destans, «mais qui n'a pas vocation d'exemplarité», ajoute instantanément l'élu. «Dans cette affaire, il y a beaucoup de volonté politique mais au final ce que l'on a fait, c'est faire se rencontrer des vendeurs et des acheteurs!» Tout juste le président du Département livre-t-il une conclusion politique de l'événement: «la volonté du politique et son implication se justifient quand le secteur privé est défaillant. La main invisible du marché ne fonctionne pas toujours!»




Une vente globale ou rien

Quelques mois en arrière, l'affaire était encore loin d'être ficelée. L'arrêt des négociations en octobre2011 et la mise en place d'un PSE (plan de sauvegarde de l'emploi) de près de 62millions d'euros avait précédé de peu l'arrêt de la production sur le site d'Alizay en mars dernier. «Fin avril, rappelle Jean-Louis Destans, trois cents salariés sur les trois cent trente du site étaient licenciés». Confronté à la mise en place d'une stratégie de repositionnement sur les cartons d'emballages, le groupe finlandais refusait alors clairement de vendre ses installations normandes à un concurrent potentiel. Quand de leur côté, les candidats à la reprise ne s'intéressaient qu'à un pan unique de l'activité et rarement au site dans sa globalité. Au même moment le préfet de l'Eure Dominique Sorain reprenait le dossier en main «en temps masqué», livre Jean-Louis Destans. À l'issue de la période électorale, les discussions pouvaient donc reprendre «avec un patron finlandais (Miko Helander) un peu plus souple», même si les blocages fondamentaux étaient toujours très présents.




Le tournant de novembre

«Dans le même temps nous avions repris contact avec un certain nombre d'industriels. Et en accord avec l'intersyndical nous avions décidé une stratégie double de négociation qui visait à dissocier l'achat et la vente», explique le président du département. Durant l'été il reçoit le dirigeant de M-Real et lui fait part de sa volonté de se porter acquéreur du site dans le but de le revendre simultanément. La négociation repart alors sur ces nouvelles bases jusqu'à un déplacement «homérique» en novembre dernier de Jean-Louis Destans et Dominique Sorain en Finlande qui obtiennent un accord de principe du groupe papetier. En parallèle, les discussions avaient repris en juillet avec Double A part l'intermédiaire d'un négociateur néozélandais basé à Singapour et d'un cabinet d'avocat parisien. Séduit par la possibilité de n'acquérir qu'un tiers de la parcelle (28ha), le groupe thaïlandais devait finaliser son accord en toute fin d'année. Au terme d'un «Meccano administratif et financier» de plusieurs mois, l'essentiel devrait donc être préservé sur le site d'Alizay, même si le groupe Mestboard rappelait dans un communiqué du 12décembre dernier « qu'aucun accord sur la cession n'avait encore été signé», mais que les négociations en cours devaient permettre d'atteindre cet objectif avant les derniers jours de 2012. Quoi qu'il en soit, Jean-Louis Destans restait confiant, en décembre, sur l'issue favorable du dossier. Reste à déterminer ce que deviendront dans un avenir proche les terrains non-repris par Double A et Neoen. Le Département annonce la mise en place d'un comité de pilotage sous l'égide de l'EPFN. Mais Jean-Louis Destans ne doute pas un seul instant de l'intérêt des industriels pour ce site dont on avait pu craindre qu'il ne devienne l'une des plus grandes friches industrielles de la région.

# Reprise