«Cette crise, nous n'en sommes qu'aux prémices!» Le patron de Westerlund France à Rouen et président de LSN (Logistique Seine Normandie) fait un constat partagé par beaucoup. Les conséquences de la crise mondiale se font déjà durement sentir pour le secteur de la logistique, et pourtant, bien malin qui pourrait dire à quel horizon se situe la reprise. Professionnels et experts réunis à Rouen le 17décembre dernier ont planché sur le sujet de savoir si la logistique, et plus particulièrement la logistique normande, était suffisamment armée pour traverser la crise. Pour Elie Le Du, journaliste au groupe les Échos et spécialiste du secteur du transport et de la logistique l'essentiel reste la question de la rentabilité des entreprises: «ce qui m'inquiète, c'est que les entreprises puissent dégager suffisamment de marges pour rentabiliser leurs activités»; un «marge ou crève!» en guise de slogan qui résume assez bien la situation d'entreprises confrontées à une quête permanente de la valeur ajoutée. Point de vue partagé par Walter Schoch qui concède «qu'en termes de valeur ajoutée, on a plus grand-chose à inventer». «Les entreprises se battent pour sauver le moindre euro; dans un contexte de crise, c'est de plus en plus préoccupant car nos marges sont naturellement faibles. La valeur ajoutée, on la trouve chez nos clients», explique le président de LSN. Et pour que chacun s'y retrouve: «il faut qu'ils acceptent de payer le prix du service qu'ils nous demandent d'exécuter. Les coûts augmentent dans les entreprises, d'accord; mais elles ont engrangé des résultats en 2008? Il faut qu'elles nous payent sur ces bases-là!»
«Ne nous laissons pas marginaliser»
Bref on le voit, l'objectif pour tout le monde est «de rester dans la course», relève Elie le Du qui veut voir dans les difficultés actuelles la marque d'un bouleversement géostratégique au long court: «pour la première fois, nous ne sommes plus riverains du pôle économique dominant» que représente la région Asie-Pacifique. «Ne nous laissons pas marginaliser!» Un enjeu que Patrice Salini, consultant et professeur associé à l'Université Paris I décrit en ces termes: «en logistique, les régions ont peu de marges de manoeuvres, peu de capacité d'initiatives», car les flux sont mondiaux. Dans un contexte de crise caractérisé par «une très haute volatilité», le secteur de la logistique est inévitablement en première ligne. «Mon inquiétude, explique l'expert, c'est que les collectivités se mobilisent toujours sur des grands projets pour lesquels il faut des milliards -et ces milliards, je ne les vois jamais!»
«Rien ne se fera sans camions»
Co-président du Comité normand des professionnels du transport qui réunit les syndicats TLF, Unostra et FNTR, Christian Boulocher s'alarme des conséquences déjà perceptibles de la chute de l'activité mondiale: «on compte aujourd'hui près de deux milles dépôts de bilan de transporteurs en France depuis le début de l'année», rappelle celui qui défend le transport routier envers et contre tout: «il faut cesser de bercer d'illusions responsables politiques et population; rien ne se fera sans camions!» Si le développement du ferroviaire et du fluvial est une nécessité, il plaide pour une logique d'association des différents modes de transport, sans exclusion de l'un au bénéfice des autres. Bref, le camion tient encore toute sa légitimité dans la chaîne logistique, souligne Christian Boulocher: «Qui pourra supporter la logistique du commerce via Internet?», celle du dernier kilomètre, interroge le président normand de TLF. Pour trouver un brin d'optimisme en ces temps difficiles, il faut se tourner du côté... de la Banque de France. Raoul Pouliquen, rattaché à la direction duHavre de l'établissement bancaire national, fait le constat que «65% des entreprises haut-normandes du secteur de la logistique sont en bonne santé», et que même 80% d'entre elles sont pérennes aux vues de leur chiffre d'affaires. Malgré un niveau de valeur ajoutée «plutôt faible», reconnaît le banquier. Conséquence d'une «méconnaissance profonde de ce qu'est la logistique; les clients ont du mal à payer le juste prix». Constat largement partagé par les professionnels du secteur.
«Devenir proactifs»
Et en guise de réflexion sur la question de la valeur ajoutée dans la logistique, Jean-Christophe Lecosse, le président du pôle de compétitivité Nov@log prône la quête de l'innovation: «et pas seulement sur les produits», évoquant les travaux du pôle sur la traçabilité notamment. «Il ne faut plus se contenter de réagir, mais devenir proactifs!» Acteurs majeurs de la logistique, les Grands ports maritimes duHavre et de Rouen sont également au centre du jeu en cette période de crise. Pour Philippe Deiss, le nouveau d-g du port rouennais, «il faut voir grand, de Paris jusqu'auHavre», tant en termes de desserte que de foncier: «avec la perspective du canal Seine-Nord-Europe, la Normandie doit renforcer son rôle de porte d'entrée de l'Europe à l'Ouest». Vu de la région parisienne, le constat tient la route. Pour Lydia Mykolenko (Institut d'aménagement de la région Ile-de-France), c'est un fait, «il faut favoriser l'émergence d'un nouveau corridor au départ duHavre!» Guillaume Ducable
Les premières assises régionales de la logistique se sont déroulées le 17décembre dernier à Rouen. Une manifestation placée sous le signe d'une crise internationale qui n'épargne pas les professionnels du secteur. Une crise dont Walter Schoch, le président de la filière logistique normande (LSN), a rappelé qu'elle accentuait plus encore la concurrence entre les territoires et qu'elle impactait par conséquence très fortement les activités de la logistique.